Milices à Kinshasa : élections hypothéquées !

Alors que la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) s’en tient toujours à la date du 28 novembre 2011 pour l’organisation des élections présidentielle et législatives nationales, l’insécurité récurrente à l’Est du pays et l’intolérance politique en gestation à Kinshasa ne rassurent plus personne. Au regard de la prise en otage de plusieurs territoires du Nord et du Sud Kivu, du Maniema et du Nord-Katanga par des forces négatives internes et externes, il est presque acquis que des millions de citoyens enrôlés à dans cette partie de la République ne pourront pas se présenter dans les bureaux de vote à la date précitée, pour cause d’insécurité. Le vote va dépendre des humeurs des éléments armés et incontrôlés Mai-Mai, FDLR, CNDP et Chinja-Chinja.

Présentée jusque-là comme un havre de paix et le berceau de la démocratie congolaise – c’est ici qu’était né en 1982 le premier parti de l’opposition congolaise (UDPS) et que s’était tenue la Conférence Nationale Souveraine (1991-1992) – la ville de Kinshasa est en train de basculer, à grandes enjambées, dans les violences préélectorales. En effet, le phénomène des milices, jusque-là particulier aux provinces du Nord, de l’Est et du Sud de la République Démocratique du Congo, a pris solidement corps dans la capitale.

Certains leaders des partis proches du pouvoir n’ont pas trouvé mieux que de recruter des jeunes-gens spécialisés dans la pratique des arts martiaux pour en faire des miliciens chargés de régler des comptes à ceux qu’ils considèrent comme leurs ennemis politiques. Munis d’armes blanches (machettes, couteaux, cailloux, bêches, barres de fer, bâtons, tessons de bouteilles), ils semblent avoir reçu pour consignes de perturber systématiquement les manifestations des partis et regroupements politiques de l’opposition.

La police en voie de disparition ?

Ce qui parait à la fois bizarre et inquiétant, c’est la passerelle de collaboration qui vient de s’établir entre la police et ces marginaux sans foi ni loi. Depuis un certain temps, on assiste à des scènes de casses, des voies de fait, d’incendies des biens et bâtiments privés, bref de violences de toutes sortes ayant pour acteurs ces fameux « Pomba » et « Kuluna », agissant souvent en synergie avec des éléments de la police.

Clairement identifiés et opérant sous un commandement connu, ces semeurs de l’insécurité sont en train de vulgariser la culture de la machette au sein de la société kinoise en particulier et congolaise en général. A la veille du début de la campagne électorale, « Pomba » et « Kuluna » comptent déjà à leur palmarès plusieurs morts et blessés frappés dans les rangs de militants de l’opposition. Les observateurs pensent qu’avec la prise en otage de l’espace politique de Kinshasa par les « Pomba » et « Kuluna » avec la bénédiction de la police, l’on s’achemine virtuellement vers l’affaiblissement de ce corps pourtant appelé à sécuriser le processus électoral mais surtout les biens et ls personnes.

Il est à craindre que d’ici la tenue des élections, la police ne soit complètement mise sous l’éteignoir et ne se transforme en simple accompagnatrice des dérapages des marginaux. Finalement, à l’instar des miliciens de l’Est du pays, les « Pomba » et « Kuluna » pourraient eux aussi interdire l’accès des bureaux de vote à des millions d’électeurs kinois.

Le Parlement et la Monusco dépassés ?

Les violences préélectorales que connaît la ville de Kinshasa, et dont les principaux éléments détonateurs sont des marginaux, ont lieu sous un silence inexplicable du Parlement, présentement en session ordinaire, et de la Monusco (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation du Congo). Jusque-là, les deux chambres du Parlement restent muettes, alors qu’on aurait aimé les voir élever ne fût-ce qu’une protestation de forme, question d’interpeller ceux qui instrumentalisent, à des fins électorales, les milices porteurs d’armes blanches.
De son côté, la Monusco affiche une attitude qui fait douter de son engagement d’assurer la protection des populations civiles en période préélectorale et électorale. Tout se passe comme si les actes inciviques que posent « Pomba » et « Kuluna » en plein processus électoral n’avaient aucun impact sur celui-ci. Les violences préélectorales en cours seraient-elles banalisées ? Et pourquoi ?

Si les autres réagissaient…

Que deviendrait le Congo si, en réponse aux agressions répétées des marginaux au service des partis au pouvoir, ceux de l’opposition ou des personnalités politiques indépendantes s’avisaient à mettre elles aussi sur pied leurs milices ? Les parrains des « Pomba » et « Kuluna » devraient savoir que Kinshasa comme les autres villes de la RDC constituent des réservoirs inépuisables de marginaux, que tout le monde peut utiliser pour semer le désordre avant, pendant et après les élections.

Il est grand temps que les recruteurs des « Pomba » « Kuluna » rompent avec leur vilain jeu consistant à intimider leurs adversaires politiques qui croient encore en l’atterrissage en douceur du processus électoral. Car, si tout le monde verse dans la culture de la machette, des millions de Kinoises et Kinois, à l’image de leurs compatriotes de l’Est, risquent de ne pas se rendre aux urnes le 28 novembre 2011. On ose croire que ce n’est le résultat recherché par les « géniteurs » et financiers des marginaux.

Kimp

Leave a Reply