Mashako-ESU : le fossé s’élargit…

Les milieux universitaires commencent à s’interroger sur la vision du ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire, Léonard Mashako Mamba, sur son secteur en général et sur l’Université de Kinshasa en particulier. Après avoir suscité l’adhésion de la majorité des Congolais acquis à sa politique visant la chasse aux « ligablos » dans le domaine de la formation de l’élite de demain dans notre pays, il a trouvé le moyen d’ouvrir un front inopportun contre ses pairs de la « colline inspirée ».
 
            Ici, il a brillé par la nomination de trois Recteurs en l’espace d’une année : Lututala, Kika et Labana, violant au passage les textes légaux en la matière. Dans leur tout récent mémo remis au Premier ministre, les présidents des Conseils d’administration des universités et instituts supérieurs du pays – Mgr Tharcisse Tshibangu, les professeurs Mpeye Nyango et Mbulamoko- ont à l’unisson désapprouvé une telle dérive autoritaire.
Nul ne sait pourquoi le ministre l’ESU donne l’impression de vouloir à tout prix démolir l’Unikin, tantôt par des nominations et révocations intempestives des Recteurs, tantôt par des injonctions au nouveau Recteur. La dernière série des mesures impopulaires en date est celle ordonnant la suspension de huit professeurs (Kayembe, Mwakasa, Kabengele, Baswe, Mbongo Mpasi, Mboyo, etc.) pour des antécédents connus de toute la communauté universitaire car vieux de plusieurs années et qui sont allés jusqu’à toucher les épouses de certains d’entre eux, cas du professeur Mulumba.     
            La grève actuelle des professeurs de l’Unikin, en sus du volet salarial et statutaire, comporte entre autres soubassements le double mécontentement du corps professoral à la suite de cet ordre illégal de suspension de huit de ses membres mais aussi de l’envoi en prison des professeurs Bagula et Lubunga de la faculté de Polytechnique, pour un dossier de détournement présumé d’argent au sujet duquel la tutelle maîtrise pourtant tous les paramètres.
            Il y aurait tellement de règlements des comptes entre le ministre Mashako Mamba et ses collègues encore actifs que certains redoutent la descente aux enfers, à pas accélérés, de l’Université de Kinshasa, qui a cessé de figurer au palmarès des universités africaines reconnues pour la qualité de leurs enseignements. C’est le lieu d’attirer l’attention de la communauté nationale sur le gros risque qui consiste à décapiter le corps professoral d’une institution qui fut le modèle du savoir en Afrique au Sud du Sahara et dont le renouveau paraissait tout tracé avec la réforme amorcée, il y a quelques mois, par le ministre Mashako. C’est dommage qu’après avoir levé l’option de l’excellence, il se mette à casser tous ceux qui devraient porter le changement qualitatif.
            Les professeurs d’université ont besoin de vivre décemment afin d’être libérés, tant soit peu, des soucis matériels dans l’exécution de leurs tâches. Une idée trotte dans les esprits à propos des ressources extrabudgétaires susceptibles de suppléer à la modicité des moyens de l’Etat. Il serait possible de demander aux consommateurs congolais de supporter une sorte « d’effort de guerre », lequel consisterait à payer une taxe spéciale de 10 FC par litre d’essence. Dans cette hypothèse, les 90.000.000 litres de carburants et 100.000 libres de produits lourds commercialisés mensuellement en RDC produiraient 100.000.000 FC environ. Une autre simulation portant sur une taxe de 10 Fc sur 60.000.000 litres de boissons alcoolisées et 5 FC sur 20.000.000 litres de boissons gazeuses se solderait par une recette de l’ordre d’environ 800 millions FC. Si la volonté y est, une nouvelle source de recettes additionnelles est créée, au profit des professeurs d’universités et instituts supérieurs.    
Jacques Kimpozo

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