Marchés pirates, tapages nocturne et bière : bataille perdue avant terme par Kimbuta ?

Tel un militaire solitaire sur un champ de bataille où il affronte à la fois  plusieurs adversaires, l’Hôtel de ville de Kinshasa s’en va t’en guerre contre les marchés pirates, les garages érigés sur la voie publique, les restaurants de fortune en plein air, et les marchands ambulants. Ce n’est pas tout. Il pourchasse également les coiffeurs de coin de rue installés sous des arbres ombrageux, des cabines de téléphone et des maisons de change bordant les avenues, les vendeurs de cigarettes, des beignets et des pains. Dans le même collimateur, on vient de cibler les terrasses qui vendent la bière avant 17 heures, les églises de réveil reconnaissables par leur tintamarre diurne et nocturne, et même les maisons de vente des cassettes et de CD.

            Chaque jour, c’est le spectacle désolant de ces commerçants de l’informel qui détalent au passage d’une jeep bondée des policiers, qui pleurent leur faillite quand leurs marchandises sont déversées par terre ou emportées. Etudiants recherchant des moyens pour couvrir leurs études supérieures, pères de famille au chômage tenant à subvenir aux besoins de leurs foyers, épouses dont les maris retraités se morfondent en attendant la mort, des jeunes désoeuvrés qui s’accrochent à une activité commerciale recommandable, tout ce monde affiche la misère que nous ne pouvons occulter et des réalités d’une société où la débrouillardise est la seule planche de salut.

            Il est vrai que tous ces négociants sont conscients de la justesse de mesures prises par l’Hôtel de ville de Kinshasa, autant que les autres catégories sociales de la population kinoise, qui applaudissent la lutte contre les tapages diurnes et nocturnes des sectes de réveil, la prolifération de petits opérateurs qui obstruaient certaines avenues commerçantes et les devantures de certains magasins. Kinshasa, miroir de la RDC, ne devait pas s’apparenter à un grand marché tentaculaire dont les limites se confondaient avec les agglomérations urbaines. Que dire de la restriction de la consommation de la bière ? Là, il y a beaucoup à redire. Surtout que pour noyer les soucis des contrariétés de la vie, de la crise multiforme et des problèmes conjugaux, la bière fournit un exutoire. Comme revers de la médaille, la mousse ne produit pas que des citoyens heureux, calmes et détendus, mais des ivrognes, des violents et des personnes aux mœurs dépravées.

            C’est pour limiter les dégâts et amener les citoyens à réduire leur consommation de l’alcool que l’Hôtel de ville s’est cru en devoir de réglementer la vente de ces boissons alcooliques. Car, il est anormal que des gens dotés de bon sens puissent passer toute la journée dans des débits de boissons, se livrant à des compétitions journalières de la forte quantité d’alcool, comme si cela était devenu une prouesse nationale. Et le drame est que ce sont les adolescents et les jeunes qui ont repris le flambeau de la consommation prolongée et illimitée de la bière, alors cette boisson devait se consommer avec modération. Il est peut-être tard de tirer la sonnette d’alarme, mais à la longue, les gens finiront par se rendre compte que ces mesures permettront de limiter des dégâts dans les milieux de la jeunesse, aujourd’hui sans repères et sans modèles. La pilule est amère, certes. Elle pourra guérir les jeunes, car mieux vaut prévenir que guérir !

            Il reste à savoir si André Kimbuta va sortir vainqueur du bras. L’histoire renseigne que toutes les mesures d’assainissement du milieu et des moeurs connaissent le même sort : l’échec. Comme quoi, le Kinois a beau plonger… quant à rompre, c’est une autre paire de manches.

 

                                   J.R.T.       

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