Mercenaires congolais en Libye : des questions!

D’où viennent-ils ? Qui les a recrutés ? Que veulent-ils ?
C’est la surprise, dans les milieux des Congolais, d’apprendre des médias étrangers dignes de foi, que certains de leurs concitoyens seraient en train de participer, aux côtés de l’armée, de la police et des services secrets de Khadafi, aux opérations de répression des manifestations hostiles au régime de ce dictateur, au pouvoir voici 42 ans. Un tas de questions se bousculent dans leurs têtes. D’où viennent-ils ? Qui les a recrutés ? Que veulent-ils ?

D’où viennent-ils ?

 

 

    La première interrogation qui vient à l’esprit de plus d’un compatriote est celle de connaître le lieu de provenance des éléments armés présents en terre libyenne et identifiés comme étant des mercenaires congolais. Seraient-ils partis de Kinshasa ou d’une de nombreuses zones d’insécurité et incontrôlées des parties Nord et Est du pays ? Nul ne le sait.

Le premier constat à faire, à se stade, est que notre pays héberge, sur son territoire, singulièrement à l’Est et au Nord, des milliers de miliciens armés, des déserteurs des ex-FAZ (Forces Armées Zaïroises) et des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo), qui échappent au contrôle des autorités tant civiles que militaires nationales et provinciales. Tout est possible avec un conglomérat d’électrons libres qui ne connaissent qu’une chose : tirer le maximum de profit des armes et munitions en leur possession, dans le « no man’s land » du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, du Nord-Katanga, du Maniema, de la Province Orientale et de l’Equateur.

Le second constat est que des centaines, sinon des milliers d’ex-soldats et officiers, des armées de Mobutu (ex-FAZ) et Tshombe (ex-gendarmes katangais ou tigres) sont en vadrouille dans plusieurs Etats de l’Afrique Centrale. Certains ont réussi à rallier des mouvements rebelles au Sud-Soudan, au Tchad, en RCA, et pourquoi pas en Côte d’Ivoire, au Mali, au Niger… bref partout où persistent des foyers de désordre et d’insécurité sur le continent. D’autres se sont planqués en Europe, sous le statut d’exilés. Ces ex-combattants, le plus souvent sans occupation, sont des cibles faciles pour des agents recruteurs des mercenaires.

 

Qui les a recrutés ?

 

    D’aucuns sont tentés de croire que s’il y a eu recrutement des mercenaires congolais, une telle opération ne pourrait être commanditée et financée que par Mouammar Kadhafi lui-même. En tout cas, personne ne peut douter de la capacité financière du président libyen à enrôler autant de soldats étrangers qu’exigerait l’impératif de la conservation de son pouvoir. Au regard de sa parfaite connaissance de la cartographie militaire de l’Afrique, les éléments armés incontrôlés, en vadrouille en RDC ou ailleurs, sur le continent, ne peuvent échapper à son attention.

Recruter des mercenaires congolais, pour un milliardaire de sa trempe, directement ou par le biais de ses « réseaux », ne devrait être qu’un jeu d’enfants. Dans les circonstances actuelles de la difficulté de contrôle de nos compatriotes qui connaissent l’art de la guerre, l’on ne devrait pas s’étonner du safari de quelques uns d’entre eux en terre libyenne.

 

 Que veulent-ils ?

 

    La réponse est simple : soutenir à bout de bras le régime de Kadhafi et trouver leur compte dans une campagne militaire sans gros risque, puisque de l’autre côté, les adversaires ne sont que des civils sans armes. C’est l’occasion ou jamais, pour ces enfants égarés, de se faire du beurre du le dos des populations civiles, comme c’est le cas dans certaines contrées de l’Est et  du Nord et comme ce fut le cas pour les miliciens du Mouvement de Libération du Congo en République Centrafricaine, entre octobre 2002 et mars 2003, ce qui vaut d’ailleurs à Jean-Pierre Bemba d’être poursuivi par la Cour Pénale Internationale, à cause de sa présumée responsabilité civile et pénale dans les allégations de crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

 

Tchad – RCA- RDC : un axe dangereux

 

Lorsque l’on observe la carte de l’Afrique, l’on remarque l’existence d’un long couloir partant du Tchad jusqu’en RDC, en passant par la République Centrafricaine. Cela a-t-il une signification particulière ? Oui. Le territoire tchadien est en contact direct avec le nouveau foyer de contestation populaire, partie de Tunisie en décembre 2010, avec les ravages que l’on connaît sur Ben Ali et son régime, qui a déferlé sur le régime et rasé Moubarak en 18 jours, et qui secoue pour le moment l’ensemble du monde arabe : Libye, Algérie, Maroc, Mauritanie, Barhein, Iran, Jordanie.

Les observateurs pensent que l’effet domino serait inévitable pour les Etats d’Afrique noire. Si le Tchad, où Idris Deby règne sans partage depuis plus de quinze ans est touché, le tsunami de la destruction des régimes autoritaires ne pourrait épargner ses voisins que sont le Cameroun, avec un Paul Biya au pouvoir trentenaire, la RCA, avec un François Bozizé aux affaires depuis 2003. L’Afrique Centrale (Congo/Brazza, Congo/Kinshasa, Angola, Rwanda, Ouganda, Burundi) devrait fournir un effort supplémentaire de démocratisation pour ne pas subir les affres des manifestations de rue. On ne cesse de le dire et de le répéter : après la vague de la perestroïka et des conférences nationales, l’Afrique noire court le risque d’être investi par le syndrome du printemps-arabe.

                            Kimp

                                           

 

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