Le ministre de la Santé ferme la porte aux chercheurs !

Une circulaire du ministre de la Santé Publique, dont la teneur vient d’être révélée au grand public à l’occasion du point de presse tenu par le Secrétaire général de l’UDPS le mardi 03 janvier 2012, interdit aux médecins directeurs des hôpitaux publics de la République Démocratique du Congo de « fournir des informations concernant les personnes malades et/ou décédées sans l’accord préalable du ministre national de la Santé Publique ». A première vue, d’aucuns ont salué la mesure car la considérant comme la thérapie requise pour bloquer l’UDPS dans la quête de ses combattants morts consignés dans certaines morgues de Kinshasa ou blessés actuellement en soins dans plusieurs formations médicales de la place.

Mais, à l’analyse, il s’avère que le ministre de la Santé Publique vient de fermer hermétiquement la porte aux chercheurs du secteur médical. Selon l’esprit de sa décision, les médecins spécialistes en pathologies diverses et les professeurs chargés des cours théoriques et pratiques dans les différentes facultés de médecine du pays devrait passer par le cabinet du ministre de la Santé pour obtenir la permission d’étudier des cas de morts ou malades qui nécessitent des recherches particulières. La même règle devrait être appliquée aux infirmiers, pharmaciens, chimistes et autres membres du secteur médical appelés à entreprendre des recherches sur des cas de patients internés ou décédés dans les formations médicales publiques.
Les étudiants en médecine, surtout ceux du degré terminal, risquent de connaître les pires ennuis dans la préparation de leurs travaux de fin d’études, pour lesquels les promoteurs exigent des données précises, qui ne peuvent s’obtenir le plus souvent qu’auprès des services spécialisés : chirurgie, gynéco-obstétrique, urologie, laryngologie, dentisterie, ophtalmologie, laboratoires, imagerie, médecine légale, morgue, etc.

Si chercheurs, professeurs de médecine, infirmiers, pharmaciens, laborantins, étudiants en médecins devraient écrire au ministre de la Santé Publique et attendre son autorisation écrite pour obtenir une quelconque information concernant un cas de maladie ou de mort qui les intéresse au plan scientifique ou académique, combien des milliers de correspondances ce membre du gouvernement serait-il appelé à traiter chaque jour ? Combien de réponses seraient-ils en mesure de donner aux demandes écrites en provenance de Kinshasa et des dix provinces de l’arrière-pays ?
Victor Makwenge serait-il en mesure d’examiner, avec l’attention et le sérieux requis, des milliers de demande de recherche en provenance des établissements d’enseignement supérieur qui hébergent des facultés de médecine : Université de Kinshasa, Université Libre de Kinshasa, Bel Campus,  Université Simon Kimbangu, Université Protestante du Congo,  Université du Bas-Congo, Université de Bandundu, Université de Mbuji-Mayi, Université de Lubumbashi, Université de Kisangani, Université du Graben… ?
A-t-on pensé au sort des chercheurs congolais et étrangers préoccupés par des épidémies ou endémies telles que le choléra, la rougeole, la fièvre typhoïde, la poliomyélite, le Vih/sida, la tuberculose, la lèpre, la maladie du sommeil… ?

Les Congolais tourmentés par des maladies diverses et qui connaissent souvent des cas de résistance inexpliqués aux antibiotiques et autres pharmacopées devraient-ils continuer à attendre les résultats des laboratoires de Johannesburg, Paris, Londres, Bruxelles, Washington ou New Delhi avant d’être soignés correctement et efficacement ? Les Congolais sont-ils fiers de voir tous les temps des échantillons de sang, d’urine, salive ou des clichés de leurs organes vitaux prendre régulièrement le chemin de l’étranger avant de connaître le véritable état pathologique ? La recherche, déjà très faible en temps normal, mérite-t-elle d’être freinée pour une durée indéterminée à cause des mobiles politiques ?

En cherchant à punir l’UDPS et ses combattants, a-t-on pensé au revers de la médaille ? Il est à souhaiter que la décision du ministre de la Santé Publique ne s’installe pas dans la durée, sinon la République Démocratique du Congo peut d’ores et déjà dire adieu à la recherche dans le domaine de la médecine. Chacun peut imaginer les dégâts dans un pays très mal loti au plan de la couverture sanitaire et de la lutte contre les épidémies et endémies. Foyer des maladies qui ont disparu dans plusieurs coins du Globe, le Congo démocratique ne devrait pas se permettre le luxe de gérer son secteur médical avec des états d’âme.

Kimp

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