Les abolitionnistes interpellent Obama

En route pour Paris, capitale française, où va se tenir, du 23 au 25 septembre 2010, une réunion du Comité de pilotage de la Coalition mondiale contre la peine de mort, Me Ngondji Ongombe Liévin, président de « Culture pour la Paix et la Justice »( CPJ), association sans but lucratif de lutte contre la peine de mort et l’impunité, s’est livré à la presse, le lundi 20 septembre dans son bureau à Gombe, pour décliner les enjeux de la prochaine journée mondiale contre la peine de mort. 

            Déjà rendue célèbre grâce au sigle 10.10.10, la 8ème journée consacrée aux Etats-Unis d’Amérique a pour but de renforcer la tendance vers l’abolition dans ce pays mais aussi dans le monde. A en croire Me Liévin Ngondji, les abolitionnistes vont saisir cette opportunité pour parler au président Barack Obama et à son gouvernement en leur disant que la « peine de mort assombrit la démocratie », thème retenu pour l’édition 2010. 

« Cette année, nous allons démontrer combien l’image des Etats-Unis influence l’humanité tout entière et qu’il est donc inexplicable qu’un pays hautement démocratique comme celui-là puisse avoir des points communs avec des dictatures les plus sombres comme l’Iran, l’Arabie Saoudite, le Pakistan, le Nigeria où on continue à exécuter des gens au lieu de trouver des solutions à des problèmes de société… » a-t-il expliqué. Somme toute, c’est une nouvelle occasion de s’opposer publiquement à l’utilisation de ce châtiment inhumain, cruel et dégradant et de soutenir ceux qui se battent pour son abolition aux Etats-Unis et ailleurs. 

Pourquoi doit-on abolir absolument la peine de mort ? 

            Rappelant que ce débat sur « le maintien ou l’abolition » a été engagé depuis des années, Me Ngondji a néanmoins souligné qu’en même temps que l’on applique la peine de mort, l’on constate cependant que les crimes les plus abominables se commettent et continuent à être commis. Pour les adeptes de l’abolition, soutient-il, la peine de mort n’est pas la solution à la criminalité sinon notre société n’aurait plus de criminel car cette peine capitale existe depuis la nuit des temps. « Par contre, on peut se passer de la peine de mort et prévoir d’autres sanctions. Plusieurs pays européens l’ont fait et même en Afrique comme l’Angola qui a aboli la peine de mort depuis 1982. Alors peut-on dire que la criminalité est plus élevée en Angola qu’en RDC ? L’essentiel est de démontrer la sacralité de la vie. On ne peut retirer de quelqu’un une chose qu’on ne saura pas lui restituer. A partir du moment où nous, humains, n’avons pas la capacité de restituer à quelqu’un sa vie après la lui avoir ôté, nous devons être très prudents » a-t-il appuyé.

            Un autre aspect de la problématique de la peine de mort est « les erreurs judiciaires » où on ne donne pas à l’accusé la possibilité de s’amender. D’ores et déjà, il souligne certains facteurs qui contribuent à la condamnation de personnes innocentes lors des procès où est en jeu la peine capitale. Il s’agit, entre autres, des dépositions peu fiables des témoins oculaires, erreurs de la police ou du procureur, insuffisance dans la représentation juridique, les expertises non fiables et de faux aveux. A titre illustratif, on révèle souvent le cas « Anthony Porter » qui a vu son exécution suspendue après 17 ans passés dans le couloir de la mort en 1998, dans l’Etat d’Illinois. Pendant le sursis, un groupe d’étudiants s’est saisi du cas et a prouvé son innocence. Il a alors pu être libéré. En 2003, le gouverneur de l’Illinois a déclaré un moratoire sur les exécutions et commué les condamnations à mort de tous ceux qui étaient dans les couloirs de la mort de cet Etat. 

Mesures pour lutter contre la criminalité 

            Interrogé sur cette question, Me Ngondji a fait noter que ce n’est le rôle des défenseurs des droits de donner des pistes pour lutter contre la criminalité. Les abolitionnistes étant des militants qui aident les gouvernants à mieux gérer la société dans certains domaines, ils sont convaincus que l’Etat a déjà prévu des mécanismes pour lutter contre la criminalité. Il y a entre autres les autres peines prononcées par la justice que la peine de mort.

Concernant la participation américaine 10.10.10 de l’Asbl « Culture pour la paix et la justice » qui assure aussi le secrétariat de la coalition congolaise contre la peine de mort et de la coalition africaine de la Région des Grands Lacs contre la peine de mort,  l’avocat a confirmé qu’elle aura un message fort à transmettre à l’opinion internationale. Toutefois, il a saisi l’occasion pour annoncer la nouvelle selon laquelle, conformément aux règles de la coalition mondiale, le responsable de coalition ne doit pas s’impliquer personnellement dans des cas particuliers, il doit travailler au moyen des principes. « C’est mon cas ; je n’y faisais pas attention mais je suis aujourd’hui obligé de quitter toutes affaires particulières de justice que je suivais pour me consacrer aux rapports généraux, tout en travaillant avec le gouvernement pour le vote des Nations Unies appelant au moratoire ».

            Pour rappel, au niveau mondial, le 18 décembre 2007, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté la résolution 62/149 appelant à un moratoire sur les exécutions. Cette résolution (comme les autres résolutions de l’ONU) n’a pas de valeur contraignante mais peut être vue comme le signe que la majorité des États souhaitent remettre en cause la peine de mort. Cependant 8 des 10 pays les plus peuplés ont voté contre.

Tshieke Bukasa

Leave a Reply