Les termitières des «kuluna» et «pombas» de nouveau en ébullition

 Derrière certaines maisons d’habitation et des immeubles inachevés de la ville de Kinshasa, des jeunes désoeuvrés de tous acabits et des marginaux de la pire espèce se retrouvent chaque jour et chaque nuit, non seulement pour tuer l’ennui et tailler bavette, mais pour cultiver les muscles, fumer du chanvre ou boire de l’alcool frelaté, et préparer quelques braquages des piétons dans les ruelles moins fréquentées. Ces termitières des délinquants sont reconnaissables par l’affluence des jeunes en rupture de formation scolaire, grisés à longueur de journée, l’odeur du chanvre qui se répand à mille lieux de là, le partage et le commerce des butins.  Aujourd’hui, on assiste à la prolifération de ces termitières dans toutes les communes de Kinshasa. Et les victimes ne se comptent plus. A Kintambo, on les retrouve dans les quartiers riverains de Makelele, dans le secteur comprenant les avenues Rufidji, Lado et Madimba, ex-camp Mobile, Camp Utex dans les parages du lycée Bosangani et au quartier Jamaïque.

  A Bandalungwa, le berceau flottant de cette délinquance se situe tantôt dans les quartiers Lingwala, Adoula, Makelele, Moulaert et Lumumba. Lingwala, Barumbu et Kinshasa, la sécurité est devenue une denrée rare depuis que les bandes des kuluna arrosent ces communes de leur violence. Que dire alors de trois communes sœurs de Selembao, Bumbu et Makala, réputées pour leur taux de criminalité élevé ! Ngiri-Ngiri n’est pas demeuré en reste. Cette mairie a déjà offert à Kinshasa, le spectacle de nombreux affrontements sanglants de la guerre des écuries avec celles de Yolo-Nord et Yolo-Sud.
 Kauka, ce grand quartier qui s’étend de la rivière Kalamu à la rivière Yolo, et de l’avenue Bongolo au Stade Tata Raphaël, abrite ses quelques termitières des marginaux avec cette particularité, qu’ici, l’usage des machettes et autres armes blanches est moins prononcé qu’ailleurs.
 Mais c’est au camp Mombele, à Ngaba, comme à Kingabwa, où des foyers de la violence sont en ébullition, comme l’ont révélé quelques jeunes intellectuels abordés dans le cadre de cette mini-enquête.


 La zone rouge est franchie quand on pénètre dans la commune de Matete où quelques terreaux des kulunas ont enregistré la baisse de leurs activités criminelles, depuis que quelques chefs des écuries ont été arrêtés et placés en détention préventive dans les prisons pour extorsions à main armée, coups et blessures volontaires aggravées. On signale même que le flambeau de la relève a déjà été rallumé par quelques acolytes intrépides. Tel est  le cas des communes de Ndjili, Masina, et Kimbanseke où les responsables du district de la police de Tshangu ont perdu leur latin.
 Ces termitières des marginaux, comme il faudrait le souligner, transforment les délinquants. C’est un monde à part avec ses us et coutumes, ainsi que ses lois en contradiction flagrante avec la Constitution. La devise principale est la loi du plus fort. Dans cette planète en déficit de morale, on y entre lucide, on en sort dans les nuages. Dans l’imaginaire de ces délinquants, la violence est le seul bâton magique qui résout les problèmes de la lutte pour la survie auxquels sont confrontés ces marginaux au quotidien.
 Ekofo Trésor, un de ces délinquants, squattant les devantures des magasins et certains immeubles, ne rêve pas un jour, se convertir dans des activités respectables. Pour nous, les rebus de la société, sans la violence et sans ces coups, on ne s’en sortirait pas. C’est la mort. Et on ne veut pas mourir. Ces propos témoignent du désespoir qui a gagné ces milieux des jeunes marginaux ayant perdu tout repère, tout modèle. Leurs seules  références se recrutent chez les brigands de grands chemins.


 Un policier contacté pour se faire une idée des difficultés de la police de proximité, reconnaît que le problème principal est la carence des effectifs. On ne peut pas intervenir à deux ou à quatre face à un groupe comprenant dix à vingt membres. C’est ce qui justifie nos craintes lors des appels de détresse.
 La population, la grande victime, regrette que la police de proximité soit quasi absente sur le terrain. On a beau alerter certains postes de police, la carence des effectifs est le motif évoqué pour ne pas intervenir en cas de détresse. Alors que la police de proximité a pour mission, la protection des personnes et de leurs biens. Pour ce faire, elle agit en amont dans le cadre de la prévention des crimes. En aval, la police intervient pour réprimer tout ce qui est contraire aux lois, comme les actes de violence et autres faits criminels. La population attend de voir la réforme de la police apporter des changements qualitatifs dans la gestion des questions de sécurité.
 Cette préoccupation des citoyens constitue donc une interpellation pour les responsables du Comité de suivi de la réforme de la police.


               J.R.T.

Leave a Reply