Mandature 2006-2011 : le bilan fait des dégâts

L’Opposition répond point par point à Joseph Kabila
L’Opposition politique, qui a pris l’habitude de tenir ses réunions dans la salle des conférences de la paroisse Notre Dame de Fatima, dans la commune de la Gombe, a choisi le siège de RLTV (Radio Télé Lisanga), à quelques encablures de là, pour sa rencontre du samedi 16 septembre 2011. Sous la présidence de son Coordonnateur, Jean-Pierre Lisanga Bonganga, elle a passé au peigne fin le discours-bilan du Chef de l’Etat, prononcé le mercredi 14 septembre à Kingankati, dans la banlieue de Kinshasa, devant plus de 3.000 cadres et militants des partis affiliés à la Majorité Présidentielle ainsi que de leurs alliés.
Prenant le contre-pied de Joseph Kabila, qui a jugé largement positif et sur tous les plans, le travail qu’il vient d’accomplir pendant 5 ans à la tête du pays, l’Opposition Politique a fait, pour sa part, un constat d’échec sur toute la ligne. Elle ne reconnaît pas le retour de la sécurité, ni la visibilité des 5 chantiers de la République, encore moins le progrès social et économique. Elle s’est particulièrement élevée contre la vision du Chef de l’Etat selon laquelle la République Démocratique du Congo pourrait devenir d’ici peu un «pays émergent», s’il était reconduit à la magistrature suprême.

Entre autres statistiques déclinées par cette plate-forme politique, il y a la surenchère de pratiquement tous les produits de première nécessité, les taux très bas de scolarité, de desserte en eau potable et électricité. L’on a ainsi appris que la pauvreté frapperait plus de 70% de Congolais et que notre pays serait classé parmi les plus démunis de la planète. Naturellement, la principale leçon à tirer du bilan du Chef de l’Etat, qu’elle a jugé largement négatif, est le changement de gouvernance au sommet de l’Etat, à l’occasion de la bataille des urnes, le 28 novembre 2011. D’où l’appui total de cette famille politique à son candidat commun, Etienne Tshisekedi, président national de l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social).

Ci-dessous, le texte intégral de la Déclaration de l’Opposition :

Eric Wemba (CP)

Chers compatriotes,

Vous avez assisté, malgré vous, le mercredi 14 septembre à un auto-satisfecit prononcé par le Président de la République sortant, Monsieur Joseph KABILA lui-même, en guise de bilan de sa gestion à la tête du pays, et ce en présence de sa famille politique qu’il a désavouée en se présentant comme candidat indépendant à l’élection présidentielle prochaine et, en mobilisant à Kingankati les Ministres, les Parlementaires, les Mandataires publics et tous les Services de l’Etat, notamment la Radio télévision Nationale Congolaise, RTNC, et ce au mépris des lois de la République.

L’opposition Politique constate que Monsieur Joseph KABILA s’est présenté face au peuple congolais non pas comme le Chef de l’Etat mais plutôt comme le candidat à sa propre succession alors que la législation en vigueur en la matière a fixé la campagne électorale à un mois avant le scrutin et que la loi régissant le Conseil Supérieur de l’Audio-visuel et de la Communication (CSAC) consacre la stricte parité d’accès aux médias d’Etat entre tous les compétiteurs.

L’opposition politique congolaise note avec regret que le Président de la République sortant, autorité morale de la MP et du PPRD, en prononçant son discours bien avant le début de la campagne électorale, a par ce fait, non seulement violé la loi, mais aussi le code de bonne conduite signé par sa famille politique.
Qu’à cela ne tienne, l’auto-satisfecit décrété par le Président sortant laisse perplexe notre peuple qui se demande aujourd’hui si Monsieur Kabila vit dans te même Congo que nous et s’il connait réellement les problèmes des Congolais; car il nous a peint un Congo à lui, tel que vu dans les salons huppés, en déphasage avec le Congo du peuple.

