Le match Aubin Minaku-Matata

matata-minakuIl faut un peu de tout pour occuper les gens. A force d’attendre un gouvernement dit de cohésion nationale qui tarde à venir, les sociétaires de la MP commencent à perdre leur calme. On les voit, depuis plusieurs semaines, tirer sur tout ce qui bouge, même au risque de voir la balle atterrir dans leur propre chambre à coucher. Il en est ainsi de ce que d’aucuns s’accordent à appeler « l’affaire Minaku-Matata », deux poids lourds de la majorité au pouvoir qui ne semblent émettre sur la même longueur d’onde pour un problème de communication.

         Dans sa relation avec l’opinion publique, qu’elle soit interne ou externe, Matata « vend » son gouvernement, et bien sûr le président de la République sans lequel il ne serait pas à son poste. Mais dans la MP, on estime qu’il y a comme un déséquilibre dans l’appropriation des réalisations, de sorte que l’impression que dégagent les anti-Matata est que celui-ci prierait pour sa propre chapelle !

Accusés de faire de l’affabulation et de jeter inutilement des pierres sur un bon serviteur du régime, les pourfendeurs du Premier Ministre ont mis la main sur un reportage qu’ils visionnent à satiété en compagnie d’invités très spéciaux, pour la plupart des hommes qui ont par moment l’oreille du Chef. L’objectif poursuivi est de démontrer qu’on cite trop le Premier Ministre, comme si celui-ci se trouvait déjà en campagne. Mais quelle campagne ?  Dans un environnement pollué par la volonté de changer de constitution ou de modifier fondamentalement celle qui existe, une telle accusation peut être considérée comme une condamnation à mort.

         Est-ce déjà le cas de Matata ? Comment peut-on parler de la réussite d’un gouvernement sans rappeler que celui-ci a à sa tête un Premier Ministre ? Les anciens ne cessent de pouffer de rire au vu de ce spectacle qui leur rappelle une certaine démarche gauche menée en décembre 1994.  Au retour du défunt maréchal de Pyongyang, capitale de la Corée du Nord, l’esprit de Dutché gagna certains cadres du Parti-Etat qui, pour mieux se faire adopter par le Président-Fondateur, annoncèrent à la nation que les citoyens allaient désormais réfléchir procuration. Les journalistes n’avaient plus le droit de signer leurs articles. Et si un footballeur réalisait un excellent dribble avant de tirer triomphalement au but, il fallait souligner que c’était grâce à l’inspiration du Guide éclairé.  De même, si  un étudiant décrochait une distinction, c’était également grâce à l’inspiration du même Guide.  Nous nous rappelons le ridicule qui couvrit les ex-Zaïrois à l’hôtel Intercontinental  lorsque deux de leurs athlètes, Kazadi et Bwanga, devaient recevoir la récompense suprême de l’Union des Journalistes Sportifs Africains. La consigne était de ne pas citer les noms des joueurs parce que le véritable gagnant était le Président de la République.  Mais comment leur remettre les prix si on ne les appelait pas par leurs noms ?

         Ce ridicule constaté, les choses sont finalement rentrées dans l’ordre. Nous nous sommes remis à signer nos articles et les citoyens évoluant dans d’autres catégories professionnelles ont retrouvé le droit d’exister comme des individus qui pensent et qui agissent par eux-mêmes.

         Quand on observe la guéguerre qui se déroule au sein de la MP, on a l’impression qu’on voudrait nous ramener à cette situation de 1974. Comme pour dire qu’il y a encore parmi nous des gens qui pensent que les hommes ne sont pas nés libres.

         Ce mardi à la célèbre ferme de Kingakati, la question va être officiellement soumise à l’arbitrage de Joseph Kabila, l’Autorité morale de sa propre majorité. Au cœur du problème : la communication politique au sein de la MP.  Comment l’organiser et que faire pour que l’esprit d’objectivité ne soit pas considérée comme une déloyauté ? Et que faire pour que le public visé ne se détourne  pas du message reçu dès lors que celui-ci apparaît au regard des expériences passées, comme un insupportable recul ? La communication, il est temps que tout le monde s’en souvienne, est comme la vérité. Elle peut sauver , mais elle tue aussi.

Qu’on se le dise.

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