Le Nord-Kivu fait du surplace

Depuis son invasion en 1994 par des éléments des ex-FAR (Forces Armées Rwandaises) et des miliciens Hutu fidèles au feu président Juvénal Habyarimana, le Nord-Kivu est loin de retrouver la voie de la paix. En dépit des randonnées des armées régulières ougandaises, rwandaises et burundaises sous le label de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo) d’octobre 1996 à mai 1997 puis sous celui du RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie) sous le fallacieux prétexte de sanctionner Mobutu puis Mzee Kabila, accusé de soutenir ces forces négatives, rien n’a changé dans cette province.

            Au contraire, les groupes armés nationaux comme étrangers n’ont fait que prospérer, au point de requérir aujourd’hui le déploiement des Casques bleus de la Force spéciale d’Intervention des Nations Unies. Mais pendant que ceux-ci s’emploient à sécuriser la ville de Goma et sa périphérie, sous la menace constante du M23, une force négative chaleureusement ré-invitée et accueillie à la table des négociations, à Kampala, aussi bien par le gouvernement congolais que par la communauté internationale, de mauvaises nouvelles viennent du «Grand Nord ».

            Pas plus tard que le dernier week-end, deux villages du territoire de Beni, à savoir Kamango et Kilingi, ont essuyé des attaques des rebelles ougandais regroupés sous l’enseigne de l’ADF-NALU (Forces Démocratiques Alliées-Armées de Libération de l’Ouganda). Face à cette nouvelle vague d’insécurité, les populations civiles n’ont pas demandé leur reste pour passer la frontière. A en croire des sources humanitaires, plus de 55.000 Congolais sont allés grossir les rangs de nos compatriotes en exil en Ouganda. Ironie du sort : des citoyens congolais sont allés se mettre en sécurité dans un Etat que les autorités congolaises et les Nations Unies accusent d’instrumentaliser les forces négatives basées dans l’Est du pays, dont la plus en verve est le Mouvement du 23 Mars 2009 (M 23).

Les décideurs congolais interpellés

Les dernières incursions armées des rebelles ougandais en territoire congolais, couplées aux safaris militaires permanents des Rwandais des FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda), des Congolo-Rwandais du M23 et des nébuleuses Mai-Mai, apportent à tous la preuve que le retour de la paix n’est pas pour demain au Nord-Kivu. A chaque avancée vers la fin de la situation de guerre correspond une nouvelle page noire de l’histoire de cette province. Cette insécurité récurrente devrait interpeller les décideurs politiques congolais car elle est l’illustration parfaite des limites de nos forces combattantes ainsi que des services de renseignements civils comme militaires.

Compte tenu du manque de maîtrise, par les gouvernants de la RDC, des enjeux de Kampala dans le « remake » aux contours très flous des négociations avec le M23, il serait plus prudent et pratique pour les Congolais de se focaliser sur la réforme de l’armée et de la police nationales ainsi que des services sécurité. L’erreur à éviter à tout prix serait de croire que les troupes de la Monusco et de la Brigade Spéciale d’Intervention de l’ONU sont là pour faire le travail à la place de nos hommes en uniforme.

Certes, les Nations Unies, sous l’empire de la Résolution 2098 et de l’Accord d’Addis-Abeba, affichent leur volonté de nous aider à chasser les forces négatives de la partie Est de la République mais cela ne devrait pas constituer une raison pour nous amener à croire qu’il va en être ainsi pendant des décennies. Le mandat de toutes les troupes des Nations Unies, qu’il s’agisse de celles de la Monusco ou de la Brigade Spéciale d’Intervention, est limité dans le temps.

Pour ne pas être surpris par les événements, à l’image des derniers raids de l’ADF-NALU au Nord-Kivu, ceux qui gouvernent la RDC devraient faire en sorte que l’Etat congolais soit à même d’assumer ses missions régaliennes, notamment celles relatives à la défense de l’intégrité territoriale, au respect de la souveraineté nationale ainsi qu’à la protection des personnes et de leurs biens. Sinon, l’on risque de croire, comme cela apparaît dans plusieurs rapports des experts des Nations Unies, que l’insécurité récurrente à l’Est du Pays s’apparente à un fond de commerce non seulement pour certains officiels du Rwanda, de l’Ouganda et les forces négatives à leur solde, mais aussi pour certains décideurs politiques et militaires congolais.

                                                                                  Kimp

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