Menace érosive à Binza-Delvaux : «Bolikango » risque d’avaler « Laurent-Désiré Kabila »

La pluie qui s’est abattue sur la ville de Kinshasa samedi 24 septembre dans la soirée à plongé en émoi les habitants des quartiers Punda, Mission et Bolikango à Binza Delvaux dans la commune de Ngaliema. Pour cause, le container placé à l’entrée de l’avenue Lundisa ainsi que le mur de soutènement érigé au même endroit en 2006 en vue de ralentir la vitesse des eaux des pluies n’ont pas résisté à la puissance des ruissellements qui les ont précipités dans le ravin. Pourtant, le salut de milliers de personnes résidant dans ce coin de Kinshasa était suspendu à ces deux édifices dont le rôle était d’arrêter la progression de l’érosion du site Bolikango. Celle-ci ne s’est pas limitée seulement à avaler le container mais aussi plus de quinze mètres de la route Laloux ainsi qu’une partie de la parcelle n°1 de l’avenue Lundisa.

Désormais, le boulevard est grandement ouvert devant cette érosion qui menace dangereusement la chausée Laurent-Désiré Kabila à son intersection avec l’avenue Laloux. En effet, si rien n’est fait rapidement, l’érosion Bolikango va continuer, à chaque tombée de pluies, sa progression normale sur la route Laloux. D’ailleurs, il suffit d’au moins trois pluies pour que le terminus de taxis opérant sur l’axe Laloux-Marché Delvaux s’efface de la carte de Kinshasa et, avec lui, toutes les petites boutiques des environs. A ce niveau déjà, la plus grande conséquence sera la privation de près de cinq cents parcelles de la concession « Présidence » d’une voie de sortie, des milliers de personnes habitant ladite concession n’y accédant que par l’avenue Mbatshi.

La « Présidence » offre ainsi l’image d’un îlot accessible que par une voie obtenue après la destruction de quatre par elles consécutivement à la progression de l’érosion Bolikango. Il reste seulement à ladite érosion d’avaler une dizaine de mètres pour atteindre l’entrée de l’avenue Mbatshi.Pour les ingénieurs de l’OVD qui maîtrisent bien le quartier, la maison du Colonel n’échapperait pas à l’engloutissement. La population court le risque de se réveiller un matin sans savoir par où sorir surtout qu’on est encore au début de la saison pluvieuse. Pour la petite histoire, l’érosion Bolikango a depuis 2004 à ce jour, dans sa progression sur l’ancienne route qui reliait Delvaux au marché de Selembao, englouti les voies d’accès d’une dizaine d’avenues de part et d’autre, soit du côté de Mission et de la Présidence.
Est-il, toujours, que si rien n’est fait, la promenade de l’érosion Bolikango atteindrait la vitesse de croisière lorsqu’elle arrivera au niveau de l’avenue Cheval dont elle est séparée actuellement de deux avenues dont Kimafu et Kimbembo. Or, sur le plan environnemental, l’avenue Cheval joue un rôle clé dans le quartier Punda de Delvaux. Du fait que cette avenue loge dans ses entrailles une grande canalisation qui charrie une très bonne partie des eaux des pluies venant des quartiers Bangu et Punda sud vers Okapi.

Ainsi, d’aucuns estiment dans le quartier que si l’érosion Bolikango atteignait Cheval en coupant ladite canalisation, la puissance des eaux sera multipliée par cinq, voire par dix avec les conséquences qui s’en suivront. De là à atteindre la chaussée Laurent Désiré Kabila ou la route connue hier sous l’appellation « route de Matadi », il n’y a qu’un pas. Tout le monde assistera ainsi impuissant, et peut-être la mort dans l’âme, à la deuxième mort de Laurent Désiré Kabila, le Président congolais assassiné en plein exercice de ses fonctions.

La colère à son comble

La colère de la population était à son comble dimanche dans la matinée au vu des dégâts causés par l’averse de la veille. Cette colère était lisible sur les visages des centaines de personnes impuissantes venues nombreuses contempler ce à quoi les eaux en furie sont capables. Cette colère était surtout consécutive d’une part à l’inexécution du budget 2O11 alloué aux travaux d’aménagement du site érosif de Bolikango et, d’autre part, à l’impuissance des entreprises désignées pour s’attaquer à cette érosion. Parmi lesquelles Malta Forrest, Office des Voiries et Drainage (OVD) et Génie Militaire. L’on se rappellera qu’en juillet dernier, la population de Delvaux avait organisé une marche de protestation en vue de sensibiliser les autorités pour débloquer les fonds destinés à la réhabilitation de l’érosion Bolikango avant la venue de la saison des pluies. Partie du site érosif en question, cette marche a sévèrement été réprimée par la police à coup des matraques et des gaz lacrymogènes sur la route Laurent Désiré Kabila.

Certains jeunes de Laloux en gardent encore les cicatrices. Mais, l’invitation au calme, suivie des promesses, faite par l’autorité communale a amené les habitants des quartiers Bangu et Punda à décommander la série des marches déjà programmées. Bien avant cette marche, une pétition sous forme d’un S.O.S avait été adressée au gouverneur de la ville de Kinshasa lui demandant de négocier le payement au Ministère du Budget de près de 500 millions de Francs Congolais destinés, dans le budget 2011, à l’aménagement du site érosif de Bolikango. Deux mois avant cette marche, le ministre des Travaux Publics et des Infrastructures, Fridolin Kasweshi s’est offert un bain de foule devant les caméras en procédant à l’inauguration des travaux de lutte anti-érosive de Bolikango par le Génie Militaire. Une semaine après, le seul bulldozer présent sur le lieu a déserté le site et n’y est jamais revenu. L’érosion de Bolikango a tellement fait parler d’elle que le Chef de l’Etat, lui-même en personne, y a fait une descente un jour à une heure du matin. C’était sans compte avec les couches tard du quartier qui l’y ont aperçu.

M.I. Issa

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