Le public congolais interpellé par « Légendes et saisons de métal »

Le  sculpteur Freddy Tsimba, le romancier Vincent Lombume et le photographe Cédric Nzolo  viennent de publier un ouvrage de 70 pages  illustré et  intitulé « Légendes et saisons de métal ». Le Centre Wallonie Bruxelles « CWB »  a  contribué à l’impression de ce livre.  Il     a été présenté au public le mercredi 22 mai 2013.

            Cet  ouvrage est une somme des reportages photos  accompagnées des textes de Lombume.

             Le déclic est venu de l’interminable guerre de l’Est.  En  2000, les armées ougandaise et rwandaise se livrent une guerre féroce à Kisangani. Présent dans la ville au moment du conflit, le sculpteur  sillonnait  les rues  en quête des cylindres métalliques. Il en avait collectionné une cinquantaine des kilos. Arrêté et incarcéré, on demanda au  « fou » de transformer ces douilles en ustensiles. Il y parvint et rentra à Kinshasa avec une cargaison des débris des métaux.

            A Matonge, il a installé son atelier le poète forgeron s’échine depuis lors  à sculpter ces métaux.  Il  décrit avec délectation les laideurs de la vie à travers des pièces comme une république démembrée, la femme transpercée, les handicapés, la femme machettes, la mère et l’enfant errant….

Son  œil de lynx ausculte avec netteté tout ce qui se passe dans nos cités. Au-delà de ses créations métalliques,  Il  interpelle  les hommes d’en haut, les hommes en uniforme, les kulunas.

Des larrons en foire »

            «Quand ce matin-là, des pêcheurs levèrent leurs nasses au lieu de poissons, des têtes d’enfants y étaient captivés, les globes oculaires vides. Dans sa course vers l’Océan, le fleuve les avaient charriées depuis Bunia.

            Quels enfants portaient ces têtes ? Combien étaient-ils au total en tenant compte des têtes qu’avaient peut-être broyées sirènes, crocodiles et poissons titans ?  Dormez en paix, enfants à tête de cynocéphale…. »

            «  Des ombres sous la véranda maudissent ces eaux destructrices de leur journée de survie. Des femmes et des hommes. Et des écoliers, l’uniforme bleu et blanc maculé de boue s’extasiaient des gouttes sans nombre qui chantaient et dansaient sous le bitume »…

            Ces commentaires drus sont de Lombume.  Le  romancier se rend souvent à l’atelier de Tsimba et a le temps de « communier » avec les œuvres de son jeune compagnon.      Amoureux de la métaphore et de l’allégorie, Lombume nous plonge dans l’univers du poète forgeron.  l’horreur se mêle à l’angoisse, à la misère, à l’incertitude du lendemain, à la marginalisation des laissés pour compte.

            « En recourant à la métaphore, je cherche à mettre une pointe de poésie dans les récits », a affirmé Lombume.

            « Travailler avec Tsimba et Lombume, c’est vraiment quelque chose d’intéressant » a déclaré Nzolo.

            « La guerre n’a pas fait de moi un artiste plasticien. C’est la souffrance qui m’inspire le plus.  Au-delà du Congo, je vois aussi d’autres coins de la planète. Je laisse éclater mon indignation depuis plusieurs années à travers mes pièces. Est-ce que mon message est bien capté ?

 Je veux continuer mon combat », a souligné le sculpteur.

 Myriam Iragi ( stagiaire) et Jean- Pierre Nkutu 

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