Les policiers « kuluna » inquiètent les Kinois

Au sortir d’une ruelle sombre, un habitant de Bumbu s’est retrouvé nez-à- nez avec des éléments en tenue de la police en divagation. Il était 2 heures du matin. Revenant d’un deuil, il a été fouillé sans qu’il sache le mobile de ce genre des tracasseries. Il l’a su dans les minutes qui ont suivi. On lui a arraché deux téléphones portables et la somme de 3.000 FC. Les policiers « Kuluna » venaient de signer une extorsion de téléphones et de quelques billets de banque. 
            Un couple venait de quitter une fête de mariage dans la commune de Ngiri-Ngiri, peu après une heure du matin, les yeux lourds de sommeil. Longeant les avenues faiblement éclairées, l’homme et son épouse espéraient atteindre sans incident leur domicile situé à  deux kilomètres de là.
            Des minutes de marche, ils ont été hélés par des ombres à la forme humaine retranchées au coin d’un mur. L’homme a tenté de fuir, abandonnant sa femme. Mais il s’est ravisé et est rentré sur le lieu où il a vu des éléments en tenue en train de dépouiller sa moitié. Pour la tirer des griffes de ses bourreaux, que pouvait-il proposer à ces policiers ripoux qui déshonorent les rangs de la police ? 
            Délesté de ses effets de valeur, le couple a été obligé de poursuivre sa route, traumatisé.
            L’illustration la plus frappante des tracasseries des policiers « Kuluna » nous est servie chaque soir, à la station d’essence Engen où se succèdent des hordes des éléments relevant du groupement mobile d’intervention, du commissariat de Kalamu et du poste de police du marché Djakarta, et autres. Tous rançonnent les chauffeurs des taxis et de mini-bus, alors qu’à quelques mètres de là, des pick-pockets arrachent des portables, sans qu’ils puissent intervenir. Pire, les conducteurs qui ne « libèrent » aucun billet de banque, sont brutalisés. D’autres plus coriaces visiblement ivres montent à bord des taxis, exigeant d’acheminer le chauffeur « non coopératif » au bureau. On a assisté à un bras de fer entre l’otage qui n’avait pas quelque chose à se reprocher et ces agents. Ils en sont même venus aux mains. Et c’est là que les badauds ont déploré le comportement outrancier et tracassier des «  policiers du peuple » que scandent les éléments de la police lors des parades. Un concept qu’ils ne parviennent pas à intérioriser. Ils sont au service de quel peuple ? se demandaient alors certains témoins révoltés.
            Un officier de police de passage par-là, a prodigué des conseils aux éléments qui ne l’ont pas entendu. Ils ont promis de corriger le chauffeur « rebelle ». L’indiscipline a manifestement gagné certains rangs de la police.
            Dans la nuit du 7 au 8 septembre 2010, vers minuit, un conducteur de mini-bus de marque Mercedes Benz 207, seul à bord, allait déposer son engin au parking public. Et avant qu’il n’atteigne le coin, six hommes armés en tenue de la police l’ont interpellé au croisement des avenues UPN et des Amoureux, quartier Bouma.
            Cette nuit-là, ces «  Kuluna «  en tenue lui ont arraché les recettes de la journée, soit 220.000 FC, les clés de contact, les documents de bord du véhicule, et l’ont abandonné complètement démuni.
            Une patrouille pédestre de la police qui est arrivée des minutes plus tard sur le lieu de l’agression, a tenté en vain de retrouver les policiers ripoux qui tiraient des coups de feu en l’air pour dissuader leurs poursuivants.
            De tels faits sont aujourd’hui assez fréquents dans nos quartiers au point que la population est en droit de se demander pourquoi au moment où l’insécurité monte, les « policiers du peuple » qui pouvaient assurer sa protection  et celle de ses biens, alignent dans leurs rangs, des «  Kuluna » qui sont pires que des malfaiteurs.
            Certains Kinois amoureux des escapades nocturnes sont devenus casaniers. Et pour cause ! Lors de leurs rondes des boîtes de nuit, ils ont été délestés de leurs biens de valeur par de faux patrouilleurs qui leur ont fait la poche. Finalement, des questions se posent. A quoi ont servi les conseils de  l’inspecteur provincial de la police et d’autres commandants bataillons lors de parades ?  A qui vont désormais obéir ces éléments indisciplinés qui peuplent les différentes unités de la police ? Que faire pour ramener l’ordre et la discipline dans les rangs de la troupe ? 
            Animé de bonne volonté et déterminé à ramener de l’ordre dans le rang de ses troupes, l’inspecteur provincial de la police ville de Kinshasa, on se le rappellera,  avait sillonné dernièrement les quatre districts de la capitale pour moraliser les éléments de la police. Au cours de cette campagne de sensibilisation, l’inspecteur divisionnaire adjoint Oleko a usé d’une réthorique de conscientisation, usant de l’autoflagellation » afin de mieux se faire entendre et comprendre. A-t-il été suivi ?
            Quelques faits enregistrés ça et là dans quelques communes montrent que les policiers qu’il a lui-même qualifiés de « Kuluna » ne se sont pas encore assagis.      
            Nous croyons qu’il est temps d’accélérer la réforme de la police, pour tenter d’extirper les maux dont-elle souffre.
            Il est vrai que lors de ateliers sur la réforme de la police, un diagnostic sévère a été dressé, mais des questions de fond continuent de préoccuper les des responsables de la police.
            Faut-il faire table rase et recommencer  à zéro ? Faut-il écarter tous les éléments indisciplinés non formés sans les voir gonfler par la suite, les rangs de la pègre ? Faut-il les garder, mais être plus sévère dans l’application de la discipline et engager des poursuites judiciaires à l’encontre des « chauve-souris » qui sont policiers la journée, et des malfaiteurs, la nuit ?          
            A l’heure de la démocratisation de la vie de la nation, le comportement du policier devait être exemplaire. A Kinshasa, des plaintes montent chaque jour, contre des agissements «  kuluniens » des policiers indisciplinés. La balle est dans le camp des responsables des unités pour extirper le mauvais grain, de peur de voir des oranges pourries abîmer tout le lot gardé dans le panier.
                                                                        
  J.R.T.
 

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