Les Congolais divisés sur WikiLeaks

L’association Amitié Congo USA (AMICUS) a organisé le mercredi 22 décembre 2010 à l’hôtel Faden House, dans la commune de la Gombe, une conférence- débat sur « les points de vue de l’intellectuel congolais sur le grand déballage de WikiLeaks ». L’intellectuel congolais n’a pas un point de vue commun sur cette question, dans la mesure où les uns approuvent la démarche de WikiLeaks qui a permis aux Congolais d’en savoir un peu plus sur la guerre de l’Est. Les autres estiment que c’est irresponsable de mettre des informations tenues secrètes sur la place publique. C’est ce qui se dégage du débat qui a suivi les trois exposés prévus pour la circonstance.

 Le professeur Philippe Biyoya a parlé de « la conciliation de la pratique du secret dans la conduite de la diplomatie d’avec le besoin sans cesse croissant de la transparence en démocratie. » Pour lui, « la diplomatie n’est pas secrète, car elle est conventionnée. Il n’y a pas de mystère en diplomatie, rien n’est opaque. Cependant les communications diplomatiques sont inviolables, WikiLeaks a violé ces communications. »
 «WikiLeaks est un média privé qui travaille pour le sensationnel. Or, dans al diplomatie, on ne travaille pas pour le sensationnel. C’aurait été juste que WikiLeaks cherche ce que pensent aussi les diplomates russes ou indiens. Le propriétaire de WikiLeaks a publié les télégrammes des ambassadeurs américains avec l’intention de nuire à l’intégrité des Etats-Unis. »

 Le professeur Biyoya retient tout de même une leçon de toute cette affaire, c’est celle de la forte capacité de rédaction des diplomates américains. Ils sont au top en ce qui concerne la rédaction des messages. Et il s’est demandé si les diplomates congolais avaient aussi cette capacité de rédiger des messages pour leur hiérarchie..
 Il a conclu son intervention en déclarant que les journalistes devraient faire preuve de responsabilité de ce qu’ils publient car ils ne contrôlent pas toutes les données des informations qu’ils publient.
 Le professeur Kirongozi a parlé « du caractère légal ou non des publications de WikiLeaks par la presse et ethique professionnelle »  Il a souligné le fait que les Etats-Unis n’ont pas ratifié la plupart des textes de droit international. Le droit américain est un droit jurisprudentiel. La poursuite de Julien Assange ne sera pas une chose aisée, car il n’a violé aucune loi. Hillary Clinton l’aurait même reconnu. Mais il a donné un sérieux coup à la sécurité américaine. Le directeur général d’Alcatel Lucent/RDC, Albert Kabeya, a planché sur « l’efficacité des filtres électroniques limitant l’accès aux documents officiels. » Pour lui, ces fibres finissent par tomber entre les mains de ceux qui ont une technologie de pointe. Il a relevé le fait que la technologie allait plus vite que le juridique et que les plus grands financiers du monde ne sont pas les Etats, mais les sociétés privées.
 Il a souligné le fait que la CIA et d’autres structures américaines de renseignement utilisent une technologie de pointe, mais mises au point par des sociétés privées. Les informations sont contenues dans un serveur dont l’accès est conditionné par un code. Il suffit d’avoir le code pour avoir accès au serveur et à toutes les informations.
 «Pour le moment, aucun serveur n’est installé en Rd Congo. Même la Banque Centrale du Congo utilise des serveurs placés à l’étranger. En d’autres termes, les données de la Banque Centrale, passant pas l’internet surtout par le serveur http, sont conservées ailleurs, mieux aux Etats- Unis.
 Un intervenant a relevé le fait que les révélations de WikiLeaks sont importantes pour les Congolais car elles leur ont permis de se faire une idée de la guerre qui a secoué l’Est du pays au moment où à Kinshasa, tant du côté du gouvernement que des ambassades, il était difficile d’avoir une information fiable à ce sujet.
 Il s’est dégagé de cette conférence que la guerre de l’information domine le monde. Celui qui a l’information est au-dessus des autres. Pour avoir l’information, il faut mettre des moyens et placer des spécialistes aux endroits qu’il faut pour la création de l’intelligence, même artificielle.
    Jean- René Bompolonga   

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