Les «Wewa» traqués par la police à Kinshasa

Taxis moto.Les motocyclistes dépourvus de casques de protection, et des documents de bord, notamment l’acte de vente de la moto, le permis de circulation et la plaque minéralogique de la deux roues, sont dans le collimateur de la Police provinciale ville de Kinshasa. Ainsi en ont décidé les responsables de cette unité de la police qui entendent à travers cette réglementation, lutter contre la criminalité à moto et renforcer les mesures de sécurisation des passagers.

Dès lors qu’elle pourrait limiter les braquages des motos aux heures tardives, les agressions sur les conducteurs ou sur leurs passagers, et réduire sensiblement le nombre d’accidents de circulation et de victimes, cette mesure policière est certes saluée dans certains milieux, mais elle est boudée dans d’autres où l’on se pose mille et une questions sur les nombreux problèmes qu’elle va certainement susciter dans le domaine de transport en commun. Car, pour la police, les taxis-motos ne doivent circuler à Kinshasa, qu’entre 5 H du matin et 21 heures du soir. En outre, ils ne sont plus autorisés à transporter plus d’un passager.  

            Au niveau de la police, on se réjouit du fait que cette opération ait pu permettre la saisie dans la partie Est de la capitale, de 29 motos dépourvues de documents de bord, le 16 mars, et 40 «  deux roues » ont été transférées le 8 avril 2014, au Commissariat provincial de la police. Et on signale qu’elle va se poursuivre sans relâche dans d’autres coins de la ville, de manière à remettre de l’ordre dans ce secteur de transport.

            Si aujourd’hui, la police déployée à la Place de l’Echangeur de Limete, bombe le torse à faisant respecter sa mesure qui crée des grincements de dents et des pleurs, des milliers de compatriotes inquiets s’interrogent sur le bien-fondé de cette réglementation, qui à première vue, semble être un coup fourré contre les Kinoises et Kinois. Une initiative qui n’a pas été bien mûrie Et pour cause !

Nouveau moyen de transport en commun qui a supplanté les voitures, les mini-bus et les camionnettes, la moto est devenue incontournable et même irremplaçable dans la plupart des quartiers de la ville de Kinshasa. Quand on sait que l’intérieur de la plupart des communes est impraticable, les voitures n’osent s’y aventurer pour le simple prix d’une course. La moto devient la solution qui permet aux piétons débarqués aux arrêts sur les grandes avenues parsemant les itinéraires des bus, d’atteindre leurs domiciles, sans effectuer de longues marches à pied. Tant elle affronte facilement les nids de poule, les routes défoncées, les rues inondées, les terrains sablonneux, avec sur le siège arrière, deux à trois passagers.

Aujourd’hui, la solution «  wewa » n’a pas d’alternative

Dans notre ville, la plupart de motos sont dépourvues de documents de bord. La décision de traquer celles non en règle sur ce plan, entraînera non seulement la saisie d’un nombre important, mais poussera certains propriétaires à les retirer de la circulation. Cela va créer un déficit des moyens de transport au moment où on en a encore besoin.

            D’autre part, réglementer les heures de circulation des motos va compliquer l’équation de transport à l’intérieur des communes et des quartiers. A cause de la voie non praticable, le quartier Cecomaf abandonné par les voitures et taxis-bus, ne serait plus relié au quartier 1.

            Il en est de même pour les quartiers Mokali, Mikondo, Mutu Kutina Ve, Mpasa, Kingabwa, Masina, pour la partie Est, et Makala Ngunza, Bumbu, Selembao, Bandalungwa, Kintambo, Camp Luka, pour la partie Ouest. Malueka, Don Bosco, Ngomba Kinkusa, Pompage, Brikin, Telecom, pour ne citer que ces coins, deviendront enclavés.

            Dans tous les quartiers et dans la plupart des communes, les «wewa» règnent en maîtres. C’est le moyen de transport pratique, populaire. Depuis qu’il a été adopté dans la ville de Kinshasa, il a permis aux habitants de Kingabwa de joindre le boulevard Lumumba, de la  1 ère à la 18 ème rue Limete, en traversant les rails. Ce qu’aucune voiture ne réalise.

Les travailleurs qui terminent tard leur boulot, dont notamment des restaurateurs, des vendeurs dans les alimentations, les boutiques et les terrasses, seront doublement pénalisés. Ils ne sauront plus regagner leurs domiciles, faute de transport. Au-delà de 21 heures, l’interdiction de circulation des motos va causer des problèmes d’insécurité aux piétons qui rentrent chez eux. Pensez aux gens qui vont dans les deuils, aux malades qu’il faut acheminer urgemment à l’hôpital, faute d’ambulances. Bref, la moto est d’une utilité permanente dans le transport des personnes et des marchandises. Restreindre ses heures de fonctionnement, créerait davantage des problèmes qu’il n’en résoudrait.

            Voilà pourquoi bien des personnes pensent que cette mesure devrait être réexaminée, même si elle compte des aspects positifs tels que le renforcement des mesures de sécurité pour les passagers et la lutte contre la criminalité à motos, et les agressions sur les «  wewa » et leurs passagers.

                                   J.R.T. 

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