Le ministre congolais des Affaires Etrangères avoue la présence des Rwandais dans les rangs du CNDP

 

Après maints reports dus au calendrier chargé des membres du gouvernement concernés, le débat sur la guerre de l’Est a finalement eu lieu au Sénat.

C’était à la faveur de la question orale avec débat adressée au gouvernement par le Sénateur Florentin Mokonda Bonza. Trois ministres jugés les mieux concernés par la question ont représenté l’équipe Matata Ponyo. Il s’agit du vice-premier ministre et ministre de la Défense nationale, Alexandre Lubo Ntambo, du ministre des Affaires étrangères, Raymond Tshibanda Ntungamulongo, et du vice-ministre en charge de l’Intérieur et Affaires coutumières, Egide Ngokoso.

Dès que l’auteur a fini la présentation de sa question, un débat général s’en est suivi. Et l’engouement était à son comble au regard des demandes de parole contestée. Preuve de l’importance que les Sénateurs accordent à la question.

Lombeya : l’Etat souverain est mort !

Plusieurs intervenants se sont succédés à la tribune pour s’exprimer sur l’insécurité qui a élu domicile à l’Est du pays depuis 1996, avec à l’affiche l’actuelle guerre d’agression.

Pour le Sénateur Lombeya, la situation de l’Est avec cette insécurité récurrente signifie que l’Etat souverain au vrai sens du terme n’existe plus en Rdc. Il est mort. D’où sa crainte de voir le Congo ressembler à la Palestine ou l’ex-Yougoslavie si on ne mettait pas un terme à cette situation !

M.Lombeya a dit ne pas comprendre le fait que le ministre de l’Intérieur, censé avoir la maitrise de la situation générale du pays au quotidien et en particulier des informations précises sur les villes et localités frontalières, donne l’impression de n’avoir pas le contrôle de la situation.

Parlant des accords du 2009 signés entre le gouvernement et le CNDP, il a fustigé le risque de balkanisation progressive du pays, spécialement au point qui traite du découpage territorial, avec la création d’un territoire à population exclusivement homogène. Parce qu’à la longue, la même population instrumentalisée pourra réclamer son indépendance à travers un référendum d’autodétermination.  Le même risque, il l’a relevé avec le retrait du M23 à 20kms, alors que ce mouvement continue à occuper quelque 180kms partant de la frontière !

She Okitundu opposé au choix de Kampala

Membre de la majorité présidentielle, Léonard She Okitundu n’est pas d’accord avec le gouvernement qui se rend régulièrement à Kampala pour négocier alors que tout le monde sait que depuis 1996, l’Ouganda et le Rwanda agressent de façon récurrente notre pays.

De manière générale, les Sénateurs ont fustigé la non transparence ou le flou qui entoure les accords du 23 mars 2009 entre le gouvernement et le CNDP, l’insécurité généralisée qui embrase la nation avec parfois des assassinats ciblés, la menace du M23 de revenir à Goma si le gouvernement n’engageait pas le dialogue, la mainmise des officiers ex-rebelles sur des sites stratégiques de l’armée, la situation bizarre avec des revers répétés que subissent les FARDC que d’aucuns qualifient de trahison, etc.

Le mea culpa du ministre Luba

En dépit de certaines réserves dans ses réponses, secret-défense oblige, le vice-premier ministre et ministre de la Défense est tombé d’accord avec les sénateurs sur un certain nombre de questions soulevées pendant le débat. Dans le lot, il y a la nécessité de réformer l’armée, la rajeunir, etc. Car, pour le moment, l’absence d’une armée professionnelle, moderne, disciplinée pose énormément de problèmes. Tout comme l’absence d’un catalogue international, la monographie d’emploi.

 «Les enjeux de la réforme sont gigantesques», a déclaré Alexandre Luba, en faisant savoir que le gâchis vient de loin et date de plusieurs décennies.

Parmi les causes des faiblesses actuelles de l’armée, le ministre a épinglé entre autres l’infiltration, le manque d’unité au sein du corps, l’indiscipline, etc.

Concernant le dédouanement des agresseurs rwandais et ougandais par la reconnaissance du M23, il a fait remarquer qu’il n’est pas facile de  faire passer ce qu’on veut dans un forum international.

R. Tshibanda avoue la présence des soldats rwandais dans les rangs de l’ex-CNDP

A son tour, le ministre des Affaires étrangères et Coopération internationale s’est livré au même exercice pour essayer de répondre aux préoccupations lui soumises par les sénateurs. Il a réfuté les allégations de balkanisation consacrée par le gouvernement à travers l’accord avec le M23 et a signalé que la délégation qui rencontre ce mouvement sera diversifiée. Outre le gouvernement et les membres de la mouvance, elle comprendra des délégués de l’Opposition politique et des représentants de la société civile.

S’exprimant sur les fameux accords du 23 mars 2009, il a fait une révélation : sur les quelques 4.669 militaires présentés par le CNDP, 600 se sont avérés rwandais après vérification.

Il s’est montré optimiste quant à l’issue de la crise notamment des pourparlers sur le plan diplomatique.

Mokonda non convaincu !

Clôturant sa question, le sénateur Mokonda Bonza a relevé beaucoup de lacunes dans les réponses fournies par les membres du gouvernement, notamment en ce qui concerne l’administration de l’armée.

Il a, en outre, fustigé un découpage atypique du Nord Kivu qui devrait être partagée entre deux communautés ethniques, l’obtention par les sénateurs de la copie desdits accords 39 mois après leur signature, le refus de mettre à la disposition des élus l’accord signé par le général Numbi instituant le mixage en lieu et place du brassage, les accords conclus avec le Rwanda et l’Ouganda, la présence des étrangers dans l’armée, la création d’une police de proximité, etc.

Dominique Mukenza et Jean-Pierre Nkutu

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