Menacée de « frappes chirurgicales » : la RD Congo doit-elle craindre le Rwanda ?

Government soldiers during training, Rutshuru, Democratic Republic of CongoDepuis le dernier week-end, les bonnes nouvelles ne font que s’accumuler sur le front de l’Est. Conformément à leurs attentes, des millions de Congolais sont tout heureux d’apprendre que leur armée a réussi à déloger les rebelles du M23 de Kibumba (environ 20 kilomètres de Goma) et Kiwanja (à plus ou moins 70 kilomètres du chef-lieu du Nord-Kivu). Ces victoires militaires sont lourdes de symbolique, car elles sonnent le glas d’une rébellion qui campait dans ces deux localités depuis les mois de novembre et mai 2012. Elles confirment par ailleurs la bonne tenue des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) face à l’ennemi et son principal parrain, à savoir le Rwanda. La perte de Kibumba et Kiwanja par le colonel ou général Sultani Makenga et ses combattants se veut aussi la preuve de la modification sensible du rapport des forces sur le champ de bataille, où l’armée régulière, qui se confinait jusque-là dans la défensive, est passée à l’offensive. En principe, la peur doit avoir changé de camp.

 Attitude bizarre du Rwanda

 Alors que l’armée régulière congolaise est en train de pousser, dans ses derniers retranchements, une force négative que la communauté internationale invite à se saborder voici des mois, on enregistre une attitude bizarre de la part du Rwanda. En effet, par la voix de son ambassadeur aux Nations Unies, le régime de Kigali a clamé haut et fort que la RDC ferait l’objet de « frappes chirurgicales » si une seule bombe tombait en territoire rwandais. Pareille menace rappelle, à beaucoup, celle brandie et exécutée en son temps par les USA de George Bush (père) contre l’Irak de Saddam Hussein, peu avant la guerre du Golfe.

Un ton aussi hautain ne peut pas étonner pour un pays qui se prend, depuis plusieurs années, pour le « gendarme » de l’Afrique Centrale et des Grands Lacs, région où son armée croit tout écraser sur son passage. Pour un Etat qui bénéficie d’un siège de membre non permanent au Conseil de Sécurité des Nations de janvier 2013 à janvier 2015, au nom de l’Afrique, le bon sens aurait dû lui commander de militer pour la coexistence pacifique entre Etats, l’amitié et la fraternité entre les peuples.

         Il est bien dommage que le Rwanda ait adopté, dans une situation où les soldats congolais défendent l’intégrité territoriale de leur patrie, un ton belliqueux qui rappelle à tous les Congolais, de mauvais souvenirs. La question à se poser, à cet effet, est de savoir si la RDC doit encore avoir peur du Rwanda. Après avoir perdu plus de 8 millions de ses citoyens dans des guerres directes instrumentalisées par le pays de Paul Kagame et leurs effets collatéraux, le Congo n’aurait objectivement, une raison de le craindre.

         Qu’est-ce qui peut encore faire plus mal aux Congolais orphelins des millions de leurs parents et condamnés à affecter l’essentiel de leurs ressources nationales dans des « efforts de guerre » à répétition depuis 1996 ? Les « frappes chirurgicales » annoncées par le Rwanda seraient-elles plus meurtrières que tous les héros de l’ombre emportés dans l’au-delà, des ressources naturelles pillées depuis 16 ans par des mouvements rebelles, de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo), au Mouvement du 23 Mars 2009, en passant par le RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie) et le CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple) ?

Etre prêts à relever le défi ?

 Les velléités belliqueuses du Rwanda étant archiconnues, ceux qui gouvernent la République Démocratique du Congo et gèrent son armée devraient désormais être prêts à relever le défi d’une nouvelle agression. Car l’annonce de « frappes chirurgicales » contre la RDC doit être considérée comme une insulte et un mépris que rien n’autorise.

Les observateurs pensent que ce pays cherche un prétexte pour entrer officiellement en guerre, de manière à tirer du pétrin le M23, qui broie du noir sur le front de l’Est. On sait que d’habitude, Kigali se contente d’aider ce mouvement rebelle à distance, avec des troupes et des armes lourdes. Mais, compte tenu du dispositif de surveillance de l’espace aérien congolais mis en place par la Monusco (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation au Congo) et la Brigade d’intervention, il est fort gêné de se livrer à sa tricherie habituelle.

C’est aux Congolais de se montrer vigilants et de parer à tout coup fourré, d’autant que la « déclaration de guerre » du Rwanda a été faite devant témoins, au siège même des Nations Unies.

 Etant donné la guerre est activement préparée de l’autre côté de la frontière, la RDC n’a d’autre alternative que de faire autant. Le vent de la guerre étant en train de souffler en faveur du camp congolais, c’est le moment ou jamais de se faire respecter des maîtres de Kigali.

Kimp

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