Le PGR se saisit du dossier «Equateur»

Le MLC dénonce l’instrumentalisation du pouvoir judiciaire

Après 3 ans de fonctionnement, l’Assemblée provinciale de l’Equateur connaît toujours des difficultés d’ordre politique l’empêchant ainsi de décoller dans le sens de son développement. La dernière intrigue qui secoue cette institution législative est la motion de retrait de confiance au bureau brandie depuis mi-février par 63 députés provinciaux sur les 108 que compte cette institution provinciale. Dans ce document, les signataires affirment retirer leur confiance à l’ensemble du bureau qu’ils accusent de multiples détournements des finances de l’Assemblée. Selon le député Léon-Bruno Likoku, l’un des pétitionnaires, lui et ses collègues reprochent également au président de l’organe délibérant, Edmond Mondombo Kanzo, et à ses collaborateurs l’incapacité dans la conduite des activités de leur institution. Des accusations que rejette, bien entendu, en bloc le président Mondombo d’une part. D’autre part, ce dernier estime que le retrait de la confiance au bureau permanent est une démarche contraire aux textes réglementaires qui régissent les Assemblées provinciales.

Face à cette nouvelle agitation, le Procureur général de la République, Flory Kabange Numbi, vient de décider de prendre en mains le dossier « Equateur » en déclenchant une action publique contre le président Edmond Mondombo et son adjoint, Ghislain Ngayo. L’action de ce haut magistrat, apprenons-nous, se fonde sur deux faits : d’abord, la gestion des finances de l’Assemblée Provinciale telle que prévue par les articles 105 à 108 de son Règlement Intérieur. Ensuite, le caractère présumé autoritaire du président de l’Assemblée provinciale dans la conduite des débats.

Sans préjuger du fond de cette initiative, le Mouvement de Libération du Congo (MLC), parti auxquels appartiennent les deux incriminés, a réagi le lundi 8 mars 2010 à travers son Secrétaire général Constant Ndomb Nda Ombel, accuse l’AMP-PPRD de diriger la province de l’Equateur en maître absolu. 

S’agissant du détournement ou de la mégestion  des fonds de l’Assemblée Provinciale, le MLC estime que seule la plénière peut mettre en accusation le président de l’Assemblée provinciale après avoir procédé à l’audit du bureau. « Or, jusque-là, rien de tel n’a été fait ». Concernant les différentes invitations lancées par le Procureur général de la République au président ainsi qu’à son adjoint, à se rendre à Kinshasa sans délai alors que l’Assemblée Provinciale est en pleine session, le parti de Jean-Pierre Bemba est convaincu qu’elles ne poursuivent qu’un seul but celui de la déstabilisation de l’institution. « Le MLC prend à témoin l’opinion tant nationale qu’internationale et dénonce avec véhémence l’instrumentalisation du pouvoir judiciaire censé être indépendant, en posant des actes politiques sous la casaque judiciaire aux fins d’assouvir le pouvoir en place qui, au lieu de trouver des voies et moyens de sortir le Congo du gouffre dans lequel il se trouve, se plait à poser des jalons en perspective des élections générales de 2011 » accuse le Secrétaire général a.i.

Au-delà de l’Equateur     

L’intervention du Procureur général de la République, diversement interprétée par l’opinion, devrait s’étendre à d’autres parties de la République où l’on observe aussi un bouillonnement autant dans les organes législatifs que dans les exécutifs provinciaux. Pétitions, mauvaise gestion, détournement, changement de bureau…des sujets qui reviennent souvent dans les crises qui secouent les institutions législatives provinciales. Dans le cadre de la « Tolérance zéro », les Congolais souhaiteraient voir le Procureur revisiter d’autres dossiers « obscurs » évaporés dans la nature. A titre illustratif, à Lubumbashi, les bâtiments de l’Assemblée provinciale du Katanga sont toujours fermés et interdits d’accès depuis le 28 janvier dernier à la suite des incidents qui ont débouché sur le passage à tabac de quelques députés provinciaux par un groupe de jeunes non identifiés. En Province Orientale, un regroupement des députés, le Groupe parlementaire de réflexion pour le développement de la Province Orientale (GPRD), ne jurait que par le départ du bureau en exigeant sa démission immédiate. Dans un point de presse tenu le mardi 9 février à Kisangani, le président de ce groupe parlementaire de l’opposition, a affirmé avoir déposé, une pétition dans ce sens au bureau de l’organe délibérant. Douze griefs sont mis à charge du bureau de l’assemblée provinciale de la Province Orientale, dont la malversation financière. Celle-ci serait, selon le groupe parlementaire, à la base de la clochardisation des députés. Au Maniema, des députés se sont récemment bagarrés au vu et au su de tout le monde, tandis qu’au Nord-Kivu, l’hémicycle a été agité pendant longtemps par une  motion contre le gouverneur Paluku. Bref, les mêmes problèmes reviennent dans la quasi-totalité des assemblées provinciales, particulièrement le retrait de confiance des députés au bureau, mais la province du Bas-Congo est la seule, jusque-là, qui a connu un changement de président de l’assemblée provinciale.

Somme toute, Flory Kabange Numbi a intérêt à prendre le maximum de dossiers en mains pour ne pas donner l’impression de faire « deux poids, deux mesures ».

Tshieke Bukasa

 

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