Mimosa et Kinsuka sous la botte des braqueurs

Plusieurs foyers de criminalité se sont curieusement allumés au cours de ce quatrième trimestre de 2014, et même bien avant cette période, dans de nombreux quartiers de la capitale. Kinshasa serait-il dans l’œil du cyclone avec ces statistiques alarmantes d’actes de banditisme ? On serait tenté de le croire. Car, pendant que la police provinciale concentre ses efforts pour éradiquer la criminalité dans certaines communes, la pègre qui serait probablement au parfum du déroulement des opérations policières, délocalise son champ de prédilection dans d’autres coins de la ville.

Alors que la mort de Romain Muya dans la nuit du samedi 22 au dimanche 23 novembre 2014, est encore fraîche dans les mémoires des habitants de Masina, et que les larmes n’ont pas encore séché, Mimosa et Kinsuka, deux quartiers de Ngaliema, étaient le théâtre des braquages vécus au début du mois de novembre.

Dans la nuit du mardi 11 au mercredi 13 novembre 2014, comme il faudrait le rappeler, cinq brigands habillés en tenues civiles et porteurs d’armes de guerre, débarquent sur avenue Lodja n°31. Dans ce quartier Kinsuka où l’insécurité est quasi quotidienne, ils tombent sur Kasya Nzamu qu’ils considèrent comme étant une personne à revenus modestes. Car à son domicile, les bandits ne trouvent qu’une somme modique d’argent et un téléphone portable. Pour ce maigre butin, dame chance ne semble pas leur sourire à Kinsuka. Ces malfaiteurs quittent les lieux, déçus.

Comme ils rêvent d’autres  braquages, ils optent pour le quartier Mimosa habité en majorité par des médecins fortunés et autres cadres de grandes entreprises de la place. Des villas coquettes et de beaux immeubles respirent l’opulence des habitants. La bande des malfaiteurs va frapper sur avenue Bonzobo n° 16. Chez John Kansielembo Salumu, le quartier Mimosa ne porte pas bonheur aux malfrats. Sans crainte d’être maudits, pour butin, ils arrachent à leur victime une bible, trois téléphones portables, une somme d’argent et autres effets. Non contents de cette prise, ils vont frapper aux portes de l’autre locataire de cette parcelle qui n’est autre que le sous-commissaire de police Amuri Mwenyi. Ce sous-officier de l’Unité de protection intérieure / Hautes personnalités sera surpris dans son sommeil par l’irruption dans son appartement, de cinq malfaiteurs armés.  Les bandits saisissent ses tenues ainsi que ses deux téléphones portables. Rien ne semble marcher cette nuit-là, comme souhaité.

Des avenues plus loin, ils jettent leur dévolu sur avenue Vungbo n°11. A cette adresse, la seule maison comprend deux appartements, l’un occupé par Mme Litalia Adja et l’autre, par M. Kapela Swana.  Petite consolation, les bandits dépouillent leurs deux victimes de la somme de 120 dollars et 9.500 FC, ainsi d’une carte d’électeur.

Les limiers du Groupement de recherche et d’investigations lâchés sur ce dossier de vols à main armée en série, ont appris que parmi les bandits, il y avait des habitants de la commune de Ngaliema. Les enquêtes menées dans cette partie de la ville, ont permis l’arrestation du chef de bande, Martin Esimba alias général, domicilié sur avenue Bukima n° 4, quartier Lubwaku. D’autres membres de la bande habitaient dans des quartiers proches. Il s’agit d’André Manzomba, demeurant sur avenue Bokuma n° 2, quartier Lubwaku, Eddy Mokanda, résidant sur rue Mbandaka n° 18, quartier Poudrière et Enoch Liyolo Nzale, habitant camp Mabaya Bloc n°6, dans la même mairie de Ngaliema, ainsi que Kevin Monzia Agbia qui logeait sur avenue Kibati n°9, dans la commune de Kalamu.

Aujourd’hui, le Groupement de recherche et d’investigations commence à reconstituer le passé criminel de cette bande qui n’en serait pas à ses premiers forfaits du genre. Elle cache encore d’autres vols à main armée perpétrés dans la commune de Ngaliema. C’est ici que le professionnalisme des enquêteurs de GRI sera mis à rude épreuve pour arracher des aveux sur des actes de banditisme à l’actif du groupe dirigé par Martin Esima alias général.

Au sujet de nombreuses attaques enregistrées dans plusieurs communes de Kinshasa, une source indique que cet activisme des bandes des malfaiteurs est cyclique. A la base, des disciples des anciens chefs de bande actuellement arpentant les couloirs de la justice, après avoir commis de nombreux vols à main armée, ont repris le relais et porté le flambeau des groupes. Pour ce faire, ils ont recruté des malfaiteurs en herbe, ces jeunes « recrues » qui vont suivre une formation pratique du banditisme urbain. Selon un brigand repenti, l’apprentissage se fait sur le théâtre des opérations. On doit être paré pour affronter les patrouilles de la police, braver les habitants des quartiers et neutraliser les sentinelles et les vigiles. Tout part de la ronde dans des rues pour repérer les résidences-cibles susceptibles d’être visitées. Ensuite, ils apprécient la capacité de résistance des occupants et se renseignent qu’il y a des sentinelles armées.

S’il n’y a aucun risque de connaître des accrochages, le jour de l’attaque est fixé. Et le coup est perpétré comme prévu.
J.R.T.

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