Médias : le miroir renvoie l’image de l’homme

flaque-eau-miroir-original-meilleure-photo-reflet_280562 A l’issue de l’Atelier sur le thème : « Les égalités des genres dans les médias », en République Démocratique du Congo, les trois intervenants du jour sont tombés d’accord sur un constat : le monde tel que présenté par les médias congolais est un monde d’hommes ; la  femme ne vient qu’au second plan. Des avancées ont été certes soulignées ici et là où la femme s’est réellement distinguée, mais l’essentiel de l’information – dans la direction des entreprises de presse ; dans la production (acteurs politique, social, économique, religieux, etc. ; dans la cueillette, dans le traitement et dans la diffusion – reste dominé par l’homme dans notre pays. Le Bureau de l’UNESCO à Kinshasa qui a organisé cet atelier sous ce thème, le 31 mars 2014, au Centre catholique Béthanie, dans la commune de la Gombe – sous le patronage du Ministère des Médias – est conscient de cette anomalie. Il vise à conscientiser non seulement les femmes intellectuelles et journalistes, mais aussi tous les professionnels des médias pour une future évolution positive de cette situation.

 Dans le mot d’ouverture de cet atelier envoyé par le ministre des Médias, Lambert Mende Omalanga (empêché) et lu par son chef de cabinet, Dieumerci Mutombo, il est fait de l’actualité du thème du jour. Le ministre a souligné que la République Démocratique du Congo n’a pas à rougir à ce sujet car elle est en avance par rapport à d’autres pays. Pour ce faire, il suffirait de tourner le bouton d’une radio ou d’une télévision pour s’en apercevoir. Une loi a été votée accordant 30% de représentation à la femme dans toutes les institutions publiques. Le ministre a épinglé également la grande affluence des actrices féminines (environ 80%) dans les institutions de formation en journalisme. Mais il a prévenu que la quantité n’est pas la qualité. Celle-ci s’obtient par la formation. Il s’est réjoui du fait qu’un principe voulant que seuls les garçons aillent à l’école ait sauté dans les milieux ruraux et permis que tous les enfants, filles et garçons, accèdent à l’école. Il s’est dit conscient que l’éducation est la clé de voûte du développement.

Par contre, Abdourahamane Diallo, chef de Bureau et représentant de l’Unesco en RDC a situé l’activité en l’inscrivant dans le cadre du mois de la femme et dans la possibilité d’offrir aux professionnels de médias l’occasion de s’occuper de la prise en compte du genre dans les médias.

 La recherche constante de la parité en RDC

 Le Représentant de l’Unesco a félicité le RDC pour sa recherche constante de la parité homme/femme au niveau des institutions, de l’éducation, de la formation et des conditions de travail. Il croit que cela est l’expression d’une volonté politique affirmée d’élever au rang d’une priorité nationale cette question pertinente. En revanche, il a précisé que le genre reste une question prioritaire pour l’UNESCO et l’ensemble de ses Etats membres, dont la RDC. Ensemble, ils œuvrent sur base d’une stratégie axée sur deux volets, à savoir  des programmes sexospécifiques et l’intégration de l’approche genre dans tous les domaines de compétence de l’UNESCO : éducation, sciences, culture,  communication et information. Abdourahamane Diallo pense que pour ce qui est du domaine des médias, le but recherché est d’encourager les organisations des médias à rendre les questions d’égalité des sexes transparentes et compréhensibles pour le public, tout en analysant leurs propres politiques et pratiques internes pour l’adoption des mesures nécessaires au changement souhaité en terme d’équilibre des genres.

 Faible représentation de la femme dans la presse écrite

Pour Christiane Munoki Ekambo, analyste et activiste du genre, la femme est sous représentée dans la presse écrite. Elle l’a prouvé dans une analyse qu’elle a présentée dans cet atelier sur le thème : « Représentation Hommes-Femmes dans l’information  et l’actualité : cas de la presse écrite». Elle s’est proposée de saisir une vision d’ensemble de la présence féminine aussi bien au sein des rédactions de la presse écrite que dans les sujets des articles publiés et les photos. Se basant sur ses conclusions, elle a constaté une faible représentation des femmes dans la presse écrite et conseillé à ce niveau une réelle prise de conscience de cette situation par la femme journaliste elle-même, par la société, par les autorités politiques et les chefs d’entreprises de presse écrite. Pour arriver à cette conclusion, elle a analysé un échantillonnage de cinq journaux, à savoir : Le Potentiel ; Le Phare ; La Référence Plus ; L’Avenir et Forum des As. Tous les numéros analysés sont publiés après la date du 08 mars, de la Journée Internationale de la Femme. Dans l’ensemble, elle a trouvé que ces cinq journaux emploient 75 personnes dont 16 femmes (21%). En plus les éditeurs sont tous des hommes. Elle a toutefois noté que le Quotidien de l’avenue Lukusa est classé à la deuxième place pour la représentation des femmes.

De son coté, Moïse Musangana de CKTV a présenté le thème : « Les codes d’étique et les politiques  éditoriales propices à l’égalité des genres dans le contenu des médias ». Après avoir éclairé l’assistance sur l’importance des certains concepts pour une meilleure compréhension d’une politique éditoriale propice au genre, il a souligné l’importance d’une politique éditoriale qui s’avère être une élément fondateur de toute publication. A la suite de plusieurs démonstrations et explications sur le fonctionnement de la presse dans notre pays et la place accordée à la femme, Il a fini par constater le désaveu de la voix de la femme dans les médias congolais, y compris leur quasi absence au sein des organisations des médias. Pour lui, la lutte pour les droits des femmes en matière des médias et de communication est colossale. D’autant que des coutumes et des pratiques qui favorisent cet état de choses sont difficiles à modifier.

 Des filles majoritaires sur les campus, mais minoritaires dans la profession

 Un phénomène bizarre que celui décrit par Jiji Mujinga, assistante à l’Institut Facultaire des Sciences de l’Information et de la Communication (IFASIC). Elle a présenté une analyse faite dans cet institut sur les effectifs des étudiants et des membres du corps académique et scientifique. Elle a constaté que dans toutes les promotions présentes à l’Ifasic, les filles représentent environ 80% des étudiants, aussi bien au niveau de graduat  que de licence. Toutefois, elle a souligné qu’à la spécialisation au niveau de licence, les filles sont moins nombreuses en presse écrite. Elle a expliqué cela par l’effort que cette catégorie de spécialisation exige sur le terrain (écriture, investigation etc.). En outre, elle a constaté une carence de filles pour se destiner à l’enseignement, ce qui fait qu’actuellement, il y a 37 professeurs hommes à l’Ifasic et une seule femme. Elle a fait mention des efforts fournis par l’institut pour sensibiliser les étudiants et étudiantes au bon choix pour  l’avenir.

Joëlle Kombe Ndjodi (stg/UPN), Corinne

Kikuma (C.P.) et SAKAZ

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