Le Phare répond à Ngoy Mulunda

A la lecture du droit de réponse du président de la CENI, la première chose qui saute aux yeux est sa tendance à personnaliser cette institution d’appui à la démocratie. Cela rappelle à beaucoup le fameux « Je découple » qui avait énervé sénateurs et députés nationaux et failli jeter le feu aux poudres au mois de juillet, au tout début du mandat de Daniel Ngoy Mulunda. Le pasteur avait dû se confondre publiquement en excuses devant les honorables membres des deux chambres du Parlement. Hélas, le «Je» est de retour dans la correspondance lourde de menaces adressée au quotidien de l’avenue Lukusa. Notre rédaction n’est pas étonnée d’être menacée par une autorité qui s’était permise, en son temps, d’annoncer qu’elle se passerait du Parlement si « son » calendrier électoral n’était pas examiné et adopté dans le délai-butoir qu’il avait unilatéralement fixé.

            S’agissant de son droit de réponse, il sied de faire deux observations. La première est que dans l’article incriminé, « Le Phare » n’a pas cité l’Opposition politique comme étant sa source d’information. Et à propos des 3 millions de bulletins déjà cochés en faveur du candidat n°3 Joseph Kabila, notre journal avait estimé qu’au vu des dégâts que l’information était de nature à causer au sein de l’opinion nationale, il s’avérait impérieux que le Bureau de la Ceni y apporte sans délai l’éclairage requis.

 Le Phare croit avoir fait correctement son travail d’information, en alertant le « pouvoir organisateur des élections » sur une situation fort dangereuse pour la sérénité et la crédibilité des élections. Plutôt que de laisser l’information continuer à perturber des millions de compatriotes, surtout  futurs électeurs, notre journal s’était trouvé dans l’obligation de faire bouger les lignes. Et, celles-ci ont effectivement bougé car au lendemain de la diffusion de cette information, M.Daniel Ngoy Mulunda a fait une sortie devant les médias, pour un démenti fidèlement repris dans nos colonnes, dans notre édition d’hier mercredi 23 novembre. Le droit de réponse reçu de l’intéressé apparaît, dès lors, comme une redite, en certains points.
Mais, par souci de fair-play, Le Phare s’incline devant les prescrits de la Loi du 22 juin 1996 réglementant l’exercice de la liberté de la presse dans l’ex-Zaire, actuellement République Démocratique du Congo.

 La seconde observation est que le président du Bureau de la CENI ne convainc personne lorsqu’il tente de justifier l’existence des bureaux fictifs par des changements d’adresse d’écoles ou sites retenus pour les bureaux de vote. Il devrait dire aux Congolais à quel moment s’était fait l’opération de repérage de ces écoles et sites, car il s’avère, après vérification, que certaines écoles reprises dans la cartographie de la CENI ont cessé d’exister il y a deux années ou plus. En clair, la volonté d’embrouiller les électeurs est perceptible.
Le débat sur le terme « fictif » mérite d’être clarifié. Tout le monde devrait admettre qu’un bureau de vote ne peut être reconnu comme tel que par son existence physique. Dès lors qu’un électeur n’est pas en mesure de situer physiquement un bureau de vote, il est automatiquement réputé fictif. A ce sujet, Daniel Ngoy Mulunda a confirmé le caractère fictif des milliers de bureaux de vote en décidant de faire ériger des tentes en lieu et place de ceux qui sont inexistants.
Si la CENI avait réellement procédé aux vérifications d’usage avant de sortir sa cartographie, elle aurait certainement évité aux électeurs, aux candidats et aux partis politiques, les désagréments de vaines recherches de ses bureaux de vote.

Ce palliatif, qui parait sans grave conséquence à Kinshasa et d’autres villes du pays, est simplement dramatique en provinces où l’inexistence d’un bureau de vote va obliger les villageois à parcourir des dizaines de kilomètres pour accomplir leur devoir civique ou carrément, déclarer forfait.
Quant aux omis, le sentiment que l’on ressent au vu du droit de réponse de Daniel Ngoy Mulunda est qu’il banalise un problème d’une extrême gravité. Le président de la CENI devrait se mettre dans la peau des millions de ses concitoyens en passe d’être privés de leur droit de vote pour comprendre l’étendue de leur drame intérieur. S’il y a une prière à lui adresser, c’est que la CENI fasse tout son possible pour respecter le droit constitutionnel des millions de compatriotes détenteurs certes de leurs cartes d’électeurs mais dont les noms sont introuvables sur les listes électorales.
Le bureau de la CENI a cru avoir résolu la difficulté d’identification des bureaux de vote par la voie des téléphones portables. Mais a-t-il cherché à savoir combien, parmi les 32 millions de Congolais enrôlés, possèdent un téléphone mobile. Dans ce pays où plusieurs contrées ne sont pas couvertes par des réseaux de téléphonie cellulaire, que vont devenir des villageois exclus du bénéfice de cette technologie de pointe ?

En conclusion, Le Phare est d’avis que la mission du pasteur Ngoy Mulunda et de la CENI est de remplir, à la satisfaction générale, la lourde charge d’organisation des élections voulues transparentes, démocratiques et apaisées. Cela n’est  possible que si les électeurs, les candidats et les partis politiques reçoivent, face à leurs inquiétudes, des réponses convaincantes et rassurantes. Ce ne sont pas les menaces proférées contre Le Phare et particulièrement contre ses journalistes Castro Fidèle Musangu et Ben Muboyayi Mulombo qui arriveraient à évacuer les doutes aujourd’hui présents dans tous les esprits.
Une chose mérite d’être soulignée : les journalistes ont payé de leur sang l’émergence de la démocratie dans l’ex-Zaïre et en RDC. Honni quiconque serait tenté d’ignorer cette page  de l’histoire du pays.

La Rédaction

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