L’idée de Reynders mal accueillie : dialogue Kinshasa-Kigali, sans objet !

Le Vice-premier ministre et ministre belge des Affaires Etrangères, Didier Reynders, était parmi les invités de marque du gouvernement du Burundi lors des manifestations marquant, le week-end dernier, le Cinquantenaire de l’Indépendance de ce pays. En marge de l’événement, il s’est exprimé sur la situation sécuritaire qui prévaut dans l’Est de la République Démocratique du Congo. A son avis, Kinshasa et Kigali devraient privilégier le dialogue, afin de calmer la tension qui va crescendo entre les deux capitales.
L’idée en soi n’est pas mauvaise. Elle s’inscrit même dans la droite ligne des relations de bon voisinage entre la RDCongo et le Rwanda. Seulement voilà ! Les Congolais en ont déjà vu de toutes les couleurs dans leur volonté de cohabiter pacifiquement avec leurs voisins rwandais. Au regard des agendas cachés dont se sert le régime de Kigali depuis 1994 pour tenter d’annexer la partie Est du pays, il est difficile de lui faire confiance.
 
Les révélations du dernier rapport des experts des Nations Unies sur les appuis multiformes qu’apporte le Rwanda au CNDP/M. 23 ainsi que sur la présence des troupes de l’armée régulière rwandaise au front du Nord-Kivu, ont davantage ouvert les yeux à nos compatriotes.
L’idée de rechercher un nouveau dialogue avec un voisin qui n’a jamais respecté ni sa parole, ni ses engagements, ne tente pas, dans l’immédiat, les officiels congolais. Dans le contexte actuel, cela pourrait passer pour une insulte à la mémoire des millions de Congolais ayant perdu la vie, depuis deux décennies, dans une insécurité fabriquée de toutes pièces par Paul Kagame et ses hommes de paille.
 
Accord du 23 mars 2009 : un chiffon…
 
Avec le recul du temps, le gouvernement de Kinshasa constate que l’Accord du 23 mars 2009 qu’il avait signé avec le CNDP (Conseil National pour la Défense du Peuple) a aujourd’hui autant de valeur qu’un chiffon. C’est pour la simple et bonne raison que ce mouvement rebelle, présenté alors comme d’émanation congolaise, était en réalité un cheval de Troie hébergeant des officiers et soldats rwandais ayant réussi à infiltrer les rangs des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo).
Contrairement aux espoirs suscités par cet accord, le CNDP, qui avait feint de se muer une mouvement politique, est demeuré le nouveau bras armé de Kigali en territoire congolais. Par conséquent, le cessez-le-feu, qui devait découler de son abandon de son statut de groupe armé, n’a jamais été effectif. Le gouvernement congolais s’est fait copieusement rouler dans la farine en attribuant des promotions et des grades aux officiers et combattants du CNDP et en se soumettant à leurs caprices d’être cantonnés au Nord-Kivu après leur sortie des centres de « brassage » et « mixage ».
Devenus maîtres d’un large front militaire au Nord-Kivu et au Sud-Kivu à partir de 2009, ces infiltrés rwandais n’ont pas attendu longtemps pour ôter les masques. S’il y a un dialogue à engager avec ces mutins ou avec leur sponsor principal qu’est le gouvernement de Kigali, en quels termes serait-il libellé ? La RDC devrait-elle prendre le risque d’accepter un nouveau baiser de Judas ?
 
Rebâtir l’armée …
 
La principale leçon que Kinshasa devrait tirer de la fourberie du régime de Kigali est qu’il lui faut, plus que jamais, accélérer le processus de réforme des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo). Le Congo démocratique devrait se doter, dans un délai raisonnable, d’un système de défense à même de décourager toute velléité d’atteinte de son intégrité territoriale par l’un ou l’autre de ses voisins ou des mouvements rebelles parrainés par eux.
On se souvient qu’à l’époque où l’armée de Mobutu, les ex-FAZ (Forces Armées Zaïroises), assurait le rôle de «gendarme» de l’Afrique Centrale, aucun Etat voisin ne prenait le risque de toucher à un cheveu d’un ex-Zaïrois. C’est ce langage là, celui de la puissance militaire et économique régionale, que les Congolais d’aujourd’hui devraient retrouver, s’ils tiennent à se faire respecter au niveau de l’Afrique Centrale et des Grands Lacs.
Le dialogue, en vue du règlement pacifique d’un éventuel conflit, n’est pas à exclure. Toutefois, les meilleures chances d’un dialogue franc résident dans les rapports de force. La voix d’un Congo fort se ferait mieux entendre que celle d’un colosse aux pieds d’argile, qui passerait son temps à se lamenter, alors que les circonstances exigent qu’il puisse agir.
 
Kimp

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