Chers compatriotes,

Face à ce discours électoraliste et démagogique, s’il nous était donné de dresser à notre tour un bilan sommaire et non exhaustif des cinq chantiers que Monsieur Kabila et sa famille politique considèrent comme programme de reconstruction du pays, lequel a du reste fait l’objet de cette campagne d’autosatisfaction, considérée à juste titre par nos concitoyens comme un signe de mépris du peuple congolais, nous nous contenterons de rappeler que ledit programme est un échec patent.

En effet, les Congolais savent que tous les domaines de la vie sociale se sont dégradés pendant les dix dernières années et plus particulièrement sous le mandat 2006 – 2011 qui arrive à terme comme en témoignent les statistiques ci-après :
– Plus de 71% des congolais vivent avec moins de 1$ par jour ;
– Les prix des denrées de première nécessité qui demeuraient relativement constants en dollars américains ont doublé depuis le début du mandat à ce jour. ll s’agit par exemple du sac de riz de 50 kgs qui est passé de 25 à 50 $, de carton des chinchards de 30 à 70 $, du carton de poisson salé de 40 à 70 $, du sachet de sucre de 5 kgs de 5 à 8s;
– La clochardisation des agents de la Police Nationale, des Forces Armées de la République et des autres nombreux services de sécurité ; 62% seulement d’enfants en âge de scolarité vont à l’école;
– Aucune politique de santé publique n’a été mise en oeuvre, et par conséquent, aucun hôpital public ne reçoit des subsides de l’Etat;
– 16% seulement des congolais ont accès à l’eau potable alors qu’ils étaient plus que la moyenne subsaharienne en 1990;
– L’électricité est devenue un luxe même dans les villes jadis alimentées 24h/24;
– La désarticulation des entreprises publiques par la reforme du COPlREP;
– Le Congo fait partie de trois pays au monde, avec la Zambie et le Zimbabwe, où l’on vit moins bien aujourd’hui qu’en 1970. Cela est confirmé par l’indice du développement humain du PNUD qui classe le Congo 168ème sur les 169 ;
– Le Congo, sous Joseph KABILA, est le 5ème pays le plus corrompu du monde et se situe dans le peloton des 5 pays peu recommandables pour tes affaires. Le pays est à ce jour exclu des avantages de l’AGOA, un ancien ministre du gouvernement Kabila a même déclaré : « jamais au cours des vingt dernières années, l’intérêt collectif n’a été foulé aux pieds au profit des intérêts égoïstes et particuliers d’un petit nombre de dirigeants » ;
– 95% de la population active ne dispose pas d’un emploi formel et seulement 6% des jeunes diplômés ont accès à un emploi décent;
– L’année 2010 annoncée avec fracas comme année du social avec un budget d’un milliard quatre cents millions de dollars américains est passée inaperçue, se terminant par la piteuse image de partage d’un poulet pour quatre familles en guise de treizième mois.

Chers compatriotes,

Dans le domaine des infrastructures, le seul qui est utilisé à ce jour comme produit de maquillage par excellence, il se constate qu’à part les routes financées par les partenaires internationaux, notamment la Banque Mondiale et l’Union Européenne qui sont réalisées selon les standards, les autres c’est-à-dire celles construites par les 5 chantiers procèdent d’une opération de charme, de saupoudrage, de prédation et sont hors normes. Par ailleurs, la quasi-totalité de celles-ci ne sont pas encore achevées en cinq ans de gestion du gouvernement et dix ans de pouvoir.
En ce qui concerne les investissements, les contrats signés entre la République et les autres partenaires se passent dans une opacité qui laisse perplexe le peuple. C’est le cas notamment de l’octroi des concessions pétrolières tant dans le Graben Albertine que dans le Graben Tanganyika qui n’a obéi à aucune règle en ra matière.

