A l’Est, c’est le ras-le-bol

La population de l’Est du pays a continué hier à crier sa colère à la suite du massacre des civils perpétré en territoire de Beni par des hommes armés présentés comme des rebelles ougandais. De l’Est à l’Ouest et du Nord au Sud de la région, les écoles, les commerces et les marchés sont restés fermés.

En respectant scrupuleusement le mot d’ordre de journée ville morte lancé par la Société civile, la population a ainsi exprimé son ras-le-bol face à l’impuissance des pouvoirs publics devant les massacres et autres actes de barbarie qui endeuillent de manière récurrente la province sans susciter des réactions à même de la rassurer et de la sécuriser.

         La colère exprimée est d’autant fondée qu’au moment où on note cet activisme macabre des rebelles ougandais de l’ADF/Nalu dans le grand Nord, on signale, dans le petit Nord, des bruits de bottes que la Société civile attribue aux rwandais du M23 qui seraient en reconstitution. La présence de ces éléments a même été signalée à la Monusco mais des missions de repérage dépêchées sur les lieux n’ont pu les retrouver. Où sont-ils passés et que sont-ils en train de préparer ?

         Ces questions sont au centre des conversations au petit Nord où la population se rappelle les espoirs suscités par les victoires des troupes loyalistes sous la bannière de deux généraux aujourd’hui décédés. L’impression d’abandon qui se dégage en ce moment doit être analysé et surtout, combattu avec vigueur. Elle devrait même davantage préoccuper ceux qui n’ont pour préoccupation que le charcutage de la Constitution et qui comptent, pour atteindre leur objectif  sur l’adhésion de la population à leur initiative. Comment convaincre le peuple que tout ira mieux demain, lorsque la Constitution aura été changée alors qu’elle vit l’enfer au quotidien et ne sait à quel saint se vouer ?

         Dans une région où l’on compte plusieurs dizaines de milliers de soldats, onusiens comme nationaux, le ras-le-bol populaire doit être pris à sa juste mesure. Dans une réaction récente, le porte-parole du gouvernement a fait état de l’existence d’une main noire qui organiserait la déstabilisation de l’Est de la RDC. Cette dénonciation peut être considérée comme un début de réponse au problème préoccupant de l’instabilité qui prévaut dans cette partie du pays. Mais pour être complète, elle devrait inclure aussi les personnes physiques et  morales qui financent les milices locales pour sécuriser l’exploitation illégale des minerais. Ce sont ces hommes qui entretiennent des aéroports privés déjà dénoncés par maints rapports rendus publics sur le plan international et par lesquels les minerais sont exportés illégalement. C’est par les mêmes aéroports, sans oublier les voies terrestres menant aux Etats voisins, que les armes ainsi que les munitions sont introduites illégalement aussi dans la région.

         Il n’est pas tard pour le reconnaître : l’absence d’action contre des prédateurs clairement identifiés par des missions d’enquête internationales explique peut-être aujourd’hui la poursuite d’actes de déstabilisation de l’Est de la République.  La solution ne consiste pas à se plaindre ou à crier au voleur. Il faut se mettre debout, pour reprendre une expression aujourd’hui à la mode, agir et surtout, sévir. L’impunité ne peut pas faire progresser un pays.

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