Le Parlement en « Congrès » ce mercredi : Kabila prisonnier de l’article 77

Zemanta Related Posts ThumbnailSelon l’article 77 de la Constitution, « le Président de la République adresse des messages à la Nation. Il communique avec les Chambres du Parlement par des messages qu’il lit ou fait lire et qui ne donnent lieu à aucun débat. Il prononce, une fois l’an, devant l’Assemblée nationale et le Sénat réunis en Congrès, un discours sur l’état de la Nation ».

Par conséquent, ce mercredi 23 octobre 2013, Joseph Kabila, est appelé à faire l’état des lieux de la Nation.  Point n’est besoin de rappeler que la polémique est à son comble au sujet de la légalité ou non de la version 2013 du « Congrès ». Plusieurs partis et leaders de l’Opposition estiment que la réunion de l’Assemblée Nationale et du Sénat ne doit pas être transformée en tribune de « restitution » des travaux des Concertations nationales par le Président de la République. Ce dernier devrait s’en tenir aux prescrits de l’article 77 de la Constitution, à savoir faire le bilan annuel de sa conduite des affaires publiques mais aussi respecter l’obligation constitutionnelle de se livrer à un tel exercice devant les deux chambres jouissant chacune de sa légitimité. Or, tel ne serait pas le cas pour le Sénat, hors mandat depuis plus d’une année.

 Ainsi, hormis ses avis et considérations sur les résolutions des Concertations nationales, il devrait fixer le peuple congolais sur la situation politique, sécuritaire, économique, sociale et culturelle du pays, à compter de sa dernière sortie du genre intervenue en novembre 2012. Réagissant à cette approche de la question, la Majorité présidentielle a souligné, dans une déclaration politique rendue publique le lundi 21 octobre, qu’au regard du même article 77, alinéa 3, dans son discours de ce mercredi sur l’état de la Nation, le Chef de l’Etat est en droit de revenir sur les recommandations des Concertations nationales « susceptibles de promouvoir  la cohésion nationale, le développement et la démocratie, compatibles avec les lois et les règlements de la République ».

Dans cet ordre d’idées, le Chef de l’Etat se trouve devant une double exigence : préciser d’une part les pistes à suivre pour matérialiser la cohésion nationale dans un espace socio-politique bipolarisé entre une Majorité et une Opposition à requalifier et clarifier son propre statut à l’échéance de 2016; d’autre part, donner les résultats atteints ces dix derniers mois dans les domaines politique, sécuritaire, économique, social et culturel.

L’exercice risque d’être fort laborieux pour lui car des millions de Congolais attendent des réponses claires et convaincantes au sujet de la persistance de la guerre de l’Est, des pesanteurs qui retardent la réforme de l’armée, de la police et des services de sécurité, des contrats miniers aux contours toujours flous, des infrastructures de base dont les travaux sont concentrés dans les grandes villes alors que les provinces restent enclavées et arriérées, des promesses sociales à répétition toujours non tenues, des indicateurs économiques et financiers flatteurs sur papier mais peu visibles dans le quotidien, de l’insécurité urbaine symbolisée par la culture de la machette, du manque d’emplois, de la faible production industrielle et agricole interne, de la justice et de la démocratie à plusieurs vitesses, etc.

S’il ne fait pas attention, le Chef de l’Etat risque de laisser les gens sur leur soif, car placés dans la difficulté de faire la différence entre l’état de la Nation et les conclusions des Concertations nationales. Il est à espérer qu’il n’en sera pas ainsi et qu’une nette démarcation serait opérée entre le bilan annuel du fonctionnement de la République et le diagnostic du pays tel que fait par les « Concertateurs ».

 Après les Concertations, le partage du « gâteau »… ?

 Puisque le « Congrès » est cette fois assorti d’une nouvelle rubrique que sont les Concertations nationales, c’est le lieu de s’interroger sur les attentes de nombreux membres de la classe politique et de la société civile de la RDC, convaincus que Joseph Kabila devrait enfin lever l’équivoque qui entoure la notion de sa main tendue en direction des compatriotes qui veulent bien l’accompagner dans sa mission de construction d’un Congo nouveau. Pour ceux qui pensent que la « cohésion nationale » a été effectivement boostée par les travaux du Palais du peuple, l’élargissement du gouvernement aux forces politiques et sociales qui en sont exclues depuis une année devrait aller de soi. Et, en plus des postes à partager au gouvernement, de nombreux « Concertateurs » pensent devoir être récompensés par des postes au sein des cabinets politiques, des entreprises du Portefeuille, des missions diplomatiques, de la « petite » et « grande » territoriale, etc. Bref, l’heure a sonné pour le partage du gâteau.

            Si le schéma à adopter serait celui de la recomposition du Gouvernement avec la participation des membres de l’Opposition, le Chef de l’Etat devrait penser à s’entourer des précautions politiques et juridiques requises pour ne pas violer la Constitution, laquelle a consacré, depuis novembre 2011, la direction des affaires du pays par la Majorité parlementaire. D’où, il lui faudrait au préalable exiger de nouveaux candidats aux postes ministériels leur adhésion officielle à sa famille politique avant leur entrée au gouvernement, jusque-là chasse gardée de la Majorité présidentielle.

Kimp

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