Que dire de la gestion de notre environnement? Alors que le protocole de Kyoto arrive à terme en 2012, la RDC, couvrant près de 50% de la forêt du bassin du Congo qui est le deuxième poumon de ta planète, devait prendre le leadership africain pour négocier un nouveau protocole en matière d’environnement qui tienne compte des impératifs de développement de notre pays. Nous avons malheureusement assisté à un désintéressement du Président de la République sortant qui a brillé par son absence à Copenhague et à Cancun.

Chers compatriotes,

La justice, enfant pauvre de toutes les institutions Publiques, n’a connu aucune embellie contrairement à ce qu’affirme Monsieur Joseph Kabila. En effet, non seulement les Magistrats congolais travaillent dans des conditions déplorables, leur traitement n’a jamais atteint le montant de 1600 $. Car le salaire de base du Magistrat congolais est fixé à 400.000 Fc soit 450 $. L’Opposition Politique demande à ces derniers de réclamer la différence de 1.150 $ par mois sur toute la période que ce barème a été mis en place d’autant plus que cela constitue purement et simplement un détournement si cela est réellement le cas.

Quant au fonctionnement de la justice dans notre pays, tout Congolais attentif et consciencieux aura sans doute constaté que depuis l’avènement de l’actuel régime, ce secteur fonctionne à deux vitesses selon qu’il s’agit des membres de la famille politique de Monsieur Joseph KABILA que d’une autre tendance. On retiendra à cet effet entre autres les arrêts contradictoires de la Cour Suprême de Justice qui, en l’espace de trois mois seulement, aura rendu deux décisions différentes en s’appuyant sur l’article 162 alinéa 2 de la constitution sur un même objet (demande en annulation des résolutions d’une assemblée provinciale) émanant du même organe législatif (Assemblée Provinciale). La conséquence de ces épisodes rocambolesques a permis d’une part de limoger l’ancien Vice Gouverneur du Maniema et d’autre part de maintenir en fonction le Président de l’Assemblée Provinciale de Kinshasa.
Aussi, l’Opposition Politique souligne les violations délibérées de la constitution par le refus du Président de la République sortant de mettre en place la Cour Constitutionnelle.

En matière de respect des droits de l’homme, l’Opposition Politique Congolaise affirme que notre pays a connu un recul déplorable. En conséquence, elle dénonce les massacres des populations civiles observés dans les Provinces du Bas Congo, de l’Equateur et au Nord Katanga. Elle condamne les assassinats des personnalités politiques telles que l’ancien Vice-Président de l’Assemblée Provinciale de Kinshasa Daniel BOTETI, des journalistes comme Serge MAHESHE, Didace NYAMUJIMBO, le couple Franck NGYKE et des défenseurs de droits de l’Homme dont Floribert CHEBEYA, Fidèle BAZANA, Salvator MUHINDO, Armand TUNGULU, Serge LUKUSA ainsi que les militants de I’UDPS Junior NGAMAKE, Lady ELALA et dont on s’est même permis de soustraire frauduleusement les cadavres des morgues au mépris du droit élémentaire de la personne humaine.

La sécurité à l’Est de la République, cheval de bataille de la campagne 2006 de Kabila, a été complètement oubliée et remplacée par des négociations qui ont affaibli l’autorité de l’Etat. Les groupes armés du Rwanda, du Burundi et d’e l’Ouganda sont éparpillés dans tout l’Est de notre pays au vu et au su du gouvernement en place qui s’en accommode, compromettant ainsi non seulement la souveraineté nationale, mais également la tenue des élections crédibles et apaisées dans cette partie de la République. Ces groupes qui se financent sur notre sol par le pillage de nos ressources se distinguent dans des actes d’assassinats, de viol, d’enlèvement et de déplacements massifs de notre population, créant ainsi une situation de non droit.

Cependant, le Président de la République sortant, candidat de la Majorité présidentielle qui se présente en lndépendant comme en 2006, continue à se prévaloir indument de la qualité d’artisan de la paix et de la démocratie en RDC. C’est ici l’occasion pour l’Opposition Politique de rappeler que la paix est une réalité globale; à moins d’un cynisme malsain, lorsqu’un homme n’a pas mangé pendant deux jours, peut-on affirmer qu’il est en paix ?

