Le trafic d’enfants a repris en RD Congo

On croyait le commerce des enfants liquidé avec la chute du régime de Mobutu, une période qui l’avait vu se développer et atteindre la cote d’alerte.
La sonnette d’alarme vient d’être tirée à la faveur de l’arrestation d’un suspect à Kamako, une cité de la ville de Tshikapa, dans la province du Kasaï occidental. L’homme dont l’identité n’a pas été révélée par la police, ni celle de ses victimes, pour des raisons d’enquête, fournirait actuellement aux limiers de la police de Tshikapa, qui n’en croient pas leurs oreilles, tous les détails sur le commerce d’enfants auquel il se livre depuis un certain temps.
Il en est de même de l’existence de plusieurs réseaux de trafics d’enfants qui opèrent en toute impunité dans cette partie de la République.

 Pourtant, tout portait à croire qu’avec la ratification de plusieurs traités internationaux sur les droits des enfants, ce trafic prohibé ne ferait plus parler de lui dans notre pays. Mais force est de constater que rien n’a changé ainsi qu’en témoignent des informations reçues la semaine dernière et qui font état de la relance du trafic d’êtres humains à Tshikapa. La radio onusienne qui a livré la nouvelle en primeur a signalé l’arrestation d’un individu âgé de 45 ans sur dénonciation des habitants de la cité de Kamako. L’homme, croit-on savoir, se livre à ce trafic depuis belle lurette.
 Soumis au  feu nourri des questions des enquêteurs, l’homme a craqué et dévoilé qu’il exerçait ce trafic dans le cadre d’un réseau bien implanté dans cette localité de Kamako.

 Au départ, ce sont des rumeurs qui ont été renforcées avec les disparitions d’enfants dont on ne retrouvait plus des traces. C’est de là que sont partis des soupçons sur un quadragénaire aux apparences trompeuses et qui passait pour un père très affectueux des enfants.
 En réalité, derrière cette bonhomie, se dissimulait un grand trafiquant attiré non par l’exploitation des pierres précieuses, mais par des enfants âgés de moins de 15 ans qu’il allait vendre en Angola. Comme à l’époque de Tipo Tipo, le célèbre exclavagiste.
 Les premiers éléments de l’enquête permettent aujourd’hui de lever un coin de voile sur ce trafic. L’homme a parlé du marché qu’il a conclu en écoulant deux fillettes âgées respectivement de 13 et 14 ans, au prix de 600 dollars chacune, sans autre  précision.
 Sur place à Tshikapa, le responsable de la DGM opérant à la frontière aurait été informé de l’existence d’autres réseaux très actifs. Faits confirmés par le suspect qui a révélé que certaines femmes congolaises de Kamonia se livreraient elles aussi à ce trafic d’enfants vers l’Angola.
 Compte tenu de la gravité de cette affaire et de ses ramifications dans les pays frontaliers, la police urbaine de Tshikapa devra prendre des précautions pour ne pas occasionner la fuite du prévenu.

Le trafic d’enfants développé au temps de la dictature
 Le trafic d’enfants n’est pas un nouveau type de commerce exercé par des criminels. Il date de plus d’un demi-siècle.
 A une certaine époque, une dame habitant la commune de Kasa-vubu, avait enfermé les enfants de ses voisins dans sa villa où ils avaient l’habitude de  jouer à l’insu de leurs géniteurs. Un jour, les gosses ayant tardé à regagner le domicile parental, les recherches furent immédiatement lancées. Intrigué par les inquiétudes des parents, un bambin âgé à peine de 12 ans, lâcha naïvement, sur un air moqueur : «les amis que vous cherchez ne sont pas loin. Nous étions dans la parcelle de maman Vero où nous avons l’habitude de jouer. Moi je suis rentré parce que j’avais très faim.» La police qui était déjà alertée par les parents s’est immédiatement rendue sur les lieux. Où elle a trouvé plusieurs enfants en instance de voyager à l’étranger. La trafiquante entendue sommairement, révéla qu’elle vendait les enfants auprès des familles d’adoption moyennant paiement des espèces sonnantes et trébuchantes.
 Malheureusement, sur intervention de certains services, la dame fut relâchée et l’affaire classée sans suite, après que les enfants séquestrés aient été remis à leurs parents.  Aujourd’hui, il serait plus qu’urgent de s’interroger sur les disparitions d’enfants dont on ne retrouve plus des traces. Certains ont disparu à la sortie des classes, d’autres partis jouer au football, d’autres encore sortis pour aller visiter des camarades ou la Fikin, n’ont plus fait signe de vie.
 Si en Europe, les gouvernements se mobilisent pour rechercher activement les disparus, chez nous, la disparition d’enfants ne concerne que les familles et leurs connaissances. C’est dans ce genre d’affaires que  s’applique le principe de «  chacun pour soi, Dieu pour tous ».  Car, passé le temps de quelques communiqués à la radio ou à la télévision, l’opinion oublie vite les disparus.
 Il faut espérer que le dossier de Tshikapa ne subira pas le même sort.
Le seul moyen de décourager les trafiquants consiste à mener des investigations sérieuses autour de cette grave affaire afin de sécuriser les enfants et leurs parents.  L’existence d’un trafic aussi odieux ne peut être favorisée que par de multiples compicités à divers niveaux et ce sont ces réseaux qu’il faut pénétrer et démanteler si l’on veut mettre fin à un commerce odieux.
             J.R.T.
                                                       

 

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