Les Congolais s’interrogent… : RD Congo-Rwanda : Berlin II à Goma ?

Des experts congolais et rwandais, réunis depuis le lundi 04 août 2014 à Goma, devraient boucler ce jeudi 07 août les travaux consacrés à la revisitation du tracé de la frontière commune entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda. Il serait question, indique-t-on, de situer avec précision les bornes frontalières, telles que positionnées par les colonisateurs belge et allemand depuis l’année 1911.

         Rapports techniques et cartes géographiques datant du début du dernier siècle ainsi qu’appareils GPRS sont mis à contribution pour, soutient-on, faciliter les échanges entre les parties congolaises et rwandaises. On laisse entendre que les conclusions à dégager par la bipartite de Goma pourraient être soumises à une grande Commission mixte chargée de les toiletter en vue de les soumettre aux décideurs politiques.

         Selon certaines sources, l’objectif poursuivi par Kinshasa et Kigali est de réhabiliter les 32 bornes frontalières initiales, dont seulement 5 étaient identifiables lors d’une évaluation antérieure faite en 2009. L’initiative viserait à mettre un terme aux incidents frontaliers entre la RDC et le Rwanda, suite à leur différence d’approche de la délimitation de leur frontière commune. Le dernier en date survenu au mois de juin, rappelle-t-on, a consisté en affrontement à l’arme lourde entre militaires congolais et rwandais au village de Kamyeshja, dans le territoire de Nyiragongo, en terres congolaises selon les autorités de Kinshasa, en territoire rwandais, selon leurs homologues de Kigali.

Vers une Conférence de Berlin II ?

         Les Congolais s’interrogent au sujet du bien-fondé d’une rencontre qui s’apparente à une Conférence de Berlin II, destinée à redéfinir les limites frontalières entre la RDC et le Rwanda, alors que celles-ci sont réputées intangibles depuis 1885. En acceptant de se mettre à la même table que les autorités de Kigali, en vue de débattre de la configuration de la frontière commune, les décideurs congolais ne sont-ils par en train de donner une dangereuse caution à la thèse largement partagée en Ouganda, au Rwanda et au Burundi, et fondée sur l’impérieuse nécessité d’organisation d’une Conférence de Berlin II en vue de redéfinir le tracé de la frontière séparant les quatre voisins des Grands Lacs ?

L’on a beau dire que tel ne serait pas le cas mais en analysant le problème sur le plan du fond, le résultat recherché par les maîtres de Kigali ne serait autre que de remettre en cause la frontière commune héritée de la Conférence de Berlin. On sait que Kampala, Kigali et Bujumbura ont toujours manifesté des velléités de reconquête des portions du territoire congolais que les trois capitales estiment avoir été « spoliées » par Kinshasa, après la défaite militaire allemande face aux alliés belges, français et britanniques, au terme de la Guerre Mondiale de 1914 à 1918.

         Le sentiment que risque de laisser la bipartite de Goma est qu’il se poserait réellement un problème de bornes frontalières entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda. La démarche consistant à réhabiliter 27 bornes sur les 32 originelles est fort risquée pour Kinshasa, dans la mesure où la réimplantation de chaque borne pourrait donner lieu à une modification de la frontière commune, pour peu que Kigali exprimerait une revendication dans ce sens. La disparition d’un nombre aussi important de bornes fait penser à une stratégie planifiée par la partie rwandaise pour grignoter plusieurs kilomètres carrés du territoire congolais.

Pour une consultation nationale

         Compte tenu des enjeux territoriaux que cache le processus de révision de la frontière congolo-rwandaise, il est souhaitable qu’avant de lever toute option d’aliénation d’une partie du patrimoine foncier national, les décideurs politiques congolais puissent songer à consulter les forces vives de la Nation, notamment à travers le Parlement (Sénat et Assemblée Nationale). La sensibilité de la matière est telle qu’il serait dangereux de laisser à une poignée d’experts le soin d’embarquer l’ensemble de la communauté nationale dans une aventure aux conséquences imprévisibles, au regard des intentions séculaires du Rwanda de vouloir élargir son espace géographique en rentrant dans le « ventre » du grand Congo. L’heure doit être à la vigilance pour ne pas céder aux Rwandais, sur le plateau « diplomatique », ce qu’ils peinent à arracher militairement aux filles et fils du pays de Lumumba et de M’Zee Laurent Désiré Kabila.

                            Kimp

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