L’ordre de Kigali est clair : les infiltrés doivent rejoindre le CNDP/M 23

Les régiments des FARDC (Forces Armées de la République Démocratiques du Congo) basés au Nord-Kivu sont en train de se vider, à la vitesse « V », des infiltrés rwandais dont ils regorgeaient depuis les années AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo) et le Régime 1+4. Cette vague de vraies-fausses défections est consécutive à un ordre venu de Kigali et les enjoignant de rejoindre, toutes affaires cessantes, les rangs du CNDP/M.23, ce groupe armé piloté par le général rwandais Bosco Ntaganda et appuyé par le Rwanda aux plans des hommes, de la logistique, des armes, des munitions et des finances.
Le dessein diabolique dévolu à ces combattants étrangers n’est ignoré de personne : relancer l’insécurité et rendre le Nord-Kivu ingouvernable, déstabiliser les institutions de la République et provoquer la balkanisation du Congo démocratique. En instrumentalisant le CNDP/M.23, les maîtres de Bosco Ntaganda voudraient faire accréditer la thèse d’une crise politico-militaire congolo-congolaise dans la partie Est du pays, ainsi qu’ils le claironnent déjà à l’Union Africaine, à l’Union Européenne, aux Nations Unies et partout où circulent les rapports accablants sur leur implication dans la nouvelle « guerre » du Nord-Kivu.
Au lieu d’en pleurer, les Congolais devraient plutôt se réjouir de ce concours de circonstance qui permet à la hiérarchie des FARDC de connaître les effectifs réels des infiltrés déserteurs et de prendre les dispositions requises pour verrouiller notre système de défense contre de nouvelles infiltrations.
 
A ce stade, les décideurs politiques congolais devraient soutenir une grande offensive diplomatique visant à capitaliser, au sein de la communauté internationale, le sentiment largement partagé, selon lequel le Rwanda est épinglé comme le principal facteur de perturbation de la paix au Nord-Kivu. La diplomatie congolaise devrait parler d’une voix suffisamment forte pour que les 5 millions de morts enregistrés au Congo entre 1996 et 2003 à cause de l’AFDL et des alliés rwandais ainsi que les nouveaux morts que « fabrique » le CNDP/M.23 ne soient pas versés au compte des pertes et profits. Les crimes de guerre et crimes contre l’humanité perpétrés au Congo par des soldats rwandais méritent autant d’attention et de considération que le génocide des Tutsi en 1994 au Rwanda. Au chapitre des morts gratuites provoquées par des criminels de guerre, citoyens congolais et rwandais devraient être traités sur le même pied d’égalité.
 
Non au chantage de Kigali
 
L’opinion congolaise sait que les conclusions des experts des Nations Unies qui viennent d’enquêter sur les violences orchestrées par le CNDP/M.23 au Nord-Kivu ne laissent aucun doute sur le soutien total du Rwanda à cette force négative animée par ses officiers et soldats qui se cachaient dans les rangs des FARDC, appuyé par des troupes fournies par l’armée rwandaise. Sa publication, gelée jusque-là au motif qu’il y manquerait la version des faits vue de Kigali, apporterait un éclairage suffisant sur le manque de sincérité du régime de Paul Kagame dans ses relations avec celui de Kinshasa.
Il est à espérer que ce rapport ne va pas connaître le sort de celui du « Mapping Report » élaboré en 2010 par la Commission des Droits de l’Homme des Nations Unies et qui était riche en preuves de pillages des ressources minières congolaises et d’atteintes graves aux droits de l’homme perpétré par des éléments de l’armée rwandaise et des mouvements rebelles instrumentalisés par le Rwanda.
 
Alors que ce pays devait être fermement condamné pour avoir planifié un authentique génocide minier et humain en territoire congolais, les Nations Unies avaient dû reculer et élaguer les passages les plus accablants pour le régime de Kigali pour ne pas perdre le bénéfice de la participation des troupes rwandaises aux forces de maintien de la paix au Darfour. S’acheminerait-on ferait vers un nouveau  chantage, quand on se rappelle que Paul Kagame lui-même a soutenu récemment avoir sauvé le régime de Kinshasa d’une condamnation à mort signée par l’Occident avant les élections de novembre 2011 ? Dans l’affirmative, les Congolais seraient en droit de se demander s’il est encore utile de prêcher le respect de la vie humaine à l’échelle planétaire, dès lors que leurs compatriotes tués, violés, torturés, humiliés, dépouillés par des forces négatives rwandaises dans le contexte de la «guerre» de l’Est ne comptent pas.
 
Kimp

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