Les constructions anarchiques réinvestissent les espaces verts

Pas un espace vert sans une nouvelle terrasse, des kiosques et des boutiques : telle est la devise adoptée actuellement par les friands de constructions anarchiques qui traquent des terrains vides à travers toute la ville de Kinshasa. Des années après la série de démolitions des containers-bars, des micros maisons de passage, des restaurants de fortune et des immeubles résidentiels, décidées en son temps par l’ancien gouverneur Jean Kimbunda dans le cadre de l’opération assainissement des espaces verts dénommée « Opération coup de poing », ces constructions anarchiques sont revenues en force. Il y en a partout.

L’autorité de l’Etat de nouveau est mise à rude épreuve. On assiste présentement au phénomène qui a prévalu à l’époque, avec l’occupation des espaces verts par des bars en plein air, l’agrandissement des parcelles résidentielles qui entraîne le rétrécissement des avenues et l’obstruction de certaines rues par la construction des flats et des galeries marchandes. Kinshasa est en passe de devenir une ville marchande saturée avec des marchés partout, des terrasses et des magasins sans respect des normes urbanistiques.

 Avec cette forte concentration des maisons entassées les unes à côté des autres, on oublie que le plan original des Cités africaines de l’époque coloniale est désormais bafoué avec toutes les conséquences qu’on peut imaginer. En effet, ces multiples constructions en hauteur obstruent la circulation de l’air et créent un écran à l’éclairage du soleil sur certaines avenues et dans certains quartiers. Du coup, les occupants des maisons basses étouffent et ces habitations baignent dans l’obscurité le jour comme la nuit. Le peu d’espace laissé libre sur les rues, ne peut plus constituer de parking pour les véhicules. L’autre risque est que dès qu’un incendie gagne une habitation, il se propage vite dans les pâtés des maisons contigües, et le sinistre, s’il n’est pas circonscrit à temps, va s’étendre sur plusieurs immeubles, causant des dégâts importants.

Sur avenue Mbidi, à Bandalungwa, un chantier ouvert

Foulant aux pieds l’autorité de l’Etat, et marchant contre les normes urbanistiques en vigueur, les constructions anarchiques envahissent de nouveau les rares espaces verts avec la complicité des agents du service d’urbanisme, et la bénédiction des bourgmestres. Erigés d’abord avec des tôles, des tentes et des planches, conformément au principe des constructions précaires et révocables, convenu dans le cadre des contrats d’occupation des terrains et espaces appartenant au domaine public de l’Etat, ces établissements commerciaux finissent par des constructions en dur, après des années de «  tolérance » de l’autorité communale et du laisser-aller de l’autorité urbaine. En effet, après des années d’activité commerciale sans être inquiétés, ces terrasses, ces restaurants de fortune, ces bars en plein air et ces boutiques s’insèrent dans le paysage des quartiers comme si de rien n’était.

Kasa-Vubu, Limete, Gombe, Lingwala, Lemba, Matete, Ndjili, Masina, Kingasani, pour ne citer que ces communes-là, offrent aujourd’hui, un révoltant spectacle des constructions anarchiques qui poussent partout avec une frénésie particulière. A Bandalungwa, un opérateur économique a investi l’avenue Mbidi, au quartier Moulaert. Avec la complicité de certains agents administratifs de cette mairie, il a placé des bornes et a démarré un chantier de construction d’une terrasse à côté de l’école primaire Bawoyo I et II. La population avoisinante ne s’explique pas comment on peut délivrer des documents d’occupation de terrain à une terrasse, juste à côté d’une école primaire. L’enquête commodo e incommodo n’étant plus menée, le règne de l’anarchie est total.

Le débit de boissons, ne l’oublions pas, servira la bière à ses clients et dès qu’il y aura afflux de consommateurs, on ne s’empêchera pas de jouer de la musique qui pourra perturber les enseignements. Rien ne garantit que les enseignants et les élèves ne pourront pas fréquenter cette terrasse, et que cet établissement commercial ne favorisera pas la prostitution aussi bien des élèves en uniforme que des filles des environs, en plus des autres débits de boissons opérant dans le secteur.
Il est grand temps que l’autorité urbaine puisse réagir pour remettre de l’ordre dans la ville. Les partenaires extérieurs ne pourront qu’être déçus de constater que les mesures administratives tombent en annulation, aussitôt qu’il y a changement à la tête de la capitale.

       J.R.T.  

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