Les viols dans les Grands Lacs : une dramaturge américaine mobilise l’Amérique

« Violées une fois meurtrie toute la vie», voilà comment sous titré Alain Wandimoyi, un correspondant du bulletin international Syfia, sur les horreurs que vivent les femmes dans la région des Grands Lacs en général et en RD Congo en particulier. Un article qui coïncidait avec la visite du Secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton à Goma. Cette grande dame d’Etat américain a palpé du doigt les graves conséquences dues à des guerres, des massacres et du génocide perpétrés par les groupes armés qui écument l’Est depuis 1996.  D’aucuns diront qu’il est difficile d’évacuer les traumatismes dans les têtes des gens. D’autres pensent autrement: il faut immédiatement commencer quelque part la conscientisation des masses contre ce fléau dicté par des intérêts égoïstes. Et, dans la plupart de cas, les petits peuples sont indexés comme responsables alors qu’à la source de ses conflits, il y a souvent les « mafiosi » multinationaux qui pourchassent le coltan ou le diamant du sang… 
 
            A cet égard, la RDC et les Régions des Grands Lacs devront être très sensibles par la démarche d’une dramaturge américaine : Lynn Nottage. Elle manifeste sa solidarité envers les femmes violées de l’Est du Congo dans une pièce de théâtre intitulée « Ruined », «Ruinée» en français. La pièce a même remporté le Prix Pulitzer du théâtre, le 20 avril 2009. Le jury du Pulitzer a commenté en ce sens: « Une pièce dramatique puissante » qui « force l’auditoire à faire face à l’horreur des viols et de la brutalité des temps de guerre tout en trouvant le moyen d’affirmer la force de la vie et de l’espoir dans une époque de désespoir ». En effet, mettant en exergue le contenu de l’ouvrage de Lynn Nottage, le journaliste américain Michael Bandler indique que Mme Nottage a parlé des Congolaises qu’elle avait consultées pendant qu’elle rédigeait sa pièce Ruined, notant leur capacité d’adaptation face à des difficultés inimaginables. « Malgré les horreurs qu’elles avaient vécues », toutes ces femmes « trouvaient encore le moyen de faire de l’humour et de sourire et elles étaient déterminées à survivre ». Nottage manifeste son étonnement face à leurs attitudes positives : « J’avais cru que j’allais trouver des femmes effondrées. Or j’ai trouvé des femmes brutalisées, certes, mais déterminées à aller de l’avant. »
            Comme moyen de sensibilisation, c’en est une dans l’Amérique très lointaine de nos réalités. Voilà l‘exemple de partenariat à encourager pour que les peuples se parlent et se connaissent afin de briser les frontières artificielles ! En effet, la pièce a fait grand succès lors son interprétation à Manhattan Théâtre Club de New-York et à travers d’autres grandes villes des Etats-Unis. Mais, plus grave encore, aucune autorité congolaise n’a daigné assister à ces représentations qui imprimaient la symbolique de la solidarité envers les peuples d’Afrique. De quoi donner raison au doyen de la faculté des communications, François-Xavier Budim’Bani Yambu qui a déclaré lors d’une communication, sur le retour du festival Yambi de Bruxelles, à l’Université Catholique de Kinshasa : « Parler de culture, de politique culturelle ou des arts à l’ère de la réduction de la pauvreté et du changement des mentalités paraît à la fois saugrenu et osé, tant acteurs politiques, sociaux et économiques ne trouvent pas en quoi la promotion de la culture, de ses manifestations et représentations, peut concrètement aider à résorber rapidement et efficacement les problèmes de survie qui hantent le quotidien du Congolais… » 
En tout état de cause, la contribution de Mme Nottage nécessite l’autre lecture vers la prise des responsabilités des femmes africaines et congolaises. L’auteure de « Ruined » a offert une partie des 10.000 dollars du Pulitzer à l’hôpital Panzi au Congo dont la préoccupation pratique est de procéder à des opérations chirurgicales reconstructives pour les femmes.
Pour votre enseigne, Mme Nottage, qui est professeur à l’université Yale, avait bénéficié d’une bourse MacArthur « pour génie » en 2007 et, est la deuxième femme noire américaine à recevoir le prix Pulitzer du théâtre. Avant elle, il y a eu en 2002, Suzan-Lori Parks.
 
Appui à la culture timide

 
            Connu comme un Etat à tradition culturelle, les Etats-Unis se manifestent assez timidement dans l’appui aux actions culturelles en RD Congo. A quand le partage d’expériences culturelles entre artistes comédiens congolais et américains ? Tout en saluant le tout récent appel d’offres en projets des Fonds des Ambassadeurs pour la préservation du patrimoine culturel (sites, objets culturels, des collections de musée ainsi que de formes traditionnelles d’expression culturelle…), l’Amérique laisse plus parler de sa visibilité politique que culturelle. Rares sont les acteurs culturels congolais et américains qui y échangent d’expériences. Et, s’ils le font, c’est souvent derrière les productions culturelles conjointes avec d’autres nations. Tel est le cas en danse contemporaine avec des artistes chorégraphes, Longa Fo de l’Institut de Beaux-arts de Kinshasa  avec Germaine Acogny de l’Ecole du Sable au Sénégal et Faustin Liyenkula, Grand Prix de la Fondation Prince Claus. Et, dans le sens contraire, ce sont des visites de travail éclairés, à l’image du Quartet Devin Philips & New Orléans Straigt ahead ou encore les jeunes des Hip-hop « Vice Verse All Stars…
            Les frontières culturelles ont intérêt à s’ouvrir. Pourquoi pas commencer par redynamiser les fonctions du Centre culturel américain à Kinshasa qui, pour y accéder, il ne faut pas manquer des crédits dans son portable !
 
Eddy Kabeya   
 

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