Les Kuluna changent de fréquence

Longtemps mal connu, sous-évalué et mal perçu, le phénomène Kuluna vient de prendre dans la ville de Kinshasa, des proportions très inquiétantes. Non seulement parce que les Kuluna ont changé de fréquence dans les attaques de paisibles citoyens, le jour comme la nuit, mais aussi dans le recours à d’autres armes blanches. Pire, certains politiciens ont trouvé dans cette catégorie de la pègre, quelques sympathisants pour gonfler les rangs de leurs partis politiques. Une base électorale sûre. D’autres mal inspirés, les ont utilisés pour agresser des adversaires politiques.  L’industrie du crime,  semble avoir trouvé dans ces marginaux sans foi ni loi, des exécutants pour des règlements de comptes, des meurtres commandités, des vols à main armée et des enlèvements.

 

 Aujourd’hui, le phénomène kuluna est entré dans nos mœurs. Si quelques dirigeants politiques se régalent des bains de foule encadrés par des Kuluna, certains gouverneurs de la ville de Kinshasa les ont gérés au quotidien, sans parvenir à leur extirper leur dangerosité, ni à dissuader les malfaiteurs en herbe. On a même vu des leaders des orchestres des jeunes  dresser ces groupes des malfaiteurs contre leurs concurrents.
 Comble de malheur ! Chouchoutés, dorlotés et bercés par des politiciens qu’ils arrosent d’éloges à chacun de leur passage, les Kuluna n’hésitent pas à agresser des policiers et des militaires, jusqu’à défier des unités entières.
Dans ce dossier du Phare, nous allons montrer toute la dangerosité d’un phénomène dont les méthodes d’éradication utilisées jusqu’ici, se sont révélées des coups d’épée dans l’eau.

Des armes pour mieux «  charcuter » les victimes   

 L’arsenal de Kuluna qui se limitait il y a quelques temps, aux barres de fer, tessons de bouteilles, machettes et coupe-coupe, vient de s’enrichir avec d’autres armes blanches. Retenons notre souffle. Il s’agit, vous vous en doutez, des scies et des marteaux.
L’objectif poursuivi avec ces armes, ont laissé entendre des Kuluna mis aux arrêts, c’est de faire très mal et de briser toute résistance des victimes.
 Les machettes, disent-ils, fendent les muscles et tranchent les veines. Les victimes ont la chance de s’en sortir avec plusieurs points de suture. Il en est de même avec les coupe-coupe.
Les barres de fer sont utilisées pour casser les bras.
 Aujourd’hui, pour faire plus peur et causer plus de mal, les Kuluna recourent à la scie à bois et des marteaux. Avec la scie, a avoué un de ces criminels, ils sectionnent un bras. Et le marteau sert à fendre le crâne.
 Ces armes blanches qui provoquent la mort, comme il faudrait le signaler, ont été saisies la semaine dernière, sur la bande à Lombo Kapita, 18 ans, habitant sur avenue Ngindu n° 35, quartier Bitabe, commune de Masina.
 Avec ses acolytes, Clément Ngolu, 17 ans, résidant sur avenue Kabinda n° 10, quartier Bon Marché, et Francis Polo, également 17 ans, demeurant sur avenue Lokolama n° 17, quartier Matonge, commune de Kalamu, ils ont été appréhendés le 26 novembre dernier, alors qu’ils venaient d’agresser des piétons au croisement des avenues Kabinda et Huileries. Pourchassés par la foule en colère, les autres membres de cette écurie «  Ninja » ont pris la poudre d’escampette et disparu dans les ruelles de Lingwala.
Les enquêteurs de l’Inspection provinciale de la police ville de Kinshasa tentent aujourd’hui, de reconstituer leur palmarès et de traquer les autres membres de la bande en cavale.

Des menaces contre des éléments des forces de l’ordre

 Comme on le voit, la grande criminalité se porte bien dans la ville de Kinshasa. Le phénomène Kuluna que l’on a longtemps sous-évalué, presque négligé, a donc pris des proportions alarmantes. Et si l’on n’y prend garde, l’émergence des groupes des Kuluna, ces bandes des marginaux structurées, hiérarchisées et équipées des armes blanches, va amplifier l’insécurité et développer un banditisme polyvalent.
 Avec l’ampleur que vient de prendre le phénomène Kuluna, Kinshasa serait en voie de rivaliser avec les quartiers pauvres de Brésil, les «  Favelas » ou ceux de certaines villes colombiennes, fiefs de cartels de la drogue.  
 Dans les nombreux rapports de différentes unités de la police sur la situation sécuritaire dans la ville de Kinshasa, les statistiques des agressions perpétrées par les Kuluna ont dépassé la cote d’alerte. Ces délinquants qui s’en prenaient au début aux paisibles citoyens, affrontent aujourd’hui des policiers et des militaires, bravant même des unités entières. Shalabien et ses acolytes à Kingabwa, avaient juré de neutraliser le commandant du commissariat de Kingabwa s’il osait lancer une guerre aux Kuluna, son prédécesseur avait perdu des plumes en s’attaquant à ses marginaux.
 48 mémoires alias Kwaki Bara a fait trembler toute la commune de Kasa-vubu, proférant des menaces ouvertes au commandant place. A Yolo, «  Les Salopards » et « Les Allemands » paradent devant les postes de police qui n’osent pas intervenir, parce que   les effectifs sont insuffisants. «  Sadam » a longtemps trôné à Makala. 
Bandalungwa est actuellement sous la botte de Kabossé, Tsukuma, Kingair, Swing, Indien et Sassone. Ce n’est pas tout. D’autres inciviques, tels que JIP, Sans Pitié, Douwé, Vouzé, Louwa, Melody, Japonais, Lumorta et Bedeux pour ne citer que ceux-là, se sont partagés «  le territoire » en plusieurs fiefs.

Les méthodes pour éradiquer le phénomène Kuluna

  La population kinoise se demande comment ce phénomène qui ne date pas d’il y a cinq ans, a pu s’enraciner dans la ville de Kinshasa, jusqu’à s’assurer l’impunité ? Comment, malgré les menaces proférées par le ministre de la Justice, les procès spectaculaires, les transferts des Kuluna condamnés vers Kaniama Kasese, Buluwo, Osio, Angenga et Bandundu, et les dernières instructions de l’inspecteur provincial de la police ville de Kinshasa, le phénomène est réfractaire à toute thérapeutique ?
 Pourtant, avec des opérations de ratissage ciblées, l’on peut appréhender ces inciviques. Il faut que les politiciens se défassent de ces malfaiteurs et que ces derniers soient traités comme tels. Les services d’ordre devront se montrer moins complaisants, chaque fois que ces inciviques sont arrêtés à la suite des plaintes des victimes. S’ils sont remis en liberté au niveau des parquets, rien n’indique qu’ils vont se convertir à des activités recommandables ou des métiers respectables.
 Autant que les groupes armés qui écument l’Est, ces malfaiteurs en herbe doivent subir la rigueur de la loi et disparaître de nos quartiers pour intégrer le Service national, afin de se rendre utiles à la nation.
                                                                                             J.R.T.
 

 

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