Le M23 decidee a imposer son jeu a Kampala

 

Après avoir torpillé l’ouverture des pourparlers de Kampala dimanche par des propos incendiaires à l’endroit des autorités de Kinshasa et boycotté la séance de lundi, les rebelles du M23 sont revenus à la table des négociations hier mardi 11 décembre. Selon François Rucogoza, chef de la délégation de ce mouvement rebelle, ils se trouvent dans la capitale ougandaise pour négocier et non pour assister aux conférences de presse des délégués du gouvernement.

 A son avis,  le M23 n’était pas concerné par la séance de lundi consacrée aux mises au point de Raymond Tshibanda, ministre des Affaires Etrangères. D’où la décision de la boycotter. Et ce rebelle chargé des Relations Extérieures au sein de son mouvement d’affirmer que lui et ses compagnons de lutte sont prêts à avancer dans les négociations. « C’est au ministre ougandais de la Défense, en tant que médiateur, de décider quand nous allons passer aux discussions sur le fond », a-t-il fait savoir.

Toutefois, la délégation du M23 a suivi religieusement l’exposé de Raymond Tshibanda l’accusant d’être à la base des crimes divers dans la partie Est de la RDC. Commentant cette intervention, François Rucogoza a prétendu que ce déballage ne lui faisait pas peur. Au contraire, le M23 souhaite la mise en place d’une commission d’enquête indépendante pour faire le point sur les violations des droits de l’homme au Nord-Kivu.

En raison des couacs de dimanche et lundi, le facilitateur Crispus Kiyonga était obligé de reprendre à zéro le travail de rapprochement entre les protagonistes. Jusqu’à la fin de la journée d’hier, aucun ordre du jour ni calendrier précis des travaux n’étaient encore discutés et adoptés. L’on attend voir ce que va donner la journée de ce mercredi, où l’on annonce une « plénière » réservée à la clarification des règles du jeu.

Tout ceci donne à penser que le M23 veut imposer son jeu au gouvernement congolais. La partie rebelle semble avoir choisi de jouer à fond avec les nerfs des membres de la délégation venue de Kinshasa. On croit savoir que le résultat recherché est soit de les pousser à la faute, de manière à faire capoter purement et simplement les négociations ; soit de les fatiguer le plus possible, afin de les amener au finish à faire des concessions impossibles à obtenir en temps normal.

En tous les cas, les rebelles ne semblent pas pressés d’aller à l’essentiel, ni de se laisser enfermer dans le schéma du gouvernement fondé sur la simple réévaluation des points de divergence en rapport avec l’Accord du 23 mars 2009. Incontournables, ils imposent à tous leurs sautes d’humeur, convaincus que rien ne peut se décider sans eux à Kampala.

Pourquoi cette arrogance du M23 ?

Nombre d’observateurs pensent que le M23 tire son arrogance avant tout de sa reconnaissance par les Nations Unies, l’Union Européenne, l’Union Africaine, la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs et le Gouvernement congolais, comme une rébellion ayant une existence légale et un point d’ancrage : le Nord-Kivu. On se souvient que pendant son occupation de la ville de Goma, du mardi 20 novembre au samedi 1er décembre 2012, toutes les instances internationales ainsi que plusieurs gouvernements de la planète avaient demandé à Jean-Marie Runiga et Sultani Makenga, chef politique et militaire du M23 d’évacuer leurs soldats du chef-lieu du Nord-Kivu et de les positionner à 20 km. En d’autres termes, ce mouvement rebelle était autorisé à demeurer en territoire congolais, c’est-à-dire à cohabiter avec le pouvoir en place et à administrer les territoires qu’il occupe.

Deuxièmement, le M23 est légitimé par la communauté internationale et les autorités congolaises, comme un des dépositaires de l’Accord du 23 mars 2009, dont la révision semble impérative. Dès lors que le principe d’un dialogue entre Kinshasa et sa rébellion est acquis, celle-ci se croit fondée à élargir l’assiette de ses revendications, ce qui risque de fort compliquer les débats à Kampala.

Troisièmement, le M23 croit se trouver en position de force par rapport au gouvernement congolais, compte tenu de sa victoire militaire sur les FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) sur plusieurs fronts militaires du Nord-Kivu (Bunagana, Sake, Rumangabo, Kiwanja, Rutshuru, Kibumba, Goma…). Dans l’hypothèse d’un blocage définitif du dialogue, l’option militaire n’effraye pas les animateurs de ce mouvement, d’autant que l’ogre rwandais veille au grain, à quelques  encablures de Goma.

Quatrièmement, les négociations ont pour terre d’accueil l’Ouganda, le pays de l’un de leurs parrains, Yoweri Museveni. Ils sont sûrs que chez leur parrain, rien de fâcheux ne peut leur arriver.

Bref, en acceptant de discuter ou négocier avec une « force négative », le gouvernement congolais s’est laissé entraîner dans une situation dont il aura du mal à se tirer, s’il ne se livre pas à un éventail de concessions de type Sun City/ bis.

Kimp

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