Les opérateurs économiques gagnés par la morosité en novembre

 

La prise de Goma et de Sake par les rebelles du M 23 avait suscité au mois de novembre dernier, un sentiment d’inquiétude généralisée dans les milieux aussi bien politiques qu’économiques de notre pays. Cette situation sécuritaire préoccupante a contraint, comme on le sait, la plupart des opérateurs économiques de la région à l’arrêt de leurs activités de production et d’exportation. Dans les territoires voisins qui avaient accueilli les milliers de déplacés, on a même enregistré un ralentissement de la production. Les paysans avaient déserté leurs champs pour aller se réfugier dans des provinces plus sûres. Tout le monde craignant l’avancée des rebelles dans tout l’Est de la RDC.

            A ce sujet, les techniciens de la Direction générale de la politique monétaire et des opérations bancaires notent au cours de cette période, que la courbe synthétique globale qui retrace l’opinion des entrepreneurs de quatre secteurs économiques (industries extractives, sociétés manufacturières, construction et services), est orientée à la baisse, après le redressement successif observé en septembre et octobre. Selon leur analyse de la conjoncture économique, le solde global brut d’opinions exprimées par les chefs d’entreprises, lors du sondage mensuel, a enregistré en novembre, un repli à 16,6 %, alors qu’en octobre, il se situait à 22,7 %. Cet affaiblissement de la conjoncture a concerné, comme il faudrait le signaler, tous les secteurs de l’activité économique demeurés tributaires des perspectives moins favorables à la suite de la situation politico-sécuritaire au Nord-Kivu, et de l’environnement économique international marqué par le ralentissement de la demande.

            Autre secteur gagné par la morosité, les industries manufacturières. Ici, l’optimisme des entrepreneurs qui était en train de se renforcer, au cours de septembre et octobre, a légèrement fléchi, constatent les économistes de la BCC, passant de 21,1 % à 20 % en novembre. En dépit de ce fléchissement, ils notent d’autre part, que les chefs d’entreprises évoluant dans ce secteur, restent optimistes, dans la mesure où ils jugent plus ou moins satisfaisante, l’évolution des commandes reçues aussi bien de l’intérieur que de l’étranger. Dans ce conteste, ils considèrent que les prévisions portant particulièrement sur la demande des produits des industries agro-alimentaires et textiles sont suffisamment rassurantes pour soutenir les ventes dans la perspective des festivités de fin d’année.

            Dans les milieux des opérateurs miniers, la confiance renaît avec la bonne tenue des cours des métaux sur les marchés mondiaux. On a cependant enregistré un redressement significatif de l’optimisme en octobre, au point que le solde brut d’opinions dans ce secteur s’est nettement replié, passant de 42,9 % un mois auparavant, à 30 %, en novembre. Cette perte de confiance, comme on peut l’interpréter, résulte de l’incertitude créée principalement par la reprise de la guerre à l’Est du pays. Suite à ce climat d’insécurité, expliquent les techniciens de la Direction générale de la politique monétaire et des opérations bancaires, quelques sociétés du secteur auraient même réduit le volume de leurs activités et les actions de certaines autres ont enregistré des baisses significatives sur les différentes places boursières à travers le monde.

            Dans le secteur de la construction, le même sentiment de confiance des chefs d’entreprises a fléchi. Alors qu’il se situait à 29,4 % en octobre, il s’est établi à 7,7 % en novembre. Une seule explication est fournie à ce sujet, la détérioration des conditions sécuritaires au Nord-Kivu, à en croire les économistes de la BCC, justifie l’attentisme caractérisant les entrepreneurs de ce secteur qui hésitent à financer à un rythme soutenu, la poursuite des travaux dans les différents chantiers privés. D’ailleurs, on constate un ralentissement notable des travaux de construction des infrastructures publiques de base à la suite de la mobilisation des ressources par l’Etat en faveur de l’effort de guerre. A tous ces facteurs, s’ajoutent les conditions climatiques devenues peu favorables à cette période de l’année avec l’augmentation de la pluviométrie.

            Dans le secteur des services, les entrepreneurs demeurent optimistes. Ils l’ont été en octobre, comme en témoigne leur solde brut d’opinions qui a connu une baisse significative, passant de 14,3 % en octobre à 5,3 % en novembre. Ce sentiment de pessimisme reflète l’incertitude concernant le retour de la paix au Nord-Kivu, province à vocation touristique où l’activité hôtelière était en pleine expansion.

            Avec les négociations de Kampala, les regards des opérateurs économiques restent braqués vers la capitale ougandaise où le dialogue politique piétine et ne donne pas jusque-là des signes d’encouragement.

 J.R.T.   

 

Leave a Reply