Les cris des femmes violées aux élus

C’est ce jeudi 30 septembre 2010 que se clôture le séminaire parlementaire sur « les violences sexuelles, la loi électorale et la démocratie en RDC », organisé par l’Association des Parlementaires Européens pour l’Afrique (AWEPA) à l’intention des députés, sénateurs, agents de l’administration du parlement et membres de la société civile. A en croire les organisateurs, l’objectif de cette session ouverte hier mercredi 29 septembre est de donner, d’abord, la capacité aux parlementaires de jouer un rôle important contre les violences sexuelles. Ensuite, de susciter dans leur chef un échange profond sur la Loi électorale, seule législation qui va donner la légitimité à ceux qui vont diriger le pays pendant les cinq années prochaines.

            A cette occasion, invitée à prononcer un mot de circonstance, la responsable Gender à l’Awepa, Julie Standaert, s’est adressée de façon particulière aux élus, en se rangeant porte-parole des femmes, enfants, hommes, victimes des violences sexuelles. Ayant eu l’occasion à maintes reprises de les rencontrer, Julie Standaert a indiqué qu’au cours d’une visite en 2007, une femme est sortie d’un groupe, puis s’est levée en face d’elle en lui soumettant quatre principales doléances. La première, a-t-elle indiqué, est « De grâce, faites qu’il y ait la paix… » car les gens vivent constamment dans la peur. Leurs agresseurs sont dans les bois environnants, ou rodent dans les sentiers ou sur les champs. Malgré la présence de la Monusco et de l’armée régulière, des crimes se commettent à des proportions inimaginables. A titre exemplatif, de 2000 jusqu’à 2007, 4.338 femmes dont l’âge varie entre 5 et 70 ans ont été violées dans le groupement de Kaniola uniquement. A cela, il faut ajouter 2.618 personnes tuées à l’arme blanche et 1.837 déportées dont il fallait payer une rançon variant entre 150 et 400 USD pour leurs libérations. Face à ces crimes impunis jusqu’à ce jour, la responsable de l’Awepa, a rappelé le message de Mgr Maroy, Archevêque de Bukavu, à l’endroit de Bernard Prévost, ambassadeur de la France en RDC, le 28 mai 2007 : « le massacre de Kaniola a été exécuté en présence pratiquement du Major de l’armée régulière. Les cris de la population n’ont pas dérangé son sommeil… »

            La deuxième doléance concerne le traumatisme immense pour les femmes outragées qu’il faudrait essayer de « réparer » car certaines ont été parfois brutalisées en présence même de leur mari ou de leurs enfants. « Ceux-ci à leur tour sont affreusement traumatisés. Ces cruautés se répètent parfois pendant des mois et laissent des traces profondes. Sauront-ils vivre un jour normalement ? » a-t-elle questionné.

            Quant à la troisième et la quatrième, elle appelle à l’apprentissage à l’alphabétisme et à l’aide économique à travers des petits projets générateurs de revenus.

            Séminaire présidé par le sénateur Lola Kisanga, rapporteur adjoint de la Chambre haute du parlement, plusieurs allocutions y sont attendues. Il s’agit des orateurs tels que le représentant de l’Unfpa, de la sénatrice Eve Bazaiba, du député national Christophe Lutundula, du directeur du bureau des opérations à la CEI, Flavien Misoni etc.

            Notons qu’à l’occasion de la journée d’ouverture, Luc Dhoore, le vice-président de l’Awepa, a présenté le nouveau Directeur général de la structure, le Hollandais Théo Kralt. 

Tshieke Bukasa

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