Matata aux Evêques : «il y a plus d’oxygène dans un trou de 50 que de 100 mètres »

matataAu dernier jour de la session ordinaire de leur Comité Permanent, les Evêques de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) ont invité jeudi  en fin d’après-midi le Premier Ministre au centre d’Accueil de Caritas Congo Asbl.  Matata Ponyo a passé en revue différents secteurs de la vie socio-économique de la RDC, épinglant, avec chiffres à l’appui, les efforts fournis, et rassurant sur la nécessité de consolider les acquis actuels pour le mieux-être du peuple congolais.

 «Nous vous avons invité pour d’abord vous féliciter des efforts que votre Gouvernement est entrain de fournir pour la maitrise du cadre macro-économique, avec un haut niveau de taux de croissance ; pour la maîtrise de l’inflation ; l’assainissement du climat des affaires ; l’amélioration des infrastructures, notamment la réhabilitation des routes et des écoles ainsi que l’équipement des hôpitaux », a souligné d’entrée de jeu Mgr Nicolas Djomo, Evêque de Tshumbe et Président de la CENCO.

Ce dernier a par ailleurs salué certaines mesures du Gouvernement, entre autres l’initiative de la bancarisation, qui est globalement positive. « Nous n’ignorons pas les difficultés que votre Gouvernement rencontre dans ses efforts de reconstruction du  pays », a-t-il ajouté. En tant que Pasteurs, témoins des joies et peines des populations congolaises, les Evêques, par la bouche de leur Président, ont encouragé le Premier Ministre « à poursuivre les efforts pour la mise en place d’une politique créatrice d’emplois. Nous sommes convaincus qu’une bonne politique agricole, avec la lutte contre la corruption, et la promotion du civisme fiscal, pourront conduire à l’amélioration des conditions de vie de tous les Congolais. Investir dans les services sociaux de base, comme vous le faites, est un des défis majeurs pour le développement harmonieux de la RD Congo », a relevé l’Evêque.

Fidèle à sa mission évangélisatrice, l’Eglise catholique continuera à apporter sa contribution aux efforts du Gouvernement de la République pour le développement  de la nation, a conclu Mgr Djomo. Il a remercié le Gouvernement d’avoir pris en charge la réunion du Symposium des Conférences Episcopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM), tenue à Kinshasa en juillet 2013, ainsi que la participation des jeunes à la Journée mondiale de la Jeunesse tenue à Rio de Janeiro.   Mgr Nicolas Djomo a enfin émis le vœu de voir le Gouvernement en faire autant pour la célébration du 50ème Anniversaire du martyr de la Bienheureuse Anuarite Nengapeta, avant de rassurer le Premier Ministre de leurs prières « afin que Dieu bénisse votre travail et bénisse notre pays».

Matata Ponyo pour l’élargissement du partenariat avec l’Eglise catholique dans d’autres domaines

Matata Ponyo s’est dit heureux d’être avec les Evêques afin de partager avec eux « l’ensemble des actions que nous menons au sein du Gouvernement, sous le leadership du Président de la République, Joseph Kabila Kabange». Pour lui, il était aussi important d’échanger avec les Evêques pour connaître la profondeur de leurs actions sur terrain et leurs préoccupations, eux qui sont les Bergers de la population, partageant la vie sociale commune avec la majorité de la population.

« Le partenariat que nous voulons avec l’Eglise catholique, nous ne le considérons pas de manière isolée, mais globale », a souligné le Premier Ministre. Après avoir évoqué la paie des enseignants, la construction des écoles et des routes, il a souhaité voir « cette collaboration s’élargir dans les domaines de la communication, de la conscientisation et du partage de la philosophie du développement ». Le souhait de Matata Ponyo est que les évaluations régulières des Evêques sur la vie nationale tiennent compte de la situation globale, et « qu’elles soient équilibrées et fondées sur les faits ».  D’où, la nécessité d’une pareille rencontre.

Il a alors passé en revue certaines réalisations importantes du Gouvernement au profit de l’ensemble des Congolais, en s’appesantissant sur la stabilité du cadre macro-économique, le taux de change stabilisé, le taux d’inflation, usant des statistiques comparatives avec la triste réalité d’avant l’avènement du Chef de l’Etat. «Passer d’un taux d’inflation de 10.000% en 12 mois vers les années 1994 à 1% en douze mois ; ou avoir une monnaie qui, pendant quatre ans, ne se déprécie pas, c’est quand même une prouesse », s’est-il réjoui. « Stabiliser le cadre macro-économique, c’est apporter la paix sociale », a-t-il déclaré.

