Leçon d’équité et d’indépendance

Le procès ministère public contre les prévenus Yengo et Muhiya fera date dans les annales de la justice congolaise. Les magistrats congolais viennent d’administrer à tous la preuve qu’ils sont décidés à sortir des sentiers battus dans la gestion des dossiers judiciaires. Tous les observateurs avertis qui ont suivi les péripéties de l’affaire auront constaté l’absence de preuves de culpabilité des deux mandataires publics incriminés. D’une part, la Convention Snel – MagEnergy prétendument dérobée par ceux-ci était antérieure à leur mandat puis « confisquée » au niveau de leur ministère de tutelle, en l’occurrence celui du Portefeuille, et d’autre part, la traçabilité des crédits obtenus de la BIC (6,5 millions Usd) ne laissait aucune zone d’ombre. Quant au fonds de 23 millions de dollars américains dont 15,8 millions Usd auraient été détournés par eux, tout le monde a pu constater que c’est MagEnergy elle-même qui était le donneur d’ordre en vue de son utilisation par sa partenaire Franco Tosi. Bref, comme diraient certains, le dossier Yengo-Muhiya accusait un vide criant en termes d’éléments pouvant concourir à la thèse d’un détournement.

Logiquement, les deux prévenus n’avaient rien à craindre du ministère public qui avait requis cinq ans de prison contre eux. Mais, les pesanteurs politiques qui se sont invitées dans les couloirs de la Cour d’Appel de Kinshasa Gombe ont, à un moment donné, poussé à croire que le bon droit allait être sacrifié sur l’autel des intérêts égoïstes. Les médias, inquiets des conséquences désastreuses d’une décision judiciaire inique non pas à l’endroit des mandataires de la Snel, mais du barrage hydroélectrique d’Inga, ont rappelé à tous la mauvaise passe dans laquelle se trouve cette entreprise publique à cause des contrats léonins pour lesquels elle est condamnée par la Cour Suprême de Justice d’Afrique du Sud à payer 105 millions de dollars américains à la firme américaine Hemisphere et 151 millions Usd à la même plaignante au niveau du Tribunal de Hong Kong.

En refusant de suivre le ministère public dans ses réquisitions et tous les « souffleurs » qui s’étaient investis pour faire triompher la cause de MagEnergy au détriment des intérêts de la République, la justice congolaise a marqué un pas décisif dans la voie de son indépendance. Il n’y a rien de mieux à lui souhaiter que de persister dans le créneau de la vérité, de l’excellence et de l’autonomie.

Quant aux fossoyeurs des « causes communes nationales», c’est le lieu de les mettre en garde contre leurs nuisances au patrimoine collectif. Les « traîtres » ont fait obstruction, pendant 50 ans, à la marche de la patrie vers le progrès. L’affaire Snel-MagEnergy devrait sonner le réveil des patriotes, les vrais, prêts à mourir pour le bonheur collectif.

                                   Jacques  Kimpozo

 

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