Menaces du volcan Nyamulagira : les congolais craignent de revivre le drame de 2002

volcan_013Gouverner, c’est prévoir, dit-on ! Cet adage semble ne pas du tout émouvoir les autorités politiques et administratives tant centrales que provinciales au sujet des menaces que présentent les signaux d’une nouvelle éruption du volcan Nyamulagira, situé à plus de deux cents kilomètres de la ville de Goma, dans le Nord-Kivu. La première alerte a été donnée il y a plus de deux semaines par des experts œuvrant dans les stations d’observation des services locaux de séismologie, relayant ainsi les avertissements fournis il y a plus d’un mois par des satellites d’observation chinois et français.

Il se fait malheureusement que le comportement des pouvoirs publics congolais s’apparente à une insouciance, une négligence étonnante vis-à-vis d’une catastrophe naturelle aux conséquences indicibles pour les populations et leurs biens. On ne voit nulle part des initiatives au niveau des gouvernants locaux pour réfléchir sur les voies et moyens de préparer les habitants des villages situés dans la périphérie de ce volcan, ceux de Goma et ses environs ainsi que ceux qui empruntent souvent les routes et ruelles situées dans le périmètre de ce site. Pour les prévenir contre une nouvelle éruption pouvant survenir de jour comme de nuit.

L’unique avertissement fait sur cette menace et dissimulant mal la gêne et une impuissance a été lancé le 13 avril, par le Gouverneur de la Province du Nord-Kivu soulignant «qu’une intense activité avait été remarquée au niveau du volcan Nyamulagira». Pour sa part, le représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en charge de la MONUSCO a donné de la voix en promettant « que notre bureau de Goma est prêt à assister les autorités du Nord-Kivu et à entreprendre toute mission nécessaire pour assister la région ». Et pour joindre l’acte à la parole,  Martin KOEBLER a ordonné qu’un hélicoptère de la Mission Onusienne en RDC transportant des experts en séismologie effectue une mission d’observation sur ce volcan où une fumée dense s’élevait du cratère sans faire couler de la lave. Ces experts ont été instruits de continuer des investigations dans tout ce secteur pour prévenir le danger.

 Il n’y a pas deux sans trois…..  

Le comportement actuel des autorités administratives et politiques ressemble à s’y méprendre à celui affiché en janvier 2002 par les dirigeants du Rassemblement Congolais pour la Démocratie qui gouvernaient cette province. Pour des motifs inavoués et non justifiés jusqu’à ce jour, les autorités de ce mouvement politico-militaire avaient négligé tous les avertissements des experts en séismologie et essentiellement ceux de feu Haroun TARZIEFF, l’un des célèbres vulcanologues de renommée mondiale qui avaient prévenu une éruption du volcan Nyiragongo. Lorsque la tragédie survint, la ville de Goma se vida de toute sa population qui prit le chemin de Gisenyi au Rwanda ou de Minova dans l’espoir de rejoindre Bukavu. Le volcan Nyiragongo déversa des centaines des tonnes de laves sous forme de boue qui traversèrent et coupèrent en deux le chef-lieu de la province du Nord-Kivu jusqu’à atteindre le lac Kivu. Le tiers de la superficie de l’aéroport de Goma fut entièrement couverte par la lave et des quartiers entiers, tels Majengo, Birere, Brazza, et une partie du centre des affaires ainsi que des agglomérations situées vers le port furent ensevelis et complètement détruits. Toutes les stations d’essence, des usines de torréfaction du café, de fabrication des cigarettes, de production des tissus, les garages, les dépôts des marchandises, les chambres froides, les magasins disparurent en un jour, causant des pertes énormes sur le plan économique, financier et industriel. Goma prit la forme d’une ville fantôme.

Dans leur fuite honteuse et désordonnée, les autorités politiques, administratives et militaires prirent le chemin de Kigali chez leur allié principal abandonnant les habitants de Goma à leur triste sort. Par esprit de nationalisme et pour manifester leur désaveu à l’endroit des bonzes du Rassemblement Congolais pour la Démocratie qui les avaient abandonnés, les habitants de Goma rejetèrent avec fermeté l’offre leur faite par les autorités rwandaises de s’installer dans des camps des réfugiés à plus de quinze kilomètres de Goma, préférant retourner chez eux pour surveiller ce qui restait encore de leurs biens. Les «Gomatraciens» rentrèrent dans leur ville alors que des laves encore chaudes coulaient encore dans certains quartiers.

Appel à la solidarité nationale et internationale  

Pour ne plus revivre les erreurs de 2002, les pouvoirs publics feraient œuvre utile en lançant des appels pathétiques à la solidarité internationale et nationale, notamment en termes des vivres secs, des médicaments, des tentes de secours et des moyens de transport pour les opérations d’évacuation des paysans habitant non loin de ce volcan. Dès que les experts en séismologie vont remarquer des signaux visibles d’imminence d’une éruption, le gouvernement devrait lancer le plus rapidement possible et par voie des médias audiovisuels, des appels pour inviter les habitants à évacuer les environs de ce volcan toujours en activité. Il est grand temps de mobiliser un fonds de secours pour parer au plus pressé.

F.M.  

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