Par ailleurs et par souci de vérité historique, il importe de rappeler également que la cessation, sans vainqueur ni vaincu, de la guerre et des rebellions en RDC est l’œuvre de la classe politique congolaise tout entière dont les négociations ont été sanctionnées par la signature de l’Accord Global et lnclusif de Sun city, suivi de la mise en place du gouvernement d’union nationale et de l’organisation des élections de 2006 avec l’appui de la communauté internationale.

Au sujet de la démocratie, il sied de rappeler au Président de la République sortant que la dynamique de ce processus avait commencé en 1982 par la lettre des treize Parlementaires, suivie des consultations populaires de 1989 et du discours du 24 avril 1990 prononcé par feu le Marechal MOBUTU SESE SEKO. La Conférence Nationale souveraine avait d’ailleurs impulsé un élan remarquable au pays, lequel, hélas ! a été brusquement interrompu par la prise de pouvoir de l’AFDL, défini à juste titre par Laurent-Désiré KABILA lui-même comme étant un conglomérat d’aventuriers et d’opportunistes et dont l’une des premières mesures avait été de suspendre toutes les activités politiques.

Chers compatriotes,

Le Président sortant a été tout au long de son mandat champion des slogans creux et pompeux du type :
– Finie la récréation ;
– Les cinq chantiers ;
– Je ne dispose pas de 15 personnes compétentes pour gérer le Congo ;
– Les portes des prisons seront grandement ouvertes ;
– La tolérance zéro;
– La réduction du train de vie des institutions de l’Etat…

Aujourd’hui rien de tout cela n’a été réalisé. Il ne dispose toujours pas de 15 personnes pour l’aider à gérer le pays comme le témoigne son discours suranné de Kingankati. Les prisons attendent toujours les affameurs du peuple. Aucune compassion pour les Congolais qui ont perdu leur argent suite à l’escroquerie du siècle occasionnée par la faillite de la Banque congolaise. Et comme si cela ne suffisait pas, un nouveau slogan plus pompeux que les précédents vient d’être lancé, à savoir : « faire du Congo un pays émergent ».

L’opposition politique est indignée de constater que le président de la république sortant, garant de la paix et de la sécurité du pays, ne puisse condamner les agissements de la police nationale qui réprime sans cesse les manifestations pacifiques des opposants, notamment la dernière marche organisée par l’UDPS et toute l’opposition politique pour réclamer la transparence du processus électoral. Dans te même ordre, aucun mot ni aucun signe de compassion n’a été enregistré de sa part sur les attaques et incendies de la permanence de l’UDPS, du RCDN et de la chaine de radio- télévision LISANGA, RLTV, perpétrées par les hommes en uniformes associés à la milice dite « Pomba » du PPRD dont les têtes d’affiche se sont dévoilées au grand public.

Chers compatriotes,

Eu égard à tout ce qui précède, l’opposition Politique congolaise affirme que le bilan du Président de la République sortant est largement négatif. C’est pourquoi, l’opposition Politique congolaise renouvelle sa confiance à son candidat commun et unique, Monsieur Etienne TSHISEKEDI et demande solennellement au peuple congolais de se mobiliser massivement autour de ce dernier afin d’instaurer au Congo un Etat de Droit garantissant une équitable redistribution des richesses nationales.
Elle exige la libération sans condition avant les élections de tous les prisonniers politiques et d’opinion tels que le Pasteur KUTINO FERNANDO, Monsieur Gabriel MOKIA, Monsieur Elie KAPEND, Maître Firmin YANGAMBI et consorts, les combattants de l’UDPS ainsi que les ressortissants de l’Equateur détenus sous le « code 32 ».

Fait à Kinshasa, le 16 septembre 2011.

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