Les pilotes brisent le mur du silence

Pour la toute première fois depuis la création de leur structure, l’« Union nationale des pilotes du Congo » (UNPCO) en 1993, les aviateurs sont sortis de leur « cockpits » en mettant sur la place publique leurs préoccupations pour l’amélioration de la sécurité aérienne dans notre pays. Hier jeudi 25 août 2011 à Notre-Dame de Fatima, sous la conduite de son président, le commandant Jules Mangala, l’UNPCO a tenu d’entrée de jeu à souligner que des nombreuses catastrophes aériennes qui endeuillent notre pays sont la manifestation extrême du grave dysfonctionnement dans ce secteur névralgique de l’Economie et sont la conséquence de multiples défaillances.

AS du ciel » rappellent avoir déjà tiré, depuis le 10 octobre 2008, la sonnette d’alarme sur les défaillances du système congolais dans un « Mémo » adressé à l’Autorité de l’Aviation Civile avec copie au ministère des Transports et Voies de Communication.
Dans ce document, ils dénonçaient les mauvaises conditions d’exploitation des aéroports et de contrôle de la circulation aérienne qui n’atteignaient pas le niveau exigé par les normes internationales. A titre exemplatif, le commandant Mangala a énuméré les pistes présentant des nids de poule et dos d’âne(Lubumbashi), d’autres encore menacées par des érosions (Mbuji-Mayi), ou celles caillouteuses (Goma), le manque de véhiculé anti-incendie, l’absence parfois des informations météorologiques, etc.

« Nous avions alors conclu ce Mémo en ces termes : Combien d’accidents d’avion et des victimes faudra-t-il comptabiliser avant que les moyens et énergies soient mobilisés pour résoudre ces problèmes urgents ? Combien des Congolais devront périr avant que la culture de la prévention entre dans nos mœurs et coutumes ? » a clamé le navigateur.
Alors que l’Autorité de l’Aviation civile avait immédiatement réagi en convoquant une réunion de concertation entre la Régie des Voies Aériennes, les exploitants aériens et l’UNPCO, des recommandations ont été faites au gouvernement et sont à ce jour lettre morte.

Pilotes, boucs-émissaires

Longtemps discrets et soumis à la retenue par rapport aux difficultés inhérentes à l’exercice de leur profession en RDC, les pilotes ont invité l’opinion à se rappeler de hauts faits accomplis au péril de leurs vies pour concrétiser la réunification de notre pays, après plusieurs années de guerre. « Nous avons opéré sur des pistes comme Goma, ne répondant pas aux normes avec mur de lave en bout de piste ; nous avons été au service de la nation lorsque l’armée a fait appel aux pilotes civils pour le transport des troupes et armes de guerre ; nous avons perdu des collègues à Kindu sans réclamer des médailles à titre posthume. Leur avion avait été abattu par la rébellion le 10 octobre 1998 et leurs familles n’ont jamais été indemnisées. Nous avons transporté pendant des années des millions des passagers à travers toute la République, parce que c’est notre travail ».
Aujourd’hui, déplore-t-il, nous sommes pointés du doigt comme de vulgaires assassins. Tenant à rétablir leur image, surtout face aux attaques faites à l’endroit de leur collègue, Paul Mistris, aux commandes du Boeing 727 qui a craché le 8 juillet dernier à Kisangani, les pilotes ont unanimement confirmé de la manière la plus formelle que leur défunt collègue était qualifié et avait déjà plus 5000 heures de vol effectuées sur cet avion.

S’abstenant de spéculer sur le crash de Kisangani pour déterminer les causes de cette mésaventure, avant le décryptage des boites noires, le président de l’UNPCO a tenu d’ores et déjà à souligner que l’équipage du Boein 727 de Hewa Bora était composé des professionnels. Sans exclure l’éventualité d’une erreur humaine, si erreur il y a eu, le pilote a appuyé qu’un accident est toujours le résultat d’une succession des défaillances dans la chaine des événements.
Somme toute, en guise de conclusion, le commandant Mangala a rengainé que la démarche de ses pairs vise à prévenir ce genre d’accidents afin que les passagers prennent place avec confiance à bord des avions de la RDC. « On ne peut résoudre de façon durable les problèmes de l’Aviation civile dans notre pays sans s’attaquer en profondeur aux maux qui minent notre société, c’est-à-dire la complaisance, la médiocrité, l’indiscipline, l’incompétence, la corruption, l’impunité, bref, les antivaleurs »

Tshieke Bukasa

 

 

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