Minerais de sang : la nouvelle guerre de l’Est !

Joseph Kabila a lancé un message fort à partir de Goma : c’est celui portant interdiction des activités minières dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et du Maniema. Dans un ou deux mois, a indiqué le ministre provincial des Mines du Nord-Kivu, D’Assise Masika qui a relayé la mesure, les FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) seraient mises à contribution pour ratisser les espaces miniers sous occupation des groupes armés, nationaux comme étrangers. 

            L’opinion congolaise salue, de prime abord, la courageuse démarche du Chef de l’Etat visant à mettre un terme aux pillages de nos richesses qui sommeillent dans l’or, le diamant, le coltan, la cassitérite… enfouis dans le sous-sol de la partie Est du pays. Mais dans cette RDC où personne n’ignore les enjeux cachés de l’exploitation minière, sources de la grande insécurité qui touche les trois provinces précitées depuis 1994, traquer les groupes armés spécialisés dans le trafic illicite des ressources minières équivaut à leur déclarer la guerre.

Ainsi, «  la nouvelle guerre de l’Est » est déjà là.

A cet effet, l’ennemi numéro un est la rébellion des Hutu rwandais bien connue sous le label de « FDLR » (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda). Actifs depuis 16 ans, ces miliciens, dont une bonne portion comprend des génocidaires épinglés par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR), se comportent au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et au Maniema comme sur les territoires d’un non Etat. Dans leur « no man’s land », ils engrangent chaque année des millions de dollars américains grâce au commerce transfrontalier et international des minerais.

            Maîtres des carrières qu’ils exploitent à leur guise, ils imposent à quiconque veut lever le petit doigt le silence des canons de leurs fusils.

            Sur les FDLR viennent se greffer la flopée de groupés armés congolais (la nébuleuse Mai-Mai et le CNDP), qui profitent de la faiblesse des structures administratives et militaires centrales et provinciales pour se faire du beurre à partir de la vente en contrebande des minerais.

            Hormis les inciviques porteurs d’armes, il faudrait neutraliser aussi les réseaux maffieux, internes et externes, privés et étatiques (Ouganda, Rwanda, Burundi) qui vivent du trafic illicite des mineraix en provenance de l’Est du Congo. 

La réforme de l’armée en question 

            L’option présidentielle visant la chasse aux hors-la-loi armés qui pillent notre or, notre diamant, notre coltan et notre cassitérite au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et au Maniema pose en filigrane la question de la réforme de l’armée nationale. Depuis la mise en place, en 2003, des institutions issues du Dialogue Intercongolais, beaucoup d’encre et de salive ne cesse de couler à propos de la mise sur pied d’une armée républicaine, capable d’assurer comme il se doit ses missions régaliennes, dont celle de défense du territoire national.

            En dépit de divers programmes de brassages et mixages mais aussi de recrutement et formation au pays comme à l’étranger, l’armée nationale n’a pas encore épousé les contours d’une force suffisamment dissuasive face aux groupes armés nationaux et étrangers qui entendent perpétuer le statu quo ante de la période des guerres de libération-agression. Dès lors que le Chef de l’Etat vient d’user du langage de la fermeté face aux spoliateurs impénitents de nos minerais à l’Est du pays, nos hommes en uniforme se trouvent face au défi de la « libération » de ces zones minières de l’emprise des prédateurs armés.

            Les patriotes forment le vœu de voir nos troupes combattantes se montrer à la hauteur de la délicate et périlleuse mission leur confiée. Un échec éventuel confirmerait tout le mal que de méchantes langues pensent de nos soldats et de leur commandement, ce qui serait une porte ouverte à plus d’anarchie dans l’Eldorado du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et du Maniema. 

Ne pas remplacer des pilleurs par d’autres pilleurs 

            Tout ce que les fils et filles de ce pays souhaitent, c’est que l’offensive à lancer incessamment par les FARDC contre les affameurs de notre peuple à l’Est du pays soit rapidement couronnée de succès. A la lumière de la détermination de Joseph Kabila, il est permis de croire que les moyens et les hommes requis pour une telle opération vont être mobilisés. Toutefois, le revers de la médaille pourrait se présenter sous la forme des dérapages qui ont tendance à accompagner des victoires militaires, dans toutes les armées du monde.

            Pour le cas d’espèce, il est à espérer que la hiérarchie militaire va faire preuve d’un marquage strict des hommes de troupes, de manière à éviter qu’après avoir neutralisé les FDLR et les groupes armés internes, nos propres soldats prennent leur place dans les carrières pour se mettre à l’école du pillage. Ainsi, en plus de la discipline dans l’exécution des taches de sécurisation du « coffre-fort » de l’Est, il serait de bonne politique que les officiers et les militaires à positionner dans les espaces miniers à reconquérir soient mis à l’abri des besoins élémentaires de nourriture, de solde, de logement, de locomotion, de vêtement, des soins médicaux.

            L’or, le diamant, le coltan, la cassitérite et d’autres minerais à contrôler et sécuriser loin des regards des autorités civiles et militaires de Kinshasa constituent une forte tentation. L’encadrement des éléments du « front » minier doit être à la hauteur pour contourner le piège du passage d’une prédation à une autre.

                                   Jacques Kimpozo

 

 

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