«Les Bakwa Mulumba. Origine, Itinéraire et Destin…» pour la postérité

Les Bakwa Mulumba. Origine, Itinéraire et Destin d’une communauté ethno-culturelle Luba-Kasaayi de la RDC.» C’est un volume abondamment documenté et utilement iconographié de 425 pages que Dr Bruno MITEYO NYENGE lègue à la postérité pour le monde socio-culturel. En ce temps trouble où tout bon Congolais (qu’il soit politicien, intellectuel, élite, chercheur, fonctionnaire, étudiant ou manager) s’embrouille des regards plutôt pour son ventre affamé que pour nourrir la collectivité d’un repas sain, il y a de quoi encourager cette initiative. Un livre qui tombe à pic pour ce Congo qui cherche des voies de développement pour sa véritable reconstruction. Celle-ci devant passer, avant toute chose, par le décryptage de l’être congolais dans sa façon d’être et de vivre.

Pr ofesseur Mukoka Nsenda qui a présenté l’ouvrage au public, le 30 décembre 2009, a relevé quelques analyses corroborant la pensée de Joseph Ki-Zerbo : «… C’est son appartenance à l’histoire à partir de sa conscience historique, qui permet à l’homme de comprendre le présent et de se projeter dans le futur, en devenant acteur historique, producteur de sa propre histoire, de sa propre historicité.

Comme quoi, en définitive, connaître sa culture et son histoire constitue un indispensable repère pour la vie et le destin de toute communauté ou de toute société, ainsi que le rappelle sans fin ni cesse, la sagesse socratique : « connais-toi toi-même ». C’est dire que le déni de sa culture ou de son histoire, c’est le déni de soi. Celui qui a perdu sa mémoire culturelle et sa conscience historique ressemble, pour paraphraser feu Son Eminence le Cardinal Malula, à quelqu’un qui marche les pieds en l’air et la tête en bas. »

Par devoir de mémoire

En réalité, l’ouvrage livre une série d’informations pertinentes par rapport à la prise en considération des valeurs culturelles de terroir que bon nombre de congolais contemporains réfutent par assentiment religieux ! D’où logiquement ce commentaire du prof. Mukoka Nsenda : « La profondeur du message dont est porteur l’ouvrage de Dr Bruno Miteyo réside dans l’interpellation, en toute logique de ses ressortissants (Bakwa Mulumba), mais également interpellation de ses concitoyens kasaïens et congolais, quels que soient leurs horizons professionnels ou leur statut social, face à leur devoir de mémoire ; mémoire de leur culture et de leur histoire. »

En effet, l’auteur cerne son travail en cinq parties subdivisées en quelques chapitres. Dès l’entrée en matière, il identifie les Bakwa Mulumba en question dans une cartographie qui indique le sous-groupe ethno-culturel luba-Kasayi. « Ils habitent la chefferie localisée dans le territoire de Ngandajika, district de Kabinda, au Sud-est du Kasaï Oriental, à plus ou moins 65 km de Mbuji-Mayi, le Chef-lieu de la province. »

D’après le résumé succinct du Prof Mukoka qui nous sert de guide pour vous inciter merveilleusement à nous procurer l’ouvrage, la 1ère partie porte sur le « Domaine physique, humain et économique ». Le premier chapitre brosse un tableau général de la communauté dans sa dimension géographique pour comprendre les déterminants naturels du cadre de vie de ses habitants. Le second chapitre rend compte du cadre  humain. Il renseigne notamment sur l’effectif de la population (évaluée à 65.000 hab.), sa répartition par sexe, par âge, par groupement ou clan (il y en a 10 au total), par famille ou villages (soit 48 en tout) et par densité… Les activités économiques et commerciales, agricoles et pastorales, de la pêche et de la chasse font l’objet du chapitre 3, où il est aussi fait état de la pauvreté du sous-sol en teneur des minerais, des sources d’énergie fossile et des chutes d’eau à débit élevé, même si on y rencontre certains matériaux et minerais rocheux et notamment les différentes formes de calcaire. Il s’achève en décrivant le mode de vie et les habitudes alimentaires, ainsi que la situation précaire des voies de communications. La 2ème partie s’intitule « Histoire des Bakwa Mulumba: de l’origine à nos jours ». Sans aller en profondeur, notre lecteur de choix retient comme principale leçon de l’histoire de cette chefferie: « Leur identité et leur conscience historique se sont forgées grâce à leur lutte d’émergence et d’affirmation hégémonique, aussi bien à l’interne (c’est-à-dire au sein des lignages et des familles) qu’à l’externe (c.-à-d. vis-à-vis des colonisateurs et des autres communautés voisines).

La 3ème partie « Structures et vie socio-familiale », comprend cinq chapitres relatifs au processus de mariage, les structures de lignage où les obligations et les droits des membres font l’objet d’une attention spéciale (les pratiques des « bibindi » violations des règles ; des « bibawu » sanctions liées aux infractions ; les « mikiya » souillure, pollution sociale ainsi que les « milambu » présents obligatoires… Le dernier chapitre de cette 3ème partie traite du phénomène de la mort, du deuil et des rites funéraires. La 4ème partie qui traite de « Vie et pratiques spirituelles, artistiques, récréatives et spécificités identitaires » gravite autour de quatre options précitées. La conclusion, souligne-t-on, épingle les atouts et les contraintes du développement de la contrée avec des pistes de solutions y relatives.

Concernant les atouts, il est relevé, entre autres, le nombre élevé des cadres et des élites, le sens de l’ambition, l’esprit de grande ouverture et l’aspiration au progrès des populations. La destruction avancée de l’environnement à cause du déboisement sauvage, l’exiguïté de l’espace, le manque des infrastructures scolaires et hospitalières ainsi que les conflits récurrents

De la bénédiction

C’est cet ouvrage que Mgr Tshibangu Tshishiku, Evêque Emérite de Mbuji-Mayi, lui-même issu de cette chefferie, a eu l’insigne honneur de bénir. « Cette étude monographique devrait inspirer et s’étendre à la communauté nationale de notre pays afin de renforcer la conscience historique… A l’aube des commémorations de 50 ans d’accession à l’indépendance, je prie de repartir pour le demi-siècle qui démarre par la prise de conscience à notre développement.»

A l’égard de l’auteur de l’ouvrage, Mgr Tshibangu déclare : « Il est un constat d’un bon exemple de polyvalence utile. Quelqu’un qui a pu allier une spécialisation scientifique, technique et humaniste. Mon vœu est qu’il puisse aller plus de l’avant afin d’être efficace sur terrain de développement. J’encourage chacun d’entre nous à l’éducation permanente sans laquelle on est sans repère ! »

Quant à l’auteur lui-même, Dr Miteyo Nyenge, il s’est dit très embarrassé de placer un mot de plus après les dires de ces excellents orateurs. Il a exprimé toute sa reconnaissance à tous ceux qui ont contribué à la production de l’ouvrage (Chercheurs, Conférence Episcopale Nationale du Congo et le peuple Bakwa Mulumba…)

«Mon ouvrage, note-t-il, ne concerne pas que cette population de notre pays. Il est une sorte de miroir, qui sans être un prisme déformant, nous renvoie, par ricochet, des reflets ou des suggestions de ces diverses cultures qui composent l’immense univers culturel non pas du grand Kasaï mais du grand Congo, le Congo profond, le Congo d’hier et d’aujourd’hui, le Congo vrai, le Congo de demain et de ses défis majeurs, notre Congo, votre Congo. »  

Quid de Dr Bruno Miteyo Nyenge

C’est le Prof. Gudijiga Gikapa qui a livré le cursus élogieux de l’auteur. Médecin vétérinaire de formation, technicien agronome aux humanités, Dr Bruno est né le 10 juillet 1954 à Likasi. Marié à Mwenga Milambu wa Banza, à laquelle il a publiquement rendu hommage pour son assistance, Dr Bruno Miteyo est père de quatre enfants dont deux filles et deux garçons. Il est depuis 2008, le Secrétaire National de la Commission Episcopale Caritas-Développement Congo après avoir occupé les postes de Secrétaire National adjoint et directeur national de Caritas Congo. Auparavant, de 1982 à 1997, il a été Directeur du Centre de Développement Communautaire de Kiringye au diocèse d’Uvira et de Directeur, Secrétaire Exécutif de Caritas-Développement et Membre du Conseil Economique dudit diocèse… Il est jusqu’en 2011, membre du Conseil d’Administration de Caritas international, expert désigné du Symposium des Conférences Episcopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM) dans la lutte contre le Sida…

A son actif, quelques œuvres : – Regard sur les œuvres socio-économiques de l’Eglise catholique en RDC, édition Saint Paul 2002 ; – Solidarité Africaine », édition Lola, 2004  et – Sillons de l’œuvre caritative de l’Eglise catholique en RDC.  

Eddy Kabeya

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