L’Université Pédagogique National en ébullition

 


C’est un véritable vent de révolté qui a soufflé sur le campus de l’Université Pédagogique Nationale (UPN) le samedi 22 janvier 2011. Par plusieurs vagues successives, les étudiants ont subitement investi la route de Matadi, érigé des barricades de fortune et brûlé des pneus avant de caillasser les véhicules conduits par quelques chauffeurs téméraires.
    A la base de cette situation, le limogeage du Comité de gestion de l’UPN dont l’annonce venait d’être faite au cours d’une conférence de presse animée par Mashako Mamba, ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire, dans l’Amphithéâtre de l’ISP/Gombe le même samedi 22 janvier dans l’avant-midi. Cette conférence avait pour thème « La situation sécuritaire dans les universités tant privées que publiques ».

    La colère des étudiants était d’autant vive qu’elle était la conséquence d’une information qui avait mal circulé, laquelle faisait état, en plus du limogeage de la direction de l’école, de la suppression de deux nouvelles filières -les Relations Internationales et la Communication- en plus de celles qui constituaient déjà l’objet d’un litige soumis à l’arbitrage du Premier Ministre.
On sait que depuis l’année dernière, l’UPN fonctionnait en boîtillant du fait de la décision de Mashako Mamba de supprimer certaines filières créées depuis la transformation de l’Institut en université. Au cours de sa conférence de samedi matin, le ministre avait annoncé à l’opinion la réhabilitation pour une année des facultés supprimées telles que l’Agronomie, la médecine vétérinaire, les sciences de santé. Cependant, il a fait état de la délocalisation de ces trois facultés, y compris celles des sciences sociales (où l’on retrouve les Relations Internationales et les Sciences politiques et Administratives) et la Communication pour l’Unikin au début de la prochaine année académique.

C’est précisément cette dernière annonce qui a mis le feu aux poudres parce que mal transmise aux concernés restés sur le campus de l’UPN, et surtout mal expliquée. L’élément détonateur de la révolte estudiantine a été le changement du Comité de gestion avec les rumeurs de nomination d’un nouveau Comité qui proviendrait de l’Unikin, dès ce lundi 24 janvier.

La réaction a été immédiate : routes barricadées pendant plusieurs heures, pneus brûlés, jets de pierres, etc. Un poste de police étant juste à côté, les policiers sont intervenus pour tenter de rétablir l’ordre, mais ils ont été vite débordés. Un agent de la police de roulage communément appelé « Vieux Sabu » a été touché pendant les échauffourées et acheminé à l’hôpital de La Borne situé à quelques encablures de l’UPN, derrière le siège principal de l’Eglise portant le même nom. Un taxi-bus de marque Mercedes 207 qui passait au même moment a essuyé des jets de pierre qui ont fait voler en éclats son pare-brise. Effrayée par le drame qui se déroulait sous ses yeux, une dame qui suivait en jeep RAV 4 s’est retrouvé dans l’incapacité de conduire. Ayant brutalement stoppé son véhicule, elle a cherché son salut dans la fuite à pied en direction des policiers sans se rendre compte que le véhicule qu’elle avait abandonné venait de trouver un nouvel « acquéreur », un voleur qui avait réussi à la faire démarrer dans la confusion générale. Heureusement, la jeep a été retrouvée dans la matinée de dimanche.

Les renforts de la police qui sont arrivés peu après ont dû tirer abondamment en l’air pour faire revenir le calme. En début de soirée, l’ordre était revenu et il a été signalé, en dehors des dégâts déjà relevés, quelques blessés légers et deux cas d’étudiantes ayant piqué une crise de tension artérielle à la suite de l’émotion liée à l’irruption des policiers armés dans les homes.
    Il y a lieu de signaler que le dossier de l’UPN était à l’étude depuis le jeudi 13 janvier 2010 au cabinet du Premier ministre Adolphe Muzito. Le jeudi 13 janvier, celui-ci avait reçu un groupe réduit d’étudiants de l’UPN, avec leur coordonnateur, en compagnie de Ntantu Mey (ancien de l’UPN) à la Primature, en présence du ministre  de l’Enseignement Supérieur et Universitaire, Mashako Mamba.
Au cours de cette rencontre, il avait décidé la mise sur pied d’un comité d’analyse composé de plusieurs parties, entre autres le gouvernement (à travers Mashako Mamba etc…), le Comité de gestion de l’UPN, les étudiants, etc.
En dernière minute, le Premier Ministre Adolphe Muzito a suspendu toutes les mesures prises par le ministre de l’Enseignement  Supérieur et Universitaire en rapport avec l’Université Pédagogique Nationale (UPN). Il a pris cete décision le samedi 22 janvier à Kinshasa o l’issue d’une courte réunion du Conseil des ministres.

Dorcas Somwe

 

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