Martin Kabwelulu dévoile la magouille du diamant

Dans la croisade qu’il mène depuis deux ans, contre toutes formes de fraude minière, le ministre des Mines ambitionne de  voir son secteur devenir porteur de croissance comme à l’époque. Un secteur qui doit renflouer davantage le Trésor public et engager le développement des provinces, en améliorant le vécu quotidien des populations locales devant bénéficier des retombées des exploitations minières. Telle est la quintessence du message que Martin Kabwelulu a livré au cours du point de presse animé mardi, dans la salle de conférences du ministère des Affaires étrangères. Ce message très attendu dans les milieux des opérateurs miniers, était axé sur deux points importants, à savoir le processus de désoxydation et ses arrêtés portant suspension des activités minières dans les provinces de Maniema, Nord-Kivu et Sud-Kivu. 

            Donnant l’importance du processus de désoxydation, le ministre des Mines a indiqué qu’il permet de donner une valeur ajoutée au diamant produit dans notre pays, avant son exportation. Le diamant ainsi nettoyé est vendu plus cher à l’étranger, et rapporte beaucoup aux opérateurs miniers et au gouvernement congolais, en termes d’accroissement des recettes fiscales.

            Alors que dans le temps, seuls les opérateurs miniers tiraient gra,d profit de la commercialisation de cette pierre précieuse. Et le ministre en a profité pour dévoiler la magouille entretenue jadis dans ce secteur minier et qui avait occasionné au pays, un important manque à gagner. En effet, a indiqué le patron des Mines, le diamant était chauffé dans le café pour lui donner une coloration plus terne, afin de minorer sa valeur marchande. Ses services et le Centre d’évaluation, d’expertise et de certification des substances précieuses et semi-précieuses ont découvert ce modus operandi et le processus de désoxydation apparaît aujourd’hui, comme un véritable frein à cette forme de fraude minière.

Martin Kabwelulu a évoqué par la suite, les plaintes formulées par les opérateurs miniers qui dénoncent les frais de 2 % exigés par Diablanc par carat pour le processus de désoxydation. «C’est trop», a déploré le patron des Mines, avant de signaler que sur la place d’Anvers, selon des informations en sa possession, on exige le paiement de 10 cens par carat.

            Il s’est dit ouvert aux nouveaux investissements qui permettraient de susciter la concurrence dans ce domaine, de manière à mettre en confiance, tous les opérateurs miniers, les exploitants artisanaux et les négociants.

            Le ministre Kabwelulu a signalé à ce sujet, qu’en dépit de l’agitation provoquée dans le secteur, il y a un comptoir qui a déposé son colis de diamants auprès du CEEC. Diablanc travaillera en accord avec et en sous-traitance avec le CEEC.

            Insistant sur l’ouverture de son secteur, Martin Kabwelulu  a fait savoir que n’importe qui peut implanter son usine de traitement de diamants dans notre pays, et d’ajouter que ses services pourront procéder par la suite à l’évaluation des activités de cette entreprise minière.

            La désoxydation revêt  à ses yeux, une importance capitale pour l’accroissement des recettes dans le secteur. A titre d’exemple, les diamants de la société (SKY ex-Sengamines), évalués à l’époque à 1. 530.000 dollars, ont après leur traitement, été écoulés entre 2.300.000 dollars et 2.500.000 dolla            rs.

            «Pour lui, le processus de désoxydation contribue à lutter contre la fraude minière. C’est un combat que nous devons mener tous ensemble et il a rassuré que le gouvernement n’est pas prêt à reculer.» 

Après ratissage, les sites miniers seront sécurisés par les forces de l’ordre 

            Le patron des Mines a donné ensuite, la teneur de ses deux arrêtés pris le 20 septembre dernier à la suite de la décision présidentielle de suspension des activités minières à l’Est. Le premier texte réglementaire porte sur la suspension jusqu’à nouvel ordre, de toutes les activités minières dans les provinces du Maniema, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, et vise les titulaires des titres miniers, les exploitants artisanaux, les coopératives minières, les négociants, les comptoirs agréés et les entités de traitement et de transformation.

            Toutefois, il a fait remarquer que les titulaires des titres miniers en phase effective et régulière de développement et de construction sont autorisés à poursuivre leurs travaux. Cette suspension, a-t-il indiqué, ne s’applique pas aux titulaires des titres des carrières.

            S’agissant du second arrêté, le patron des Mines a défini les mesures urgentes d’encadrement de la décision présidentielle de suspension des activités minières à l’Est.

            C’est dans ce cadre qu’il a enjoint le Saesscam d’effectuer entre autres missions, la mise en place avec le concours des partenaires internationaux, d’une carte de sites d’exploitation artisanale.

Le Cadastre minier et la direction des Mines devront se déployer sur le terrain et ouvrir des bureaux dans les trois provinces. Ils devront en outre, suspendre l’instruction cadastrale de tous les dossiers d’octroi des droits miniers sous examen et procéder à la fermeture du guichet pour toutes les nouvelles demandes d’octroi des droits miniers dans les trois provinces précitées. Il leur est fait obligation de constater, avec le concours des services des Mines du ressort, l’effectivité et la régularité des travaux de développement et de construction, ainsi qu’amorcer la procédure de déchéance de tous les titulaires des titres miniers défaillants, quelle que soit leur situation.

            Pour sa part, le CEEC devra renforcer les mesures de lutte contre la fraude et la contrebande minières à tous les niveaux.

            Invités à la vigilance, les gouvernements provinciaux doivent en effet, veiller au déploiement effectif des services techniques du ministère des Mines, et à ce qu’aucun mouvement de minerais ne s’opère durant toute la période de suspension. Ils devront assurer la mise en place et l’organisation des services et la prise en charge des mesures d’encadrement.

            Lors de jeu des questions et réponses, Martin Kabwelulu est resté d’abord convaincu que la guerre de l’Est, c’est la guerre des minerais. Si le problème de l’exploitation illégale des minerais est réglé, il n’y aura plus de guerre.

            A la question de savoir comment le ministère des Mines va faire appliquer ses arrêtés auprès des groupes armés, Martin Kabwelulu a signalé la création d’une commission interministérielle comprenant les ministères des Mines, de la Défense nationale, de l’Intérieur et sécurité, des Transports et Communications, de la Justice et Droits humains appelés à travailler en synergie pour résoudre tous les problèmes des forces négatives.

            Après les opérations de  ratissage, ses services pourront avec le concours d’autres services de l’Etat, sécuriser les sites, particulièrement à Bissié qui est le sanctuaire des groupes rebelles.

                                                                                           J.R.T

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