Le parlement kenyan administre une gifle à Ocampo Moreno

Le parlement Kenya vient de prendre une résolution pour demander au gouvernement de la République de se retirer de la Cour Pénale Internationale. Cet appel intervient une semaine après la décision prise par M. Ocampo Luis MORENO, procureur près cette juridiction judiciaire internationale de lancer des mandats d’arrêt contre six personnalités kenyanes dont trois proches du camp présidentiel et trois se prétendant de l’actuel premier ministre. Le procureur près la CPI soupçonne ces six personnalités d’avoir orchestré les violences post électorales de 2007 notamment des viols, meurtres et tortures considérés comme des crimes contre l’humanité.

 Parmi eux, Uhuru KENYATTA, fils de la figure légendaire et historique Jomo KENYATTA, le tout premier président de ce pays vénéré comme un héros pour avoir fondé pendant la période coloniale le mouvement socio politique de contestation et de revendication dénommée les MAU MAU. Il occupe le poste envié de vice-premier ministre et ministre des finances. Ensuite le général Hussein Ali, ancien chef de la Police et Francis MUTHAURA, président du comité national pour la Sécurité. Dans le camp de l’opposition, l’on cite M. William RUTO, ministre de l’Enseignement Supérieur aujourd’hui suspendu, le ministre de l’Industrialisation Henry KIPRONO Kosgey et le journaliste Joshua ARAP Sang de la Radio locale KASSA FM.

Si d’un côté, toutes ces personnalités clament leur innocence, de l’autre côté, les milieux socio politiques kenyans considèrent cette juridiction pénale internationale « comme une institution coloniale et anti africaine ». Dans la mesure où elle ne vise que le continent africain alors que des crimes contre l’humanité se commettent partout dans le monde sans que M. Ocampo MORENO ne lève le petit doigt.

Pour autant, cet appel est à prendre au sérieux car il provient d’un pays considéré jusqu’il y a peu comme l’un des plus stables du continent. C’était une image trompeuse car les violences post électorales de 2007 ont dévoilé à la face du monde les divisions tribalo-ethniques graves et profondes caractérisées par des affrontements d’une rare cruauté. On rappelle que ceux-ci s’étaient soldés par un bilan macabre de près d’un millier des morts et de centaines des milliers des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, sans oublier les destructions méchantes.

Cet appel est à prendre au sérieux dans la mesure où il risque de produire des effets d’une tâche d’huile à travers le continent. En apportant de l’eau au moulin de l’Union Africaine qui avait pris une résolution demandant à ses membres de ne plus exécuter les mandats d’arrêts lancés par l’inusable Ocampo MORENO à charge des ressortissants africains. Une résolution prise au lendemain du lancement du mandat d’arrêt à charge de Omar BECHIR ; chef de l’Etat soudanais accusé des crimes contre l’humanité perpétrés par son armée au Darfour. D’ailleurs, certains pays comme le Rwanda, le Burundi, l’Ethiopie, le Cameroun, le Tchad et bien d’autres ainsi que tous les Etats du Maghreb n’ont jamais ratifié la Charte de Rome instituant la Cour Pénale Internationale. Dans la plupart des milieux intellectuels africains, l’on rappelle que de nombreuses puissances au Monde, notamment les Etats-Unis d’Amérique, la Russie et la Chine n’ont jamais ratifié cette Charte. Si l’Oncle Sam considéré comme le berceau de la démocratie et chantre principal des droits humains refuse jusqu’à ce jour d’adhérer à cette charte, c’est qu’il a des reproches fondés à charge de cette institution que les africains voudraient connaître. Ce que de nombreux intellectuels africains n’ont cessé de dénoncer c’est cet acharnement affiché sans vergogne par le procureur Ocampo MORENO contre les personnalités de ce continent et son silence sur des crimes contre l’humanité commis régulièrement par l’Etat d’Israël dans les territoires palestiniens. Moreno vient de se rappeler à la mémoire collective en s’invitant pince-sans-rire dans le conflit politique ivoirien. Le ton est lancé et les débats font rage dans tous les salons politiques et sociaux en Afrique. Bien malin celui qui n’y perçoit pas un signal de remise en question.

 

Fidèle Musangu

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