Le Gouvernement désavoue le PPRD

La mobilisation générale des Congolaises et Congolais contre la guerre de l’Est – une initiative venue du Gouvernement central – vient de faire une victime : le Directeur général de la RTNC (Radiotélévision Nationale Congolaise), Christophe Kolomoni. L’intéressé est suspendu pour une durée indéterminée, pour avoir laissé passer, en direct, des propos jugés xénophobes par l’exécutif national, lors de la « matinée politique » organisée par le PPRD le mercredi 11 juillet 2012 à la Fikin, dans la commune de Lemba.
La mesure administrative décidée par le gouvernement contre le patron de cette chaîne publique est perçue, par nombre d’observateurs, comme un acte de désaveu à l’endroit d’un parti politique dont l’initiateur n’est autre que le Chef de l’Etat. Cette douche froide surprend et intrigue tous ceux qui étaient loin de penser qu’une activité du PPRD pouvait poser problème.
Mais, dans son souci d’éviter que la mobilisation générale ne dérape pour se transformer en chasse aux sorcières, l’Exécutif national a donné l’impression de s’être arrêté à mi-chemin. S’il est vrai que Christophe Kolomoni endosse la responsabilité d’avoir laissé la RTNC relayer des messages supposés porteurs de haine tribale, ethnique ou raciale – encore qu’il est difficile de gérer les aléas d’un reportage en direct – le silence du gouvernement sur les auteurs de tels propos installe la controverse. Logiquement, l’on devrait répertorier toutes les interventions de nature à inciter à la haine raciale ou ethnique débitées par les cadres et militants du PPRD à la Fikin, les analyser froidement pour se convaincre qu’elles sont réellement dangereuses pour la cohabitation entre communautés congolaises, identifier leurs auteurs et les sanctionner solidairement avec le DG de la RTNC.
 
En punissant l’un et en laissant tranquilles les auteurs présumés des propos xénophobes incriminés, le pouvoir en place pousse l’opinion nationale à penser à une politique de deux poids deux mesures. Car, au cours de la « matinée politique » du PPRD, l’on a entendu des cadres de ce parti qualifier le Rwanda « d’Etat voyou », demander aux « Rwandais (officiers et soldats) de rentrer chez eux », exiger la démission des infiltrés présents dans les institutions de la République et la « dissolution de tout parti coupable de collusion avec les mutins », la « levée de l’immunité de tout élu complice », etc. Si ce genre de propos est considéré comme choquant, dans le contexte actuel de l’agression avérée du Rwanda contre la RDC, il y a de quoi semer le doute dans les esprits.
On relève toutefois que des messages appelant nos compatriotes à la retenue, à la discipline, à la cohabitation pacifique entre tribus et ethnies ont également été diffusés, etc. Dans tous les cas, la gifle donnée au PPRD risque de refroidir l’enthousiasme de nombreux compatriotes désireux de s’approprier le mot d’ordre de la mobilisation générale. La volonté de défendre, sans calcul, la cause de la patrie, partagée de plus en plus par le grand nombre, risque de faiblir. 
 
Alors qu’on reprochions au PPRD le fait de n’avoir pas vu grand dans sa noble intention de soulever nos compatriotes contre l’agresseur rwandais et suggérions des correctifs pour améliorer la mobilisation générale, la suspension de Kolomoni vient de changer la donne. Quel signal le gouvernement a-t-il voulu lancer en direction des millions de Congolaises et Congolais qui se sentent blessés dans leur chair et leur cœur par la guerre du Nord-Kivu et les menaces de balkanisation du pays ? Si le peuple congolais entre dans le doute et se met à se demander s’il doit manifester publiquement ou non sa colère contre un Etat voisin belliqueux, qui instrumentalise le M. 23, la démobilisation est vite arrivée.
 
Kimp

Leave a Reply