Le PGR face aux dérapages préélectoraux : risque des règlements des comptes

Le Procureur Général de la République a été fort bien inspiré en donnant, le week-end dernier, des instructions précises aux Officiers de Police Judiciaire à compétence générale (OPJ) et aux Inspecteurs de Police Judiciaire (IPJ) dans la recherche et la répression des infractions liées aux dérapages préélectoraux. L’environnement politique national commençait en effet à être vicié par des messages distillant l’intolérance politique, la haine ethnique et tribale, les injures, la violence verbale et physique, la culture de la machette et des cocktails Molotov, etc.

Son souci du maintien d’un climat apaisé en période préélectorale et électorale est largement partagé par les membres de la communauté nationale. Ce qu’il faut souhaiter à présent, c’est l’encadrement efficace de l’ordre venu de la hiérarchie pour exécution sans faille au niveau des auxiliaires de la justice. Le non suivi du travail des OPJ et IPJ sur le terrain, surtout en provinces, pourrait avoir pour conséquence l’instauration d’un climat malsain caractérisé par des règlements de comptes à l’endroit des journalistes et des acteurs politiques, présentés comme les principaux manipulateurs de l’opinion publique, ou mieux, des masses populaires.

Il ne faudrait pas que les OPJ et IPJ se considèrent comme des fonctionnaires tout puissants, n’ayant des comptes à rendre à personne. Sinon, l’on risque d’assister à une vague d’interpellations et d’arrestations des journalistes comme des candidats aux différents scrutins, au motif qu’ils auraient incité tel groupe à la violence ou diffamé tel autre.
Des auxiliaires de la justice mal intentionnés au trop zélés pourraient s’appuyer sur les directives du PGR pour éliminer en douceur des candidats et professionnels des médias qu’ils jugeraient gênants pour leurs « parrains » ou les hommes au pouvoir. En effet, les détenteurs du pouvoir d’Etat et des moyens financiers pourraient instrumentaliser OPJ et IPJ dans l’unique dessein de nuire à tous ceux qui, acteurs politiques ou journalistes, seraient soupçonnés de vouloir leur faire ombrage.

Les professionnels des médias notamment se souviennent de ce qui leur arrive souvent dans les parquets, commissariats de police et locaux des IPJ, à savoir des mandats d’arrêt provisoire avant que leur culpabilité ou leur innocence ne soit établie. Un tel scénario, s’il était appliqué pendant la pré-campagne et la campagne électorale, signifierait tout simplement la réduction au silence du journaliste ou de son média. Pour le politicien candidat à un mandat électif mis aux arrêts, ce serait la fin de ses prétentions à la présidentielle, à la députation nationale ou provinciale, au gouvernorat de province, au Sénat, à la petite territoriale (mairie, commune, secteur).

L’on croit savoir que le Procureur Général de la République voudrait voir les OPJ et IPJ ne pas laisser passer des cas flagrants de violences physiques sur des tiers, d’incitation à la haine et à la violence, de destruction méchante des biens publics ou privés, de diabolisation entre candidats, d’atteinte à l’honneur et la dignité des personnes, etc. Sur ce plan, journalistes et politiciens voudraient être sûrs que ces auxiliaires de la justice, avant de les priver de liberté selon les prescrits de la loi, prendre soin de réunir suffisamment de preuves accablantes pour asseoir d’éventuelles accusations.

S’il y a une volonté d’appliquer la tolérance zéro, celle-ci ne devrait faire aucune distinction entre journalistes des médias privés et ceux des médiats publics car, dans ce secteur, le public a l’impression que certains animateurs ont reçu mission de verser volontairement dans l’intolérance politique et la haine ethnico-tribale. De même, les auxiliaires de la justice devraient soumettre les politiciens de la majorité et de l’opposition à un traitement égalitaire. C’est à ces seules conditions que l’on ne verrait pas dans le travail des OPJ et IPJ, l’intention de vouloir fausser les règles du jeu démocratique.

Kimp

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