Le statut de Jean-Pierre Bemba : casse-tête à la 1ère audience.

La première audience du procès du sénateur Jean-Pierre Bemba à la Cour Pénale Internationale (CPI) a eu lieu hier lundi 22 novembre 2010 à La Haye, aux Pays-Bas, sous la direction de la vice-présidente de la Chambre de 1ère Instance, la Brésilienne Silvia Steneir.  A cette occasion, la bataille juridique entre l’accusation et la défense s’est focalisée autour du statut du prévenu, présenté comme un seigneur de guerre, un général auto-prochamé, un chef rebelle par la procureur adjointe Fatouma Bansouda ainsi que les avocats de la partie civile tandis qu’aux yeux de la défense, leur client est une personne qui a droit au respect, qui avait agi comme « Chef d’un Etat », au même titre que ses « homologues » du RCD et du gouvernement de Kinshasa.

 

 D’un côté, l’on a réclamé un signal fort pour mettre un terme à l’impunité, compte tenu du caractère irréfutable des crimes à charge de l’accusé, tandis que de l’autre, l’on a exigé des preuves de nature à participer à la manifestation de la vérité. L’audience inaugurale s’est déroulée de 14 h30 à 19 h10, avec une pause de 30 minutes vers 17 heures. Rendez-vous est pris pour cet après-midi, à partir de 14 heures 30, pour l’audition du « Témoin 38 ».

Des « Banyamulenge » à Bangui

 Intervenant en liminaire, l’accusation a lourdement chargé Jean-Pierre Bemba, qu’elle a tenu pour responsable de massacres, pillages, viols, tortures, d’actes de sodomie… commis par les troupes du MLC à Bangui et ses environs entre octobre 2002 et mars 2003. Les soldats de Bemba étaient identifiés sous le vocable de « Banyamulenge » ( NDLR : Les Banyamulenge sont connus en RDC comme des autochtones habitant la partie Est du pays. Leur rejet par les autochtones du Kivu fut un des prétextes de la guerre de 1996 déclenchée par l’AFDL contre le régime de Mobutu). Elle a estimé que l’ancien président Félix Patassé, bien qu’auteur de la demande d’assistance militaire aux troupes de Bemba, n’avait ni le commandement, ni le contrôle de celles-ci sur le terrain.
 A l’en croire, Bemba recevait régulièrement des rapports des activités de ses « miliciens » en RCA, de même qu’il avait effectué plusieurs visites à Bangui, pour échanger avec le président Patassé ainsi que ses hommes de main sur la conduite de la « guerre » contre la rébellion de François Bozizé.
Comme preuve de la structuration de l’armée du MLC, elle a relevé le déploiement de deux bataillons à Bangui 24 heures seulement après l’appel de détresse de Patassé. Le viol spécialement était utilisé comme arme de guerre pour humilier des chefs de famille, des femmes, des filles en public. L’accusation a pris à témoin les médias internationaux (RFI, BBC, VOA, AFP) pour confirmer la diffusion d’informations ayant fait état des abus des éléments du MLC à Bangui.
 Elle a reproché au prévenu le fait de n’avoir ni empêché, ni prévenu, ni réprimé les graves dérapages de ses troupes, dont il était pleinement informé. « Bemba n’avait pas donné d’ordre clair pour éviter les crimes », ne cessait-elle de répéter. « Bemba aurait dû leur rappeler les lois de la guerre », a-t-elle martelé. Bref, tout était sous son contrôle : le système judiciaire, le Code de conduite, le droit de sanctionner ou de gracier.
 Selon l’accusation, Jean-Pierre Bemba avait décliné l’offre de l’ONU d’enquêter sur les crimes commis par ses hommes, se contentant d’organiser une mascarade de procès au terme desquels des peines mineures étaient retenues contre des présumés coupables, rapidement graciés par la suite.
 En résumé, elle a reproché à Bemba sa responsabilité individuelle dans des pillages planifiés, des viols massifs et répétitifs sur des personnes des deux sexes, des meurtres, des violences de toutes sortes, des traitements humiliants et dégradants, des attaques organisées de porte-à-porte, le transport du butin de guerre vers Gbadolite, la décapitation des personnes opposées aux viols ou vols de leurs biens, etc.
Kimp.

Leave a Reply