Le Portefeuille menacé de politisation

Après l’expiration du délai-butoir du 31 décembre 2010, 20 anciennes entreprises publiques ont réussi à acquérir le statut d’entreprises commerciales, conformément à la volonté du gouvernement. Les deux qui manquaient à l’appel, à savoir les LAC (Lignes Aériennes Congolaises) et la CMDC (Compagnie Maritime du Congo), ont finalement régularisé leur situation aux plans des statuts et des états financiers. Au bout du compte, il y a eu plus de peur que de mal au sujet de l’avenir de celles qui étaient accusées, souvent à tort, de « canards boiteux ».

 

En principe, les membres des conseils d’administration et comités de gestion actuellement occupés à expédier les affaires courantes devraient soit, être confirmés dans leurs fonctions, soit rendre le tablier. La fièvre de nouvelles mises en place fait déjà rage dans les rangs, aussi bien des mandataires en sursis que dans ceux des candidats à la gestion de 20 nouvelles entreprises commerciales.

Au niveau des cadres et agents de ces unités commerciales, la grande peur est de voir la politisation gâcher toutes les chances de rentabilité qui s’offrent à elles avec le changement de raison sociale et de mission. L’on apprend en effet que des partis et plates-formes politiques de l’Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP), qui continuent de se partager la gâteau du Portefeuille, s’activent pour soit maintenir leurs délégués aux postes, soit les positionner dans des entreprises de la catégorie « A », réputées « poules aux œufs d’or » de la République.

On laisse entendre, dans certains milieux, que certains mandataires publics passent pour les plus gros pourvoyeurs des caisses de certaines formations politiques, rappelant en cela la tristement célèbre époque du MPR/ Parti-Etat. A cet effet, on observe de plus en plus des cadres et agents s’affichant avec insignes, boubous, pagnes, T.shirt, képis, foulards ou drapelets aux couleurs de leurs partis sur le lieu de travail.

 

La balle dans le camp du Chef de l’Etat

 

Selon la loi, le pouvoir de nomination des membres de futures « Assemblées générales » revient au Chef de l’Etat. Ce sont ces dernières, apprend-on, qui seraient appelées à désigner les trois principaux mandataires chargés de gérer les entreprises commerciales ayant satisfait aux conditions d’éligibilité à ce nouveau statut, à savoir le Président du Conseil d’Administration, l’Administrateur Directeur Général et l’Administrateur Directeur Général Adjoint et l’Administrateur Directeur Financier ou l’Administrateur Directeur Technique.

Autrement dit, le choix de bons ou mauvais mandataires va dépendre de l’honorabilité, de l’intégrité morale, de la compétence, de l’expérience, du degré de patriotisme, du sens de responsabilité de nos concitoyens sur lesquels le Président de la République va jeter son dévolu pour siéger au sein des « Assemblées générales » des entreprises commerciales nouvelles « créées ».

Si les désignations de futurs mandataires sont effectivement politisées, comme on le redoute déjà dans plusieurs « entreprises commerciales » du Portefeuille, le noble et pieux vœu visant à les rentabiliser davantage risque se muer en un amer fiasco financier. Personne n’ignore en effet, le fait les difficultés de trésorerie dont souffrent la plupart d’ex-entreprises publiques sont imputables aux politiciens qui se sont improvisés « managers » dans le Portefeuille de l’Etat, tant sous le Régime du 1+4 que sous celui de la législature en cours.

Il y a aussi cette caste de « technocrates-maisons » qui, pour préserver leurs juteux postes, ont mis entre parenthèses leur expertise, leur technicité, leur expérience et leur moralité pour se mettre au service de leurs parrains politiques, dont la voracité en matière de ponctions financières indues est notoirement connue.

 

Année électorale :danger !

 

L’année électorale est celle de tous les dangers pour les futurs gestionnaires des entreprises commerciales. Elle risque d’être celle de leur faillite programmée si les précipités, au lieu de se comporter en sauveteurs, versent dans les financements occultes de leurs partis ou familles politiques. Le cas de la MIBA (Minière de Bakwanga) est typique. Société plus ou moins florissante jusqu’à l’avènement au pouvoir de l’AFDL (Alliances des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo) en mai 1997, elle traîne aujourd’hui des casseroles vides pour avoir non seulement participé à « l’effort de guerre » mais aussi servi de mamelle financière à certains dignitaires du Régime 1+4, de 2003 à 2006. Nombre de candidats aux élections présidentielles et législatives de 2006, indique-t-on, s’étaient « servis » dans les caisses de la Miba pour battre campagne. Résultat : la « Reine » du diamant souffre d’une sévère ménopause financière.

 

LAC aussi…

 

Autre exemple d’entreprise publique « cassée » par les pouvoirs publics : les Lignes Aériennes Congolaises (LAC). Réquisition d’avions par l’Etat propriétaire en temps de paix comme en temps de guerre, du régime Mobutu à celui de l’AFDL, entraînant un lourd endettement qui dépasse aujourd’hui les 50 millions de dollars, cette compagnie aérienne nationale vient d’être récupérée miraculeusement.

S’agit-il d’une volonté réelle de vouloir la sortir du gouffre ? Cela va se savoir à la lumière du profit de ses futurs mandataires et des gestes de l’Etat pour l’aider à reconstituer sa flotte. Dans l’hypothèse où ses futurs gestionnaires ne seraient que des pilleurs en puissance, ce serait là la preuve que l’on ne veut pas que les LAC réactivent leurs droits de trafic sur les lignes nationales et internationales, réhabilitent leur hangar technique, remettent à niveau leur personnel naviguant comme au sol, bref mettent leur expertise au service du transport aérien congolais. On aura compris le message, la résurrection des LAC hypothéquerait de gros intérêts des privés.

Jacques Kimpozo

 

 

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