La régularité des salaires, la mutuelle de santé, la construction des écoles, l’équipement des structures de santé, la relance de l’agriculture (à l’exemple de la réhabilitation de DAIPN à Kinshasa et bientôt au Kasaï et au Katanga ainsi que du 1er parc agro-industriel de 80.000 ha pour une agriculture de précision, mécanisée et irriguée, avec pistes d’atterrissage, situé dans le village Bukanga-Lonzo au Bandundu, à inaugurer le mois prochain), la réunification routière, le transport public (avec 750 nouveaux bus et bientôt 20 nouvelles locomotives, la réhabilitation de grands bateaux Kokolo et Gungu), la lutte contre la corruption et la fraude, ont été abordés par le Premier Ministre.

Paraphrasant Mgr Djomo, le Premier Ministre a reconnu que « le chemin à parcourir est encore long. Les progrès à réaliser sont encore énormes. Mais, tout au moins, ce que nous faisons, mérite d’être vu et apprécié ». Rapportant ses réponses aux journalistes sur la non-éradication de la pauvreté malgré tous ces chiffres positifs, Matata Ponyo a rappelé que la RDC a commencé à enregistrer des taux de croissance négatif depuis 1990. Cela veut dire, baisse des richesses de la population. Vers les années 1974, la RDC était à environ à 8 milliards de dollars US du Produit Intérieur Brut. En 2000, elle est tombée à 4 milliards.  «Pendant que la richesse diminuait, la population s’accroissait, tout comme les bouches à nourrir. L’inflation s’établissait. Mais, depuis 2001, avec l’avènement du Président Kabila au pouvoir, le taux de croissance est positif. Et aujourd’hui, nous enregistrons des taux de croissance exceptionnels : 8,5% l’année passée et 9,5% escompté cette année. Et il est fort possible que pour la première fois depuis plusieurs dizaines années, nous puissions basculer à un taux de croissance à deux chiffres à partir de l’année prochaine, si les réformes que nous sommes en train de faire aboutissent, notamment dans le secteur agricole. Les richesses se créent, mais il est loin de pouvoir croire que tout ce travail va bouleverser automatiquement la vie de tous les Congolais», a-t-il prévenu. « Lorsque vous êtes dans un trou de 100 mètres et qu’on vous élève à 50 mètres du sol, vous ne verrez pas encore la lumière ; mais, au moins, vous aurez eu beaucoup plus d’oxygène que vous l’aviez à 100 mètres », a imagé le Premier Ministre.

Des questions et préoccupations des Evêques

Le blocage des travaux de réhabilitation du tronçon routier Lomela-Ikela-Opala ; l’accélération et la facilitation de l’installation des institutions bancaires là où elles n’existent pas ainsi que le choix des partenaires crédibles pour assurer dans l’entre-temps la paie des fonctionnaires de l’Etat ; la philosophie de développement qui anime le Premier Ministre sont autant des préoccupations soulevées par les quatre Evêques qui ont pu prendre la parole lors du débat. A cela s’ajoute la question de la voie ferrée et celle du plan de redressement du Nord-Kivu, après toutes ces années de guerre.

Répondant à quelques questions des Evêques lors des échanges, Matata Ponyo a notamment promis de vérifier le dossier de la réhabilitation du tronçon routier Lomela-Ikela-Opala, dont les travaux sont à ces jours suspendus suite à l’arrêt du financement du Gouvernement. Pour lui, la bancarisation, tout comme la relance du transport en commun (par bus, train, bateau, avion) est un processus que le Gouvernement s’engage à mener à bon port. Matata Ponyo a reconnu la nécessité de faire entretenir la voie ferrée pour tirer profit de nouvelles locomotives. Sur ce point, il a noté que la SNCC bénéficie d’une attention particulière du Gouvernement. Il a cité l’achat de dix nouvelles locomotives en six mois, et dix autres dans le semestre à venir. Mais, tout cela ne pourrait donner que 10 à 20 km par heure si la voie ferrée n’est pas réhabilitée. Le Gouvernement se penche sur cette question, a fait savoir l’orateur.

Il a aussi parlé des travaux d’élargissement de la piste de l’aéroport de Goma de 2,5 à 3,0 km pour recevoir également de gros avions de l’extérieur, y compris de la création de Congo Airways, la compagnie aérienne de la RDC. Il a fini son intervention en précisant que son Gouvernement est inspiré par la Sociale Démocratie, philosophie du Chef de l’Etat, avec contrôle des forces du marché et la distribution des revenus.

Entré dans la salle Isidore Bakanja à 16h00, Matata Ponyo a quitté les Evêques à 17h03, après une photo de famille et les remerciements du Président de la CENCO.

Guy-Marin Kamandji

(C.P.) content&view=article&id=2308

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