Le ministère provincial de l’Urbanisme et Habitat ignore la crise de logement à Kinshasa

ministre_oscar_masambaArmés des mégaphones et sillonnant les rues de communes de la ville de Kinshasa à longueur de journée, des bataillons d’agents du ministère de l’Urbanisme et Habitat ont démarré depuis la semaine passée, une vaste campagne d’uniformisation des garanties locatives. Selon la ministre provinciale de l’Urbanisme et Habitat, la réglementation des taux des baux à loyers n’est pas respectée par les bailleurs. Cette violation  des instructions du gouverneur de la ville, a toujours créé des incidents fâcheux entre les locataires et les propriétaires des maisons résidentielles, commerciales  et industrielles. Ces conflits, comme on peut le relever, ont aboutissent à des procès interminables devant les cours et tribunaux. Et c’est pour qu’on n’en arrive pas là que son ministère tient à faire respecter cette réglementation  qu’elle qualifie d’avantageuse à la fois pour les bailleurs et les locataires. C’est ainsi qu’elle a lancé la campagne d’uniformisation des garanties locatives, signalant au passage qu’à l’issue de cette campagne, des équipes de contrôle passeront de parcelle en parcelle pour vérifier l’application de cette réglementation.

            Par cette campagne de sensibilisation, a-t-elle encore laissé entendre, son ministère impose un modèle unique de contrat de location qui doit désormais régir les relations entre les bailleurs et leurs locataires sur toute l’étendue de la ville de Kinshasa. Dans ce contrat, la garantie locative pour les maisons d’habitation est de trois mois, pour les entreprises commerciales de six mois et pour les sociétés industrielles de 12 mois.

            On note que les droits et obligations des uns et des autres sont clairement déterminés. Ainsi, il n’est plus question que les locataires aient tout à faire en termes des travaux de réfection des appartements, de paiement à leur seule charge de toutes les factures d’eau, d’électricité et de vidange de fosses septiques.

            Il arrive qu’en dehors des frais de loyer à verser chaque mois au bailleur, le locataire soit aussi tenu de faire réparer la toiture qui suinte, les serrures et les charnières des portes détraquées, les vitres cassées et de réfectionner et repeindre les murs lézardés et délavés. S’il a sa voiture à garer dans la parcelle, il lui incombe l’obligation d’ériger le mur de clôture et le portail pour assurer la protection du véhicule. Dans ce régime de location de type « vassal », comme on peut s’en rendre compte, les locataires ont tout à faire et les bailleurs, rien, parce qu’ils prétendent être démunis et sans ressources. Pire, certains demandent même aux locataires de payer pour eux les taxes foncières de leurs parcelles.

            Le plus ubuesque est que faute de moyens de subsistance, certains bailleurs exigent de temps en temps une prise en charge par les locataires, transformés en agences humanitaires au sens propre du terme. Et si le locataire est célibataire, le bailleur se permettra par tous les subterfuges  de lui proposer en mariage l’une de ses filles ou ses nièces.  Comme quoi, le locataire détient la baguette magique qui résout tous les problèmes du bailleur !

Quand les arrangements particuliers entre bailleurs et locataires persistent

Bien qu’elle vise le respect des clauses d’un contrat de location légal  et tempère les ardeurs des propriétaires des appartements trop véreux et écrasants, la campagne d’uniformisation de la garantie locative dans les parcelles de Kinshasa, a toutes les chances d’accoucher d’une souris. Et pour cause !

            La crise de logement bat son plein depuis plusieurs décennies. Les appartements confortables et dans des quartiers urbanisés alimentés en eau potable et pourvus en courant électrique stable sont rarissimes, au point qu’avant le déménagement, le locataire trouve lui-même le candidat à sa succession. Généralement, c’est pour récupérer facilement la garantie locative de dix ou douze mois, versée. Et quand c’est le bailleur lui-même qui passe par les commissionnaires, le taux de loyer est majoré à la tête du client.

            Le problème à la base de l’échec prématuré de la campagne précitée est que tout locataire qui tient à verser trois mois de garantie locative, ne trouvera jamais des appartements disponibles répondant à ses goûts. Mais dans des quartiers périphériques et semi-ruraux. Et il suffit qu’il revendique la conclusion d’un contrat de bail du ministère provincial de l’Urbanisme et Habitat et le paiement de trois mois de garantie locative, pour qu’il soit refusé au bénéfice d’un locataire plus complice avec le bailleur.

            Au moment de la séparation, le préavis de trois mois est toujours désavantageux pour le locataire qui ne s’est pas vite trouvé un nouveau toit. Le drame, c’est que ses biens seront jetés dehors, livrés aux vols et aux intempéries. De ce point de vue, un préavis de dix mois demeure sécurisant pour le locataire en désaccord avec son bailleur.

            La solution à cet épineux problème de logement, argue un consultant en gestion immobilière, est que l’Etat et les sociétés privées construisent des milliers d’appartements à louer pour que l’offre soit abondante et que les taux des baux à loyer soient revus à la baisse.  Mais tant  que la demande sera toujours forte, il y a fort à parier que ce sont les bailleurs qui continueront à imposer leur logique, celle de l’asservissement des locataires.

            Le débat est lancé, pendant que se poursuit la campagne.

                                   J.R.T.

Leave a Reply