Les prémices d’une balkanisation

Des observateurs qui suivent attentivement l’évolution des événements qui se déroulent entre la RDC et ses 9 voisins, et pénètrent le langage brumeux de la diplomatie, ne peuvent manquer d’avoir des craintes sur l’avenir de ce pays concernant son étendue géographique héritée de la colonisation. Ces craintes traduisent le danger qu’ils pressentent comme la balkanisation du Congo-Zaïre-RDC. Ils pensent aux guerres qui n’en finissent pas à l’Est, notamment au Kivu, accompagnées du dépeuplement des villages par la fuite massive des autochtones, de l’afflux des réfugiés venus du Rwanda  et du grignotage de certaines étendues du territoire national par des voisins de l’Est et du Sud en quête d’espace vital. La balkanisation d’un pays ne se fait pas du jour au lendemain. C’est un processus caractérisé par des manœuvres d’approche qui aboutissent finalement au fait accompli devant lequel les citoyens vont se trouver impuissants. Faute d’analyser objectivement la situation dans son ensemble, certains compatriotes croient que la désintégration du pays est imaginaire. 

Lorsque l’on parlait d’une partie du territoire de Kahemba dans la Province du Bandundu occupée par l’Angola, et que ce n’était plus un mystère.Le parlement s’y était penché selon le rapport d’une commission que l’Assemblée nationale avait dépêchée sur les lieux, des analystes politiques et des cercles diplomatiques basés à Kinshasa trouvaient cela de nature à créer un précédent fâcheux qui ne manquerait pas d’inciter d’autres voisins de la RDC à faire autant. Peu après, à l’issue d’une visite de travail du ministre rwandais des Affaires étrangères à Kinshasa, il était diffusé un communiqué aux termes duquel les deux parties (RDC-Rwanda) avaient convenu de revoir le tracé de leurs frontières héritées de la colonisation. Un communiqué similaire a été aussi plus tard diffusé entre l’Ouganda et la RDC. On annonce souvent des vagues successives de réfugiés venant du Rwanda dans les Territoires de Masisi et de Rutshuru de la Province du Nord-Kivu. Le sort de ces deux territoires et de leurs autochtones est inquiétant. En outre, le Rwanda a déjà entrepris l’exploitation du gaz méthane sur le Lac Kivu sans l’accord et la participation de la RDC.
L’Ouganda qui a déjà pénétré à plus de 200 kilomètres à l’intérieur de la RDC, s’est engagé dans l’exploitation du pétrole dans les eaux du Lac Albert, sans l’accord et la participation de la RDC, tout comme le Rwanda concernant le gaz méthane du Lac Kivu. Quant à l’Angola, il ne s’est pas arrêté à Kahemba. De là il s’est signalé encore à Savana Ina dans le Territoire de Mbanza-Ngungu et celui de Tshela dans la Province du Bas-Congo. Après l’Angola au Sud, l’Ouganda et le Rwanda à l’Est, qui ont excité l’appétit d’espace vital chez d’autres voisins de la RDC, cette fois-ci c’est le Soudan au Nord qui croit à son tour que l’heure de grignoter le territoire congolais a sonné.
C’est presque la même méthode utilisée à Kahemba par l’Angola, à savoir le déplacement des bornes frontalières et l’installation des services administratifs dans des parties du territoire congolais annexées sans coup férir.
Des étendues du territoire congolais sont grignotées au Sud, au Nord, à l’Est. Des casus belli qui, sous d’autres cieux, auraient avivé les sentiments patriotiques et nationalistes dans les sphères officielles. On aurait mobilisé les forces vives et galvanisé les énergies pour défendre l’intégrité territoriale en danger. Quand et comment ces étendues de terre envahies pourraient-elles être recouvrées ? Il y a aussi de nombreux éleveurs Mbororo et leurs troupeaux qui se sont installés à demeure dans de larges parties de la Province Orientale, d’où ils ont chassé les autochtones. Malgré la présence des Casques Bleues, l’autorité de l’Etat et l’intégrité territoriale se révèlent toujours précaires. La Monuc fait ce qu’elle peut, tout en précisant que l’affermissement de l’autorité de l’Etat et la défense de l’intégrité territoriale relèvent du ressort du gouvernement qui se prévaut de ses attributs de souveraineté, et non de la compétence de la Communauté internationale. Maintenant que le retrait des troupes de l’ONU commence à être à l’ordre du jour aussi bien à Kinshasa qu’à New York, que va-t-il se passer après leur départ ?
On ne peut nier l’évidence et feindre d’ignorer que le décor qui est en train d’être planté à l’Est, au Sud et au Nord, n’autorise pas d’envisager l’avenir avec optimisme.

Jean N’Saka wa N’Saka
Journaliste indépendant

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