Les autorités ordonnent la fermeture des stations de radio en RDC

Nairobi, 24 novembre, 2014-Le Comité pour la protection des journalistes  (CPJ) a aujourd’hui demandé aux autorités de la République Démocratique du Congo (RDC) d’arrêter de s’ingérer dans les émissions des stations de radio du pays. En effet, le ministre congolais de l’Information, Lambert Mende, a ordonné la fermeture de plusieurs stations de radio au cours des dernières semaines, et la diffusion a été ainsi arrêtée dans certaines de ces stations.

« Les ordres de fermeture de plusieurs stations de radio semblent viser à museler certaines voix critiques », a déclaré le représentant pour l’Afrique de l’Est du CPJ, Tom Rhodes. « Nous demandons aux autorités congolaises de laisser les journalistes faire leur travail et de se conformer aux procédures établies pour la régulation des médias », a-t-il ajouté.

Le 20 novembre, Mende avait publié un communiqué à la Radiotélévision Nationale Congolaise (RTNC) dans laquelle il avait ordonné la fermeture de la radiotélévision indépendante Lubumbashi Jua (RTLJ) au Sud-Est du Congo, selon desmédias. Dans ce communiqué,  la station était accusée d’incitation et d’insurrection sans donner de détails, selon desmédias et des journalistes locaux.

Des journalistes locaux disent suspecter que ce communiqué ne soit lié au départ récent du parti au pouvoir de Jean-Claude Muyambo, propriétaire de la RTLJ, et aux critiques de ce dernier suite à la proposition du gouvernement de modifier la constitution pour permettre au président Joseph Kabila de se présenter pour un troisième mandat en 2016. Les propos de Muyambo avaient été diffusés sur la RTLJ.

Lastation émet encore. Selon des médias citant le droit congolais, les diffuseurs sont sous la tutelle du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) et non du ministère de l’Information.

Il convient de souligner que les appels du CPJ à l’endroit de Mende et de son chef de cabinet adjoint, Pascal Amisi, sont restés sans suite.

Mende a également ordonné la fermeture d’autres stations au cours des dernières semaines. Le 14 novembre, dans un autre communiqué diffusé sur la RTNC, le ministre avait ordonné la fermeture de cinq stations de radio communautaires, notamment Radio Télévision Graben Beni, Radio Liberté Beni, Radio Télévision Rwanzururu, Radio Ngoma et Radio Furu, dans la région de Beni située dans la province orientale du Nord-Kivu, selon des médias.

Le ministre a déclaré que les stations avaient incité le public à s’insurger contre le gouvernement et les forces de maintien de la paix des Nations unies et qu’elles entretenaient des liens étroits avec un groupe rebelle, selon des médias. Le groupe rebelle ougandais l’Alliance des Forces Démocratiques – l’Armée nationale de libération de l’Ouganda, formé en 1995 pour résister au président ougandais Yoweri Museveni et établir un état islamique en Ouganda, a perpétré beaucoup d’attaques meurtrières dans la région de Beni, qui lui servait de base d’opérations, selon des médias.

Des journalistes locaux ont déclaré au CPJ que Radio Télévision Graben Beni, Radio Liberté Beni et Radio Télévision Rwanzururu ont immédiatement cessé d’émettre. Selon les mêmes sources, ces stations, qui sont proches des partis de l’opposition, avaient assuré la couverture des activités des groupes rebelles mais ne les ont pas soutenus de façon active. Des journalistes ont également déclaré que les stations n’avaient reçu aucune notification formelle de l’ordre, mais l’avaient appris à travers le communiqué diffusé.

Selon un communiqué de Bernard Munsoko, secrétaire exécutif de l’organe indépendant de régulation des médias, l’Observatoire des médias congolais, Radio Ngoma a cessé d’émettre depuis plus d’un an. Quant à Radio Furu, elle n’existe pas, selon des journalistes locaux.

Une autre station a aussi été fermée en octobre. Sébastien Ipeto, gouverneur intérimaire de la province d’Equateur au Nord-Ouest du Congo, avait ordonné de façon verbale la suspension de la Radio privée Equateur pour avoir abrité un débat radiophonique où les invités l’avaient critiqué pour abus de pouvoir, selon l’association de défense de la liberté de la presse Journalistes en Danger (JED) dont le siège est au Congo. La diffusion est toujours suspendue au niveau de cette station, a déclaré au CPJ le correspondent de JED, Tuver Wundi.

 

Le CPJ est une organisation indépendante, à but non lucratif basée à New York et dévouée à défendre la liberté de la presse dans le monde.
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svalentine@cpj.org

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West Africa Representative
Email: pnkanga@cpj.org

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