Le Soliloque de l’Indifférent : l’Indépendance nationale congolaise ! Pour quoi faire ?

 

Oui ! Pour quoi faire ? A quelle fin, cette indépendance a-t-elle mené le pays plus de quarante ans après sa conquête par les courageux indépendantistes qui croyaient, dur comme fer, à ses effets édéniques, des « héros » dont la plupart ont été oubliés – jusqu’à leurs noms ! – par l’histoire congolaise ? Le Congo Belge était placé en 1959-60 devant un choix entre deux voies principales : soit opter pour la « communauté belgo-congolaise », sorte de partenariat économico-politique dont cependant l’extrême droite belge ne voulait pas entendre parler, s’accrochant désespérément aux bénéfices d’une colonisation pure et dure ; soit emprunter la rocade qui mène à l’indépendance – « indépendance immédiate », comme l’on clamait alors… – avec toutes ses conséquences dont certaines étaient imprévisibles…

 Et, nous avons joué « Banco » sur la carte « indépendance totale immédiate », privilégiant les négociations (déjà !) de la Table Ronde Politique aux dépens des données de la Table Ronde Economique, lesquelles resurgiront dans les contentieux belgo-congolais, du reste jamais totalement clos malgré des combines et des pressions aux allures de chantage pour les enterrer…

Et voilà en quarante-trois ans d’une indépendance à plus d’un titre brinquebalante, le Congo qui se dit, pince-sans-rire, « démocratique » s’est tellement dégradé qu’il se retrouve aujourd’hui à l’avant-dernière place dans l’échelle mondiale de développement…

Quarante-trois ans d’indépendance durant lesquels sécessions, rébellions, émeutes, mutineries militaires, anthropophagies communautaires et scènes de grand brigandage se sont multipliés comme à plaisir dans ce pays – un tiers de l’Afrique ! – aux frontières poreuses où des voisins jaloux, envieux et faméliques viennent s’approvisionner sans bourse déliée, déplumant même les nationaux. Lorsque je regarde sur internet des scènes de violence interethniques made in Ituri – des tribus qui s’amusent (oui, s’amusent…) à se massacrer alors que, pendant la période coloniale, la chicote régnant, rien que ça, elles avaient avec discipline enterré leurs couteaux d’anthropophagie et enfouré leur envie de chair humaine – je me confonds dans l’état affectif où la « tristesse monte en moi comme  la mer… Comble de tout, sont hallucinantes en quiétude les images de petits bons hommes – de 10 à 13 ans… – qui, le doigt sur la gâchette de leurs armes apparemment plus lourdes que leur poids puéril, dévalent les montagnes pour dévaliser les routiers et semer la débandade et la désolation dans les villages, déjà en ruines, qu’ils traversent. Et dire qu’aucune administration légale n’ose y mettre le holà pour y faire régner l’ordre et le bonheur physique de se sentir Congolais chez soi, où que ce soit en RDC. Sont à plaindre, dès lors, les pauvres onusiens pakistanais ou indonésiens, que sais-je ?, qui sont déployés dans cette région qu’ils ne connaissent ni d’Adam ni d’Eve ou de Mahomet, et dont ils parlent ni ne pigent aucun patois du coin, et ne savent à quel gourou se vouer pour assainir la région.

Quarante-trois ans de colloques-disputes, de  négociations -positionnement – politique, qui ont puisque sans résultat positif durable – relégué aux calendes grecques ou plutôt congolaises tous les problèmes vitaux qui, résolus à temps, auraient pu ralentir ou même endiguer l’appauvrissement, la descente aux enfers de ce pays pourtant scandaleusement nanti en richesses naturelles. Mais, regardez ces villes qui, non entretenues, s’enlisent dans les immondices, comparez Kinshasa à Léopoldville, Lubumbashi à Elisabethville, Kisangani à Stanleyville, Mbandaka à Coquilathville, Kananga à Luluabourg, Bukavu à Costermansville et conviendrez que nous avons tout foutu en l’air !…

Quarante-trois ans d’indépendance ! Et des écoliers congolais, nos enfants, l’avenir du Congo, étudient assis sur les briques (et encore s’ils en trouvent dans le coin !), dans des hangars, n’ayant ni tableau noir ni ardoise pour écrire, alors qu’au temps où régnait et gouvernait Bula-Matari, nous avions dans nos classes (de quarante élèves maximum chacune) aérées et vitrées, des bancs à pupitre avec encrier, un enseignement obligatoire et presque gratuit !

La liste des défaillances, résultant de l’indépendance mal conçue et mal comprise, est longue, très longue… et si vous suivez bien mon regard, vous remarquerez qu’il n’est dardé sur aucun responsable particulier, car j’estime que tous les Congolais – ceux qui ont gouverné de manière si calamiteuse et ceux qui, bouche cousue, les ont laissé mal gouverner – sont responsables de l’échec, jusqu’à ce jour, de cette indépendance… dont certains chefs coutumiers, déroutés par les événements, demandaient la déchéance. Mais le problème n’est pas à ce niveau ; l’essentiel est d’idéaliser les desseins de cette indépendance. Un gouvernement fort, à la manière, par certains côtés, de Bula Matari, pourrait y arriver. Et l’histoire lui tirera son chapeau – à juste titre.

M’Zee Jean-Jacques Kande D’Zambulate

(Article publié dans Le Phare n°2193 du vendredi 07 octobre 2003)